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TERRITOIRES ET ACTIONS

Espaces agrosylvopastoraux du Sahel : un mode de vie, un modèle économique menacé

Tribune.fr/afrique-de-l-ouest/Maimouna Dia  | 

L’agriculture et l’élevage sont des secteurs clés de l’économie des 7 pays du Sahel. Pratiquées par plus de 80% des familles rurales de la région, le développement des deux activités sur un espace commun devient de plus en plus difficile, dans un contexte de changement climatique doublé d’une réglementation inadaptée et d’une absence d’accompagnement et de modernisation des espaces agrosylvopastoraux.

(Crédits : Pixabay)

Le Sahel, immense région africaine comprenant le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, le Tchad et les huit États du nord du Nigéria est une région à vocation agrosylvopastorale. A l’image des pays sous-développés, l’agriculture est la principale source de revenus des 80 % de la population de ces pays, selon les chiffres de la Banque mondiale. Les produits de l’élevage constituent aussi pour certains pays, le second ou le troisième poste d’exportation. Activité économique principale pour au moins 50 millions de personnes, l’élevage est pratiqué par près de 80% des familles rurales.

Les deux secteurs jouent un rôle déterminant dans la réduction de la pauvreté, la hausse des revenus et l’amélioration de la sécurité alimentaire, selon la Banque mondiale. Cumulatives et complémentaires, l’élevage et l’agriculture ont toujours coexisté dans le Sahel, à travers des espaces agrosylvopastoraux traditionnels. Un mode d’agriculture durable conciliant les arbres, la production végétale et la production animale sous forme de forêts pâturées ou encore de parcours boisés, faisant que dans le Sahel, le hilaire ou le « daba » du paysan a toujours côtoyé le bâton du berger, non sans anicroches mineurs.

Une entente tacite mise à rude épreuve par les sécheresses, l’urbanisation à l’origine de la restriction des espaces ou à l’aménagement de nouvelles terres en faveur des programmes de développement agricole dans le Sahel. Un mode de vie ancestrale alliant culture, aujourd’hui menacée.

Une activité menacée

En 2008, une étude de l’OCDE/CSA avait déjà attiré l’attention sur le durcissement des conditions d’existence de l’élevage pastoral, rappelant la menace sur la survie même du secteur. En effet, dans la région sahélienne aride, il est particulièrement difficile de réunir les conditions d’une alimentation et d’un abreuvement suffisant pour des centaines de milliers de ruminants et en toutes saisons, nécessaire à la sédentarisation du cheptel, estiment les spécialistes.

« La mise en œuvre des actions de sécurisation et de gestion durable des ressources pastorales à l’horizon 2020 devra se faire aussi bien dans les pays sahéliens que dans les pays d’accueil. Les intérêts de l’élevage extensif et des pasteurs doivent être pris en compte dans tous les schémas d’aménagement du territoire », préconise une étude des chercheurs du CSFD, de l’IRD, de l’université de Bamako et du Cirad.

Il s’agit pour ces populations de s’adapter au changement climatique et de pérenniser un modèle basé sur l’élevage et l’agriculture. Dans certaines régions du Sahel, la cohabitation de ces activités pratiquées par 80% des ruraux, est source de conflits réguliers entre éleveurs et pasteurs.

Source de violence et d’instabilité politique

L’incident qui s’est produit, il y a quelques mois au Mali, est encore frais dans les mémoires : au moins 11 civils ont été enlevés et tués le 7 août 2018 dans la région de Mopti, au centre du Mali lors d’une attaque attribuée à des chasseurs dogons, un peuple traditionnel d’agriculteurs. Un conflit foncier avait également éclaté en mai 2012 à Sari en territoire malien entre éleveurs Burkinabè et agriculteurs Dogons maliens, faisant des dizaines de morts. En 2014, un conflit entre agriculteurs et éleveurs au Niger a fait 10 morts et 13 blessés. Au Sénégal, des affrontements entre les deux communautés sont régulièrement rapportées par les médias notamment dans le nord, le Ferlo et en Casamance dans le sud.

Dans un atelier sur « Migrations Climatiques et Sécurité Alimentaire », réunissant des femmes journalistes au cours de la rencontre des panafricaines organisée du 21 au 22 septembre à Casablanca, les tensions entre agriculteurs et éleveurs ont naturellement resurgi dans les débats. Autour de la table, des journalistes en provenance de la RDC Congo, d’Algérie, du Lesotho, du Zimbabwe, de Madagascar, du Sénégal, de la république Centrafricaine, du Mali, du Burkina Faso, ont relevé parmi les conséquences du dérèglement climatique, la recrudescence des affrontements entre éleveurs et cultivateurs.

