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TERRITOIRES ET ACTIONS

L’Education, un droit pour tous les enfants

Rousmane Ag Assilaken  – Septembre 2018

Une vérité dite de la Palisse, mais il semble qu’au Mali ce n’est encore pas une évidence pour tous, parce qu’à Naréna, prévaut une situation inquiétante en matière d’éducation.

La commune de Naréna (cercle de Kangaba) avec une population de 18.594 habitants (Source Mairie- chiffres de 2018) va être le centre d’intérêt de notre réflexion sur l’Education. En effet, Naréna est une des zones d’intervention de l’ONG Azhar dont nous sommes les responsables. A Naréna nous travaillons depuis 3 ans maintenant. Dans le domaine de l’Education, il existe actuellement dans cette commune rurale 9 villages/hameaux sans écoles et 9 autres qui disposent d’écoles de 1er et 2è cycles. La situation paraît équilibrée mais c’est un équilibre coupable car aucun enfant d’aucun village ni d’aucun hameau ne doit rester en dehors de l’école. Les enfants scolarisés sont au nombre de 4030 et ceux non scolarisés atteignent les 2206 enfants soit 35,37%, plus du tiers des enfants (Source Mairie/ CAP Kangaba – Année scolaire 2018). S’il en est ainsi pour des villages situés à moins de 100 Km de Bamako, la capitale, que dire de ceux, situés à plus de 1000 Km dans des zones rurales sans infrastructures, « éloignées et d’accès difficiles » prétexteraient des mauvaises volontés ?

Selon les parents de cette commune, la non scolarisation de leurs enfants a pour cause la pauvreté, c’est à dire les difficultés à faire face aux cotisations, à la confection de bancs, à l’achat de fournitures, au manque d’écoles de proximité. Toute chose qui contribue dans un sens à l’affaiblissement de l’autorité parentale et s’ajoute à cela l’activité d’orpaillage qui attire de plus en plus les enfants… Mais ne dit-on pas, dans un adage, que l’enfant qui ne va pas à l’école perd son or … Oui, on peut concéder que les parents soient pauvres, mais l’Etat n’est, quant à lui, jamais assez pauvre pour jouer son rôle régalien  qui consiste à former sur le long terme l’ensemble de ses enfants.

Ce n’est pas en vérité dans cette situation que le Mali pourra se hisser au rang des pays les plus avancés en matière d’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD) dans le domaine de l’Education. Cet objectif prévoit à l’horizon 2030 « faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent sur un pied d’égalité un cycle d’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité qui débouche sur un apprentissage véritablement utile et pertinent » (ODD 4). Le défi est réellement de taille. Le PRODEC 1 n’ayant pas atteint ses objectifs, qu’en dit le PRODEC 2 ?

Dans le contexte actuel du pays, par rapport à la question de l’Education, les questions qui taraudent l’esprit sont les suivantes :

Quelle est cette politique de « deux poids deux mesures » que vivent depuis des années les enfants de notre pays, où certains sont à l’école, d’autres dans la rue ?  Certains sont à l’ombre, d’autres au soleil ? Certains sont dans la lumière, d’autres dans les ténèbres ? Certains dans le savoir, d’autres dans l’ignorance? Qu’est devenu enfin l’ambitieux projet politique national d’il y’a quelques années dont le noble objectif était de travailler dans l’Education pour parvenir à « un village, une école »ou bien, ce n’est là qu’une politique bâtie sur de simples bonnes intentions ? Pour la non atteinte de l’objectif on argumentera, on justifiera, toujours par le manque ou l’insuffisance des moyens financiers. Les moyens financiers sont certes nécessaires pour assurer l’instruction de tous les enfants, mais la volonté politique est le plus important des moyens, c’est le « déterminant » dans tout grand « Projet de société » comme celui-ci.

Toutes ces questions posées ci-dessus ne sont qu’une interpellation aux responsables dans leur ensemble par rapport à l’importante question de scolarisation des enfants au niveau de toutes les communes du pays.

