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TERRITOIRES ET ACTIONS

Ebauche de quelques stratégies pour promouvoir l’Education en milieu nomade dans la région de Kidal – véritable challenge !

Rousmane Ag Assilaken-ONG AZHAR-Janvier 2018

Toute société qui se projette dans l’avenir, qui aspire à la grandeur et au développement, met au centre de ses préoccupations un système éducatif performant car la bonne Education, tous en rêvent nuit et jour. En principe, ceci est valable à Kidal, à Bamako, à New York… Malheureusement dans la région de Kidal, les écoles surtout des zones nomades sont fermées depuis 2012 du fait de l’insécurité et d’autres facteurs endogènes anciens et nouveaux.

L’éventuel échec de l’Education dans cette région est dangereux non seulement pour la région elle-même, pour le reste du pays, mais aussi pour tout le Sahel à cause d’une jeunesse nombreuse, aveugle et facile à manipuler. Prétendre sauver le Mali, le sahel rien qu’avec les armes est une illusion, une stratégie insuffisante et aux résultats non durables.

Aujourd’hui pour relancer le sous-secteur de l’Education dans cette région, plusieurs stratégies, plusieurs actions fortes s’imposent.

1. Sensibilisations des populations éleveurs nomades:

L’école à Kidal a toujours été un chantier difficile à faire fonctionner à cause de la mentalité des parents. Cette mentalité n’est pas innée, elle provient de la combinaison de plusieurs facteurs. On peut citer entre autres:

-le mode vie des populations vivant d’un élevage transhumant sur de grandes étendues dont la stratégie de survie est la mobilité dans l’espace et le temps, ce qui ne favorise pas la scolarisation des enfants parce que l’école n’est pas mobile à cause de beaucoup de contraintes dont la lourdeur des infrastructures, les coûts, la difficulté de regroupement des familles donc d’élèves entre autres… 

– l’influence de certains marabouts qui ont toujours expliqué avec insistance aux parents nomades analphabètes que la fréquentation de l’école des « toubabs » est contraire à l’éducation musulmane. Les enfants, selon ces marabouts, ne devraient apprendre que le coran, qui offre un savoir plus utile;

– le ressenti de la gestion des administrations coloniale et malienne d’une certaine époque qui avaient installé de façon durable, la peur et le rejet de l’école dans l’esprit des parents du fait du recrutement musclé et le mauvais accueil des enfants à l’école. L’école était un enfer pour l’enfant.

C’est tout cela qui a forgé la mentalité de rejet de l’école en milieu nomade.

Tout ceci a été aggravé actuellement par le fait que les enfants en âge d’aller à l’école sont devenus la seule main d’œuvre pour garder les animaux. Mais déjà à partir de l’âge de 10 ans, les enfants quittent leurs parents et vont se clochardiser dans les villages. Cette étape dans les villages les conduit à l’exode vers l’extérieur où ils n’ont aucun encadrement éducatif et sont exposés à toute sorte de trafics dont certaines conséquences sont ce que nous vivons aujourd’hui. Finalement, ils ne sont utiles ni pour leurs parents ni pour eux-mêmes. Egalement, le terrorisme-islamiste qui sévit ces dernières années dans la région a encore éloigné les éleveurs nomades de l’école par son discours anti scolarisation des enfants. Plusieurs éleveurs nomades ont même tendance à épouser petit à petit les idées de « boko haram » qui font de l’école quelque chose d’illicite, donc nuisible qu’il faudrait bannir de la société.

Pour améliorer progressivement la situation, il faudrait entamer de grandes campagnes de sensibilisation et essayer une nouvelle approche. Celle-ci consisterait à faire porter la sensibilisation/information par des jeunes combattants issus de la frange acquise au changement et au progrès. Les chefs traditionnels, les marabouts, les notables, certains élus, socles de la société, semblent avoir atteint leurs limites et ne sont plus suffisamment écoutés par l’actuelle jeunesse. Leur aura a beaucoup terni ces temps-ci.Toutefois, leur implication même timide serait une valeur ajoutée dans l’action à entreprendre. Les femmes leaders qui ont émergé ces dernières années pourront également jouer un rôle très important dans cette croisade.