« En République Centrafricaine, la sécheresse a créé des mouvements migratoires des éleveurs, à l’origine des tensions entre pasteurs et cultivateurs », a expliqué Silvie Panika, journaliste centrafricaine avant de rappeler le rôle crucial des médias dans le traitement des informations sensibles.

Un tableau peu reluisant dans un contexte juridique flou. Plusieurs pays sahéliens sont dépourvus de lois pastorales ou sont régis par des textes obsolètes, inappropriés. Au Tchad, la loi date de 1959, en Centrafrique elle remonte à 1961, au Niger à 1987, alors qu’au Sénégal, les espaces sylvopastoraux sont régis par le code forestier. Ce dernier voté dans son article 2 du décret n°98-164 du 20 février 1998, stipule que le domaine forestier s’étend « sur l’ensemble des zones classées, comprenant les forêts classées, les réserves sylvopastorales, les périmètres de reboisement et de restauration, les parcs nationaux, les réserves naturelles intégrales, et les réserves spéciales ». Des textes imprécis et mal appliqués sachant que les terres réservées aux pâturages, les pistes à bétail, se retrouvent souvent entre les mains des agriculteurs, aiguisant l’opposition cultivateurs-éleveurs. De timides initiatives émergent avec des tentatives d’aménagement d’espaces agrosylvopastoraux notamment dans le Ferlo au Sénégal.

L’adaptation des espaces agrosylvopastoraux

Pour réussir la mise en place et la gestion des espaces agrosylvopastoraux, il convient de garantir aux éleveurs l’accès aux points d’eau et à des parcours aménagés pour le bétail. Il est également nécessaire d’instaurer la concertation entre les éleveurs pastoraux et leurs partenaires agro-éleveurs et agriculteurs sédentaires, les municipalités et services techniques de l’État, administration civile, recommandent les spécialistes. L’agriculture et l’élevage occupent une place cruciale en Afrique et fournissent plus de 80 % des emplois et contribue à hauteur de 30 % du PIB dans un pays comme le Burkina Faso, faisant de ces activités de puissants leviers dans la lutte contre la pauvreté. L’Afrique demeure le continent ayant la prévalence de la sous-alimentation la plus élevée, laquelle touche près 21% de la population – soit plus de 256 millions de personnes – selon la FAO dans son rapport sur la « Sécurité Alimentaire et la Nutrition dans le Monde » de 2018. L’aménagement d’espaces agrosylvopastoraux adaptés aux réalités locales, apparaît comme une alternative à la fois pour préserver un mode de vie ancestral, viabiliser un modèle économique endogène et s’adapter aux changements climatiques.

https://afrique.latribune.fr/afrique-de-l-ouest/2018-12-02/espaces-agrosylvopastoraux-du-sahel-un-mode-de-vie-un-modele-economique-menace-799476.html

2 commentaires pour Espaces agrosylvopastoraux du Sahel : un mode de vie, un modèle économique menacé

  • Dominique Hérault

    Voici une précision importante concernant le Niger. C’est en Mai 2010 que l’ordonnance relative au pastoralisme a été adoptée (non en 1987!). Elle reconnaît ‘la mobilité pastorale comme un droit’ et l’élevage pastoral comme ‘activité de production rationnelle’. ce texte a été le fruit d’une très large concertation à tous les niveaux (Départements, Régions, National…) entre organisations et leaders pastoraux avec les acteurs des chefferies, des administrations techniques et étatiques… avec plus de 100 ateliers. C’est donc tout un processus qui s’est inscrit dans celui du Code Rural.

  • Le Vieux de la Vieille Garde Sahariennem

    Né nomade, dans les années 1950, touareg du Soudan Français Nord-Mali, voisin pays sahélien et saharien pastoral du Niger, je vous dévoile que du temps de Diori Hamani et de Modibo Keita, en 1967, Jean-Djigui Keita, Colonel des Eaux et forêts, chef du Service Forestier naissant, avait soumis un un projet de loi à la première assemblée nationale du Mali, pour voter une loi pastorale qui supprime l’élevage de la chèvre au Mali, accusant cette vache du pauvre de détruire le couvert végétal au Nord du Mali déjà desertifie par le pastoralisme des boeufs et des moutons des pasteurs peulhs et des Maures et touareg.

    Puisque les députés de l ‘ US-RDA de Modibo Keita, le président malien assez pressé de valoriser et de gaspiller les ressources naturelles du Mali nouveau pour accéder vite fait à l’autonomie économique et monétaire du Mali (franc malien et privatisation des entreprises nationales), bloque le premier projet écologique du Mali indépendant; la suite se fait voir, 50 ans après les pères des indepandances africaines qui cherchent des aides des européens et autres.

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