Il n’est pas normal, aujourd’hui, pour un pays qui dit se battre au quotidien pour son développement socio-économique et qui est menacé en ce moment dans son existence même par l’extrémisme violent et l’obscurantisme, il n’est pas normal de voir des enfants dont les villages et hameaux se situent à quelques kilomètres de la capitale, riverains des routes goudronnées, donc accessibles, de ne pas disposer d’un minimum de salles de classe pour étudier (cas de Naréna et bien d’autres communes).Nous pensons pour notre part que les enfants d’un même pays doivent bénéficier de la même attention de la part des autorités. Il faut par conséquent, comme le recommande l’UNICEF « donner à chaque enfant une chance dans la vie à travers l’Education… » en le conduisant bien entendu sur le chemin de l’école, le chemin de la «véritable vie » où malgré les atouts de l’instruction, l’enfant aura malgré tout, toujours de grandes difficultés à surmonter. Et tous les pays qui n’opèrent pas ce choix resteront longtemps dans les derniers wagons du « train du Développement ». Au sujet de l’importance de l’Education, Victor Hugo ne disait-il pas déjà bien longtemps que  « Celui qui ouvre une école ferme une porte de prison » ? Une des plus graves prisons pour les enfants, pour l’homme en général c’est bien l’analphabétisme.

Tout ceci pour dire que l’Education est un droit fondamental pour tous les enfants du pays en âge d’aller à l’école : ceux de Timtaghène (région de Kidal) comme ceux de Naréna (région de Koulikoro). Par ailleurs, nous savons tous que l’école est un lieu d’éducation, de formation et de socialisation de l’enfant. C’est un espace où l’on modèle qualitativement la personnalité des jeunes apprenants pour en faire des hommes et des femmes, des vrais hommes des vraies femmes de demain, capables d’affronter les multiples défis que la vie dresse devant eux. Mettre les enfants à l’école est la voie la plus sûre pour construire l’avenir d’un pays. Là également, nous rapportons le contenu d’un édifiant slogan, écrit à la porte d’une Université Sud-africaine qui dit en substance : « détruire un pays ne nécessite pas l’utilisation de bombes atomiques ni l’utilisation de missiles à longue portée. Il suffit d’abaisser la qualité de l’Education. L’effondrement de l’Education est l’effondrement de la nation ». Et quand il n’y a même pas d’école qu’adviendra t-il de la nation ? Que Dieu protège notre pays de cette catastrophe !

En abandonnant les enfants dans les rues des villages ou dans les brousses, on les expose à toutes sortes de périls. Demain, on les verra devenir des adolescents qui grossiront les contingents des migrants allant vers le « mirage européen » – des migrants dont un nombre important disparait tragiquement chaque jour dans le Sahara et la Mer Méditerranée à la recherche d’un bonheur dont on dira qu’il est illusoire. Ceux qui resteront sur place grandiront et s’orienteront par exemple vers d’autres activités périlleuses comme l’exploitation traditionnelle de l’or sur les nombreux placers des zones aurifères du pays (cas du Mandé).Mais, la voie la plus dangereuse serait celle que vont emprunter les enfants non scolarisés qui iront se fondre dans l’extrémisme violent et dans d’autres trafics malsains. Alors que gagnerait le pays en perdant ses enfants, sa force vive ?

La seule chose à faire donc est de scolariser tous les enfants, ceux des villes comme ceux des campagnes parce que le développement et la stabilité d’un pays reposent surtout sur l’Education donnée à la jeunesse.

Rousmane Ag Assilaken 70 34 62 12 Ong Azhar-Kidal Email : ongazhar2008gmail.com – Août 2O18

2 commentaires pour L’Education, un droit pour tous les enfants

  • In Allaghan Ag Alla

    Bravo Professeur. Texte très bien écrit qui traite d’une question très pértinente.

  • Salut à tous ceux qui se retrouvent ici pour débattre des questions généralement importantes pour nous tous. Le thème que le Prof RHOUSMANE aborde sur TAMOUDRE a donné des nuits d’insomnie à la majorité des pères et mères qui savent ce qui guette les générations futures c.à.d. nos enfants. Il faut rappeler à l’État ses devoirs pour que chacun reste confiant en l’avenir. Il faut avoir été enseignant pour avoir une idée nette de l’échec de l’éducation dans ce pays. Les résultats sont là bruts et têtus. La machine est grippée. Que faire, si l’on ne touche pas du doigt à la réalité? C’est un début de solution tout au moins de faire constater ce qui cloche. L’internaute qui critique le Professeur sort peut-être du sommeil ou n’a pas assez de responsabilité familiale pour appréhender la question objet d’analyse. Je lui laisse le temps de créer son foyer, faire des enfants qui iront en travers du chemin de l’école et il verra bien. Soyons sages s’il vous plait. Si vous n’avez rien à apporter au débat, autant se taire. Merci et courage au Professeur qui voit qui montre du doigt ce que les égoïstes feignent ignorer.Mr warthen Ghassan est un guerrier qui a trouvé un bon terrain pour s’exprimer. Il revient certainement de loin.

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