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QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

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TERRITOIRES ET ACTIONS

Mécanismes de gestion des problèmes sociaux dans les traditions des touaregs kel Adagh (Mali)

L’oeil exterieur non averti en contact avec la société des Kel Adagh peut être amené à faire de l’amalgame entre les actes que pose cette société et le Droit arabe qui il est vrai y est aussi Présent, mais n’est pas la base de prévention des problèmes sociaux. Cette société malgré son caractère inégalitaire possède sa propre »CHARTE TACITE » grâce à laquelle elle prévient bon nombre de conflits.
Chez les Kel Tamacheq quand bien même il existe une écriture (le Tifinagh), la plupart des conventions sociales ne sont pas écrites. Pendant des siècles, pourtant, elles ont entièrement régi et continuent à régir les comportements des individus et des différents groupes sociaux.
Certains comportements sont unanimement recherchés, car ils sont le gage de la sociabilité de l’individu.

I « L’ACHCHEK »

Ce mot en tamacheq veut dire étymologiquement « doute ». Ce concept désigne chez les Kel Adagh une disposition morale, une loi tacite intériorisée par l’individu et le groupe social et qui lui permet une certaine autocritique et autocensure lorsqu’il commet un acte répréhensible du point de vue social ou moral.
Malgré le caractère inégalitaire de la société Kel Adagh, l’ensemble de ces dispositions témoigne d’un certain souci de justice et d’altruisme.
L’ALTRUISME:
« Awil iman-s iyyad ». Littéralement, cela veut dire: « Vois toute âme comme une autre ». Ce qui donne littérairement : « Pense à toi avant d’agir à l’égard de l’autre »
« L’ACHCHEK » a pour socle la « Takrakedt« , littéralement, « la honte » qui peut se définir comme « la peur de la honte ». En effet, dans les actes de tous les jours, les Kel Adagh en particulier et les Tamacheq en général ont une peur bleue de ce qui peut faire honte. Ainsi l’une des bénédictions les plus fréquentes dans le milieu est :  » War hanagh askarakad yallah » ; « qu’Allah ne nous fasse pas honte. » Par contre, la plus grande imprécation est : « Askarakad kayy yallah » : « Que Dieu te fasse honte »
Cette réalité se traduit par la crainte extrême et l’intolérance de l’humiliation. En effet il est préférable dans les cas extrêmes de « tuer un habitant de l’Adagh sans l’humilier. On ne tolérera jamais sa mort s’il a été humilié avant. »*
La peur de la honte est réelle tant pour les actes universellement répréhensibles comme voler, violer, montrer sa nudité, que pour certains actes apparemment normaux, mais que craignent les Kel Tamacheq : ouvrir la bouche en public, parler et manger devant ses beaux parents ; se découvrir la tête devant des gens qu’on respecte ([« Tamancheqt »] ou en public

II La  » TAMANCHEQT  » :

Ce vocable désigne toute personne respectable : personne plus âgée que soi, les femmes en général, les étrangers, toutes personnes qui ne nous sont pas familières. Toute famille ayant des jeunes filles ou jeunes garçons est potentiellement la belle famille de chacun. Une famille devient plus respectable aux yeux des jeunes garçons quand il y a des filles. Elle le devient pour les jeunes filles quand il y a des jeunes garçons.
Pour cela, les vieilles personnes de celle-ci sont d’office très respectées.
« Tamancheqtin » ; « ma tamancheqt« , désigne pour celui qui parle toute personne respectable et toute autre qu’il ne connaît pas d’abord.
« Ahnimmi » synonyme de « akroukad« :
C’est avoir de l’égard et du respect pour l’autre. [« Ahnimmi« ] est plus fort que [« akroukad« ] qui veut dire littéralement « avoir honte de quelqu’un ». [« Tassadja« ] littéralement le « côté ». (Y aurai t il un lien entre ce mot et le fait d’approcher l’individu ou le groupe de profil -côté-) ? est le nom donné à la « timidité ».
« Immouchagh » :
C’est le caractère d’une personne qui a l’ [« Achchek »]. [« Im »]: démonstratif, équivalent à « celui ».Et, [« chagh »], déformation probable du mot [« achchek »]. Donc, un [« amachegh »] est une personne qui a [« l’achchek »]. [« Imouchagh »] ou [« Kel Tamacheqt »] ou [« Imouhagh »] ont pour caractéristique essentielle [« l’Achchek »]
On dit d’une personne qui pose des actes répréhensibles : [« idjar-in takrakedt-inet »] qui veut dire littéralement : « il a jeté sa honte », c’est-à-dire que l’individu dont il s’agit est amoral, dénué de conscience.