Les jeunes et les femmes volontaires pour conduire cette action à la fois délicate et stratégique auront besoin d’une bonne formation en techniques d’animation des débats publics. Pour avoir un impact réel, sentir un effet efficace et rapide de la sensibilisation, les acteurs/animateurs engagés pour la cause bénéficieront de l’accompagnement, de l’appui-conseil de spécialistes rompus en techniques de communication et les domaines en débat.

Des campagnes de sensibilisation fondée sur le langage de la vérité où les difficultés ne seront pas tues ; des campagnes menées sur la longue durée qui sont la priorité des priorités auront pour supports des modules écrits et adaptés à la culture du milieu, modules qui devront amener à un basculement des mentalités. L’animation cherchera inlassablement à convaincre les parents à vouloir de l’école, scolariser et maintenir longtemps les enfants parce que l’école est avant tout la volonté et l’engagement des parents. Amener les enfants à l’école doit être dorénavant considéré comme une décision responsable, mûrie et assumée par les parents et non comme un acte de « bon débarras », comme un impôt, un tribut payé à l’administration pour être dispensé enfin de de toute autre contribution.

Par la sensibilisation, faire de l’école au niveau de toute la région un centre d’intérêt pour tous. Dans cet objectif, des cadres de concertation entre tous les acteurs de chaque commune (y compris les musiciens des groupes comme Tinariwen, et d’autres, en bons ambassadeurs pour la cause de l’école en milieu nomade), avec l’école au centre des débats, vont être mis en place afin de travailler sur le long terme. En plus de ces cadres de concertation, il conviendrait d’envisager un soutien multiforme (nourriture, dortoirs, vêtements, aires de jeu, télévision, éclairage, initiation à l’informatique, voyages d’échange…) à des écoles pour des enfants de parents nomades, dites « écoles test ». En plus de ce qui existe déjà, créer dans chaque commune une « école test » pour servir d’exemple dans l’espoir de provoquer l’émulation et l’incitation des populations traditionnellement hostiles à la scolarisation ; à s’approprier l’école et divorcer d’avec l’idée que l’école est religieusement illicite.

Le nombre d’habitants, l’accessibilité et la motivation des parents seront des critères de choix de ces écoles pilotes.

Par rapport à l’école, le paradoxe est que l’homme le plus détesté dans la région de Kidal (Diby Syllas Diarra) a été celui qui a le plus scolarisé les enfants nomades entre 1964 et 1968. Mais, force est de reconnaître que ça n’a pas été fait dans la douceur disent de nombreux témoins de l’époque. Pendant qu’il faisait régner la répression sur les populations, il mettait leurs enfants à l’école. Ce n’est pas du tout cette méthode brutale qu’il convient d’encourager, mais plutôt une approche plus humaine, plus moderne basée sur l’écoute, l’information et le dialogue avec les parents.

L’ouverture des écoles pilotes présente un avantage pédagogique certain, en ce sens que les enfants resteront dans leur milieu naturel et ne connaîtront nullement le déracinement tant redouté par les parents éleveurs nomades. Ici, un accent particulier va être mis sur la ruralisation, c’est-à-dire exploiter dans chaque école un petit potager où les élèves s’initient au maraîchage basé sur les pratiques de l’agro-écologie, constituer également un petit troupeau de chèvres dont l’exploitation améliorera l’alimentation des pensionnaires des cantines scolaires. La ruralisation préconisée n’est pas une transformation des enfants en « paysans », elle vise à leur donner le goût aux activités rurales. Il est important que dans ces écoles, les enfants ne tombent pas dans le dilemme du héros de « L’aventure ambiguë » de Cheick Hamidou KANE qui, après avoir quitté l’école coranique pour étudier à l’école européenne se posait des questions sur la pertinence et la valeur de ses nouvelles connaissances : « ce que l’on apprend, vaut- il ce que l’on oublie ? » se demandait-il ?

2. Approvisionnement correct des cantines scolaires:

Des écoles à cantines bien approvisionnées en denrées adaptées aux habitudes alimentaires des enfants nomades (semoule, dattes, sucre, lait, viande…) pourraient servir d’« appât » pour les enfants déjà enclins à quitter leur famille. Ce volet est certes coûteux, mais nécessaire et l’accompagnement provisoire des partenaires financiers y sera prépondérant parce que l’un des objectifs de la sensibilisation est de bien préparer les parents à prendre la relève pour gérer et entretenir eux-mêmes, par leurs propres moyens, leurs écoles et leurs cantines. Dans ce genre d’action, comme tout le monde le sait, l’assistance ne peut jamais être éternelle.

Il faut dire par ailleurs que les appuis alimentaires antérieurs que l’on apportait aux cantines scolaires en milieu nomade n’ont suscité aucune adhésion de la part des parents qui se demandaient et se demandent toujours si les produits destinés aux cantines sont la propriété des responsables locaux APE, CGS, chefs secteurs, certains directeurs d’école… ou des élèves ? Les détournements des vivres sont devenus une pratique quotidienne des gestionnaires des écoles considérées comme des vaches à lait par ceux-là mêmes, dont le devoir est d’entretenir et protéger les enfants. Les parents d’élèves estiment également que les aliments consommés dans les cantines sont non seulement insuffisants, assimilables à des « potions calmantes », mais plus grave, ils seraient très pauvres au plan nutritif. Ces cantines ne sont pour eux que des foyers où l’on affame les enfants qui finiront par les déserter.

3. Recrutement /Formation/Motivation des enseignants issus du milieu nomade :

Un des problèmes des écoles de la région de Kidal a toujours été le manque d’enseignants suffisamment formés et motivés pour servir dans les écoles implantées en milieu rural, communément appelées « écoles de brousse ». Le personnel enseignant trouve ces écoles « éloignées » et déshéritées ; y servir est synonyme de corvée. C’est pourquoi, l’idéal dans une perspective de relance de l’Education dans ce milieu est d’investir dans la formation et la motivation matérielle d’un personnel enseignant issu des populations nomades. Les enseignants doivent être de la même culture que les enfants pour se faire aimer et bien comprendre. Tout en étant en adéquation avec le niveau national, le programme enseigné, pour être efficace et attractif pour les élèves et leurs parents, doit intégrer la géographie, l’histoire, la culture du milieu entre autres matières.

4. Réhabilitation des écoles :

Dans les zones nomades de la région de Kidal, il y a déjà de nombreuses salles de classe n’ayant jamais atteint leur capacité réelle, à savoir le ratio normal qui est de 50 élèves par classe. L’incompréhensible est que sur certains secteurs « dits de développement », des salles de classe construites depuis des années sont restées désespérément vides et même transformées en aires de repos par des animaux en divagation, cela au vu et au su des populations qui les avaient pourtant énergiquement sollicitées auprès des partenaires.

Il est vrai qu’avec la rébellion qui a éclaté en 2012, il y a eu un acharnement destructeur et insensé sur les écoles. Pour le moment, il faut juste les réhabiliter et les rendre fonctionnelles car elles sont largement suffisantes pour accueillir les hypothétiques enfants nomades qui y viendraient.

Compte tenu du contexte actuel où tout est à l’abandon dans cette région, construire de nouvelles salles de classe ne serait qu’un gâchis économique inacceptable. Le réalisme impose par conséquent à toutes les bonnes volontés qui désirent aujourd’hui injecter de l’argent dans la construction de salles de classe d’orienter les fonds vers la remise en état de ce qui existe déjà, surtout que les besoins sont considérables ailleurs, dans d’autres secteurs vitaux de l’économie régionale.

Rousmane Ag Assilaken

ONG AZHAR

Email : ongazhar2008@gmail.com

Tel: +223 70 34 62 12

Janvier 2018

 

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