III « TAHANINT » : QUI VEUT DIRE LITTERALEMENT « LA PITIE »

Disposition d’un être humain à avoir pitié de son proche quand il se trouve dans certaines situations : dénuement matériel, maladie physique ou mentale, statut d’étranger…Ce mot est enseigné aux enfants dès leur bas âge. Lorsqu’ils séquestrent un criquet, un oiseau, ou un autre animal, les parents leur reprochent leur manque de pitié en ajoutant souvent « qu’ils ont le cœur noir », expression populaire synonyme du manque de pitié.
La pitié chez les Kel Adagh est d’abord l’apanage des femmes et particulièrement de la mère dit-on, comme le révèle la réponse à une devinette du milieu: [ « ihanan war ha mak, war tan ha tahanint »]. Ce qu veut dire : « la pitié n’habite pas le campement où n’habite pas ta mère. » L’on entend très souvent dire qu’il est mieux de mettre au monde des filles que des garçons, car quand on devien impotent, elles « auront pitié et s’occuperont de nous ». « Avoir pitié » (ou avoir le « cœur blanc ») est une qualité humaine très recherchée et se manifeste chez l’individu par :
-La promptitude au larmoiement en cas de tristesse ou de joie extrême ;
– la durée que met l’animal avant de mourir quand cet individu l’égorge ;
-L’absence de sang noir coagulé dans le cœur de l’animal qu’il a égorgé
C’est cette prédisposition naturelle qui pousse les femmes à cacher aux hommes leurs armes lorsqu’ils sont au bord d’un conflit.

IV TALAQT 

C’est le caractère d’une personne éloquente et communicative dans tous les actes qu’elle pose. Cette prédisposition est liée par les Kel Adagh au degré d’acceptation de l’individu par ses camarades du même groupe d’âge, mais de sexe opposé. On dit d’une femme qu n’est pas éloquente qu’elle n’est pas aimée des hommes et d’un homme du même caractère qu’il n’est pas aimé des femmes.
La talaqt d’un individu peut se mesurer et dans le langage et dans les autres actes.
Pour excuser une personne et couper court à un conflit naissant, on dit d’elle « war itillagh » ; il n’est pas doué de [« talaqt »]
Même aux enfants, on parle de [« talaqt »]
Le contraire de [« Talaqt »] est [ » Ibbiyyou »], caractère de celui qui fait tout de travers. Celui qui a ce comportement s’appelle [« anabbayyou »] et est très mal côté au sein du groupe social.

V LES ACTES REPREHENSIBLES OU « TIGHAWELEN »

Ce sont les actes très bannis, ou délits. Les principaux sont :
« Iman« ]: Ce mot veut dire littéralement âme. Par extension, fait d’ôter la vie.
Il désigne l’homicide involontaire et l’homicide volontaire. Celui qui commet l’homicide en milieu de l’Adagh paie ce qu’on appelle »achni » qui veut dire »le sang ». Il faut entendre « le prix du sang ».
« Aladad« 
C’est le fait de traire ou téter illicitement le lait d’un animal qui ne nous appartient pas. Par extrapolation, il est comme devenu illicite des traire des animaux au pâturage même s’ils nous appartenaient.
Cet acte devient encore plus répréhensible s’il s’agit des animaux des forgerons comme le dit la chanson populaire invitant les jeunes hommes à la lutte : [« Medden balanat, war tamdjadadam. Wa idjadadan, inta a eldadan ulli n-inhadan »]. Ce qui peut se traduire par : « Hommes luttez. Le peureux, c’est celui qui a tété les chèvres des forgerons ! »
« Tikra« : Le vol dont la forme la plus grave dans le milieu traditionnel est celui des animaux. Celui des domiciles était très peu connu.
« Alghar« :
C’est le fait de refuser de servir son prochain alors qu’on a la possibilité de le faire. Pour réfuter un fait vu comme impossible, la langue retient les expressions : [« alghar yad »] ou [« alghar n-tilyaden »], qui veut dire refus de servir les femmes. Par comparaison, l’acte qu’on veut faire faire ou qu’on lui colle, il le compare au refus de servir les femmes.
[« Asakal »] : le viol
Cet acte est vu comme anormal, posé par un individu anormal. [« Emeskel »] ; de « em » : « celui » et « iskil » : « violer », désigne le violeur et par extension, un dégénéré.

VI APPLICATIONS SOCIALES DES PRINCIPES

Protection et assistance aux plus faibles :
Les femmes, les enfants et les vieillards sont reconnus comme faibles du point de vue de la constitution physique et souvent pas actifs dans des situations qui nécessitent la force. Ils ne sont pas non plus présents dans des situations auxquelles la société ne les autorise pas. Les hommes (adolescents et adultes) les assistent en situation de guerre, d’inondation, de feux de brousse, de voyage…
Les Forgerons :
Les forgerons sont connus pour être des gens pacifiques ne faisant rien en dehors de leur travail d’artisans. Autant ils se replient sur eux-mêmes (endogamie), autant ils évitent toute confrontation physique ou morale avec les autres.
La société traditionnelle Kel Adagh accorde certains privilèges aux forgerons ([« Inhadhan »] :
On doit :
•leur prêter une assistance matérielle et policière permanente
•Leur prêter ou leur donner des animaux à traire pour se nourrir ;
• Leur donner des rations alimentaires sèches ;
• Les protéger contre les toutes atteintes à leur personne physique ou morale.
La « Tadhouwla « :
C’est la relation spécifique qui existe entre un individu et sa bru ou son gendre ou entre une bru, un gendre et le père ou la mère de son conjoint. Cette relation doit être emprunte de respect profond en toute circonstance. Pour éviter qu’elles se fassent une mauvaise opinion de soi, on évite jusqu’à manger ou boire en présence de ces personnes, à plus forte raison poser d’autres actes connus publiquement comme répréhensibles.
On dit de cette relation
[« war tihini »] ; qui peut se traduire littéralement par : « elle ne déménage pas » ; c’est-à-dire que la relation demeure même après des années de divorce d’avec son conjoint ou sa conjointe.
[« Tiliwsa »], désigne le lien spécifique qu’on a avec les frères et sœurs de son conjoint ou de sa conjointe. A ces personnes, on voue un certain respect, quand même moindre par rapport à celui voué aux parents ascendants.

VII LES GARANTIES DE L’APPLICATION DES PRINCIPES

« Tisiway » : La Poésie
Qu’elle soit dite ou chantée, à travers elle, les femmes et les hommes magnifient l’Etre social idéal, les bienfaits des individus et fustigent les actes qui remettent en cause ou violent les conventions et principes sociaux.
« Imgharan« ]:
Ce mot en Tamasheq veut dire « les vieux », c’est-à-dire les anciens. Il désigne une demande généralement adressée verbalement à un individu pour qu’il pose un acte souhaité, ou qu’il abandonne un acte répréhensible qu’il veut poser ou, est entrain de poser. S’il refuse, on considère qu’il a offensé tous les anciens de la communauté et les femmes préparent des mets qu’il doit manger à l’excès (une forme d’humiliation de l’individu) Souvent, on lui en met sur le visage et sur le reste du corps.
« Laghtiya« 
C’est une amende infligée à un individu à la suite d’un comportement maladroit ou injurieux vis-à-vis de son prochain. Elle est prononcée par ceux de sa classe d’âge ou par des personnes plus âgées. Celui qui en fait l’objet doit payer du thé, du sucre, du tabac ou inviter le groupe à partager un méchoui…

Ibrahim Ag Mohamed

Maître en enseignement du Français, de l’Histoire et de la Géographie
 Enseignant – Chercheur, Directeur du Centre Régional de la Promotion de l’Artisanat de Kidal
Né vers 1966 à Telabit; Kidal-Mali-
Etudes primaires à Aguel’hoc et Kidal. Etudes sécondaires (Ecole Normale sécondaire) à Bamako. De 1992 à 1996 enseignant à Kidal et Directeur d’école à Tessalit. De 1996 à 2000, Formateur d’enseignants à la Direction Régionale de l’Education de Kidal. De 2000 à 2004, Etudes à l’Ecole Normale Supérieure de Bamako, filière des Professeurs d’enseignement Fondamental, option Lettres Histoire et Géographie. De 2004-2006, enseignant à l’Institut de FOrmation des maîtres de Koro en Pays dogon. 2006-avril 2009, Chef division, Administration et finances, puis Education de Base à l’Académie d’enseignement de Kidal. Depuis avril 2009, Directeur du centre Régional de la Promotion de l’Artisanat de Kidal.

1 commentaire pour Mécanismes de gestion des problèmes sociaux dans les traditions des touaregs kel Adagh (Mali)

  • ag-Tadamaket

    Extraits de « Les rites d’initiation chez les touaregs », mémoire de fin d’études pour le master en science de l’éducation, à l’Université du Mali, de Mossa ag Mohammed-Ali, Bamako, Mali (Novembre 2007).

    Bref rappel de l’histoire des touaregs

    Selon l’explorateur français Duveyrier, le mot touareg viendrait de « tarq » (mot arabe) pouvant se traduire en Français par « les abandonnés de Dieu », allusion faite à la conversion tardive des touaregs à l’Islam.
    Pour le père Charles de Foucauld, touareg viendrait de targua (localité du Fezzan libyen), d’où une tribu berbère « houara » a émigré pour s’installer dans le massif montagneux appelé Ahaggar (déformation de houara), synonyme de noble et guerrier.
    Malgré les nombreuses appellations, les touaregs soudaniens s’appellent par eux-mêmes « kel-tamasheqs » ou « kel-étel » (les lithamés, les voilés) en se référant à la langue parlée, le « tamashek »ou à leur coiffure « le litham ».
    L’identité touarègue « temoust », en plus de la langue commune « le tamashek » et du mode de vie qui est le pastoralisme nomade, se caractérise essentiellement par le port du litham (un voile en bande fines de cotonnades tintées indigo, une coiffure appelée « tadjelmust ») et du sabre/épée « takouba ».

    Fondements de l’éducation chez les touaregs

    L’éducation chez les touaregs se base sur trois principes sacro-saints et intangibles :
    • le code de l’honneur
    Un enfant touareg doit avoir une bonne conduite. Il doit se comporter selon la personnalité de ses parents, c’est-à-dire sa classe sociale. On lui inculque les valeurs de bravoure, le respect des aînés, le sens de l’hospitalité, la galanterie. Il préfère la mort que la honte. Il tient beaucoup à son honneur plus que tout autre chose.
    • le respect de la volonté parentale
    Dans la société touarègue, la mère est la seule référence de l’enfant. De sa naissance, jusqu’à l’âge de 7 ans, il est toujours attaché à sa mère. Elle lui enseigne les valeurs morales et coutumes de la société.
    Le père partage son expérience avec le fils car le dit un proverbe touareg : « un vieux assis, voit quelque chose, qu’un jeune débout ne peut voir ».
    L’enfant respecte et obéit à ses parents.
    • le sens de générosité et de solidarité
    On cultive chez l’enfant touareg l’esprit de solidarité et de partage avec les autres membres de la communauté. L’enfant doit aider ses autres parents.
    Le touareg qui a beaucoup d’animaux en donne à ceux qui sont pauvres.
    Le touareg donne tout ce qu’il possède pour son honneur.

    Les rites d’initiation du garçon
    1. Le premier rite intéressant chez le garçon est la circoncision
    Selon la « souna » (les prescriptions islamiques), la circoncision est une coutume religieuse venue du monde arabe du Hedjaz où le prophète « Nabi » Ibrahim (Abraham) serait le premier à l’avoir subie à l’âge de quatre-vingt-neuf ans avec son fils Ismaël qui en avait treize ; cependant, pour la plupart de mes sources, la pratique de cette mutilation sexuelle chez le garçon remonterait au judaïsme qui l’a codifiée deux mille ans avant l’islam ; les arabes qui la pratiquaient comme leurs cousins juifs l’auraient codifiée et adoptée une fois pour toute au 7ième siècle a.p. JC.
    La circoncision est donc une tradition de purification religieuse, en ce sens qu’avec la formation du gland, le prépuce faisant l’objet d’ablation apparaît comme un appendice inutile.
    La circoncision est pratiquée dans les sociétés traditionnelles et a lieu généralement à l’âge de sept ans, suite au décollement du prépuce sur le gland « tiziout » de l’enfant ; à cet âge, l’enfant ne porte qu’un petit boubou.
    La cérémonie de la circoncision chez les Touaregs est d’une extrême simplicité car se déroulant individuellement, contrairement à ce qui se passe dans certaines sociétés comme les Songhay, Bambara, Malinké où les enfants groupés par classe d’âge avec un cérémonial précis.
    Chez les Touaregs, la circoncision est assurée par le forgeron du campement ou un notable, toute personne douée d’une grande habileté à cette fin. Le matériel apprêté pour la circoncision est un rasoir tranchant « abser » préalablement stérilisé par les flammes du feu avant usage et une poudre très fine de braises pillées. L’enfant est immobilisé par un adulte qui écarte ses jambes ; le forgeron tire le prépuce et d’un coup rapide de rasoir, il coupe la partie recouvrant le gland et pulvérise la fine poudre de charbon tiède sur la blessure, tout en épargnant l’extrémité du gland pour la sortie de l’urine ; par la suite, se forme sur le sexe de l’enfant un revêtement (mélange de charbon et de sang) qui ne tarde pas à sécher au contact de l’air ; l’hémorragie et l’infection éventuelles sont neutralisées par un « pansement original ».
    Les touaregs savent depuis longtemps que le charbon, réduit en fine poussière, a une grande propriété absorbante d’où son usage en médecine humaine et animale.
    Avant sa guérison, l’enfant est surveillé par un aîné pour l’empêcher de s’adonner aux jeux violents ; il bénéficie d’un régime alimentaire amélioré : en plus du lait, on prévoit la viande avec beurre, des soupes de viande, des mets à base de céréales assaisonnés de viande, beurre, sel.
    Après ce rite, l’enfant qui n’est plus un bambin non circoncis « in-caramélayane ou in-zafalo » se dégage peu à peu de la bande des petits dont la préoccupation essentielle est le jeu ; il aspire à la pré-adolescence et accomplit volontiers des tâches positives : participer à la garde des veaux, des agneaux, à la cornée d’eau en accompagnant les adultes au puit. En somme il entame la vie de berger et de citoyen apte à la vie nomade ; on exige de lui, comme à l’instar de la fille à son premier rite, la fréquentation d’une école coranique (apprentissage du coran, le rituel de la prière, les ablutions), respect des parents, les valeurs morales (solidarité, travail, courage, vérité).On l’initie à la notion d’interdits et à l’accomplissement de petites commissions (aller chercher par exemple du thé dans un campement voisin), de petites tâches utiles (donner de l’eau aux bêtes ne pouvant aller au puits, chercher du bois pour la cuisine…).
    2. Le deuxième rite intéressant chez le garçon est le port du pantalon à dix ans
    L’enfant prend conscience qu’il est entrain de devenir un homme et s’habitue à porter son pantalon sous le boubou. Il se trouve à l’antichambre de l’adolescence. Pas de cérémonie spéciale pour ce rite, son éducation sociale et morale se renforce au contact de son père, mère, frères, sœurs et camarades d’âge qui exercent sur lui une grande influence. On lui apprend les rudiments de la culture religieuse et on l’initie aux travaux d’élevage (la garde des animaux au pâturage, l’exhaure d’eau pour abreuver les animaux autour du puits).
    Auprès de la mère, il apprend les bonnes mœurs : respect des grands frères et sœurs, du père, des voisins, des autres parents, des étrangers….). Elle le met en garde contre la paresse, l’oisiveté. Elle l’encourage à contribuer en termes de travail productif pour la famille : la garde de cabris, agneaux, veaux non loin de la famille, la collecte du bois pour la cuisine.
    Au contact de son père et de ses frères, il apprend à conduire le troupeau au pâturage, à veiller sur les montures : ânes, chameaux, dont on peut avoir besoin à tout moment (pour le déplacement, la corvée d’eau, le voyage). Quand l’enfant porte le pantalon, il aspire à l’adolescence. Il doit devenir utile à la société, un enfant de « baraka » (utile). Il reçoit des cadeaux de la part de ses parents. C’est à ce stage qu’on repère l’enfant grâce à son intelligence, ses qualités et ses actes.
    3. Le port du litham est le rite qui marque le passage de l’adolescent à l’adulte
    La cérémonie du port du litham « anadjad » est un rite fondamental qui marque le passage de l’état d’adolescent à celui d’adulte.
    A dix huit ans, l’enfant devient adolescent lorsque sa barbe commence à se développer.
    Le Litham est une pièce de tissu en cotonnade légère d’un demi-mètre de large sur cinq à six mètres de longueur qui peut atteindre quinze mètres pour les grandes occasions.
    A l’origine, le litham « alacho » était un produit artisanal très prisé des Touaregs, des Sonrhaïs, des Peulhs et des Toubous qui est fabriqué depuis le moyen âge par les manufactures traditionnelles de filature de Kano (une vielle ville du Nord du Nigeria) ; ce produit de grande consommation des peuples nomades saharo-sahéliens était teint avec de l’indigo (un colorant naturel bleu violacé) qui déteint très facilement sur le visage des hommes qui le portaient d’où l’appellation « hommes bleus du désert » qui est devenu un vrai mythe qui caractérise tous les touaregs des rives Nord et Sud du Sahara ; chez les plus accros et les moins islamisés, comme les Imouchagh, Idnan et Iwoulemeden, le port du voile vient avant celui du boubou et du pantalon ; une légende dit que cette pratique est définitivement rentrée dans les mœurs touaregs depuis le moyen âge quand un groupe de guerriers Garamantes ou Gétules (les ancêtres des berbères du Maghreb) d’une contrée des Ajjer en Libye est revenu défait par ses ennemis, les femmes du campements ont jeté à leurs hommes leurs voiles pour cacher la honte de leur défaite ; ainsi, les femmes touarègues sont dévoilées depuis lors au profit des hommes.
    Le litham est donc la pièce maîtresse du vêtement masculin que l’homme adulte targui porte continuellement en public ; c’est aussi un signe de respect de l’homme vis-à-vis des étrangers, des personnes âgées et des beaux parents devant lesquels, l’homme touareg doit cacher ses sentiments ; certains exacerbent la pudeur en buvant et en mangeant sous le voile pour que le vis-à-vis ne puisse voir votre bouche et vos percer vos sentiments.
    Selon Charles de Foucauld : « Le voile de front et de bouche et le pantalon sont les vêtements distinctifs de l’homme […] ; ôter son voile de tête et de bouche, jeter son voile […], ôter son pantalon, sont des expressions qui signifient être déshonoré ».
    La pratique du rite est une initiative du père de l’enfant qui achète pour la circonstance un litham neuf ainsi qu’un accoutrement masculin neuf (un grand boubou et un pantalon en basin ou percale, une paire de sandales en cuir).
    Les habits sont d’abord présentés à un marabout qui accomplit les bénédictions d’usage, une manière de demander à Dieu assistance, protection pour l’initié.
    Ensuite, l’enfant accompagné de ses camarades d’âges (déjà initiés) est conduit auprès d’un parent âgé, vertueux qui procédera au port du litham conformément à une technique séculaire qui consiste à enrouler le tissu autour de la tête de manière que seuls les yeux et le nez demeurent visibles, en commençant naturellement par la formule musulmane « bismillahi » qui est un préambule pour toute action en milieu islamique.
    Le litham parfumé doit voiler la bouche, une manière d’inviter l’adolescent à contrôler son langage, à l’éloigner de la médisance et de la calomnie.
    Le litham doit couvrir les oreilles : ce qui signifie que l’initié ne doit prêter attention qu’aux bonnes paroles.
    L’initié, accompagné de quelques amis, se promène à travers le campement pour recevoir des personnes âgées des conseils de sagesse, de bonne conduite morale et des bénédictions.
    Les cousins et cousines taquinent l’initié et lui donnent divers cadeaux (parfums, tissus, miroirs).
    Tam-tam, méchoui et thé constituent le clou de la cérémonie.
    Chez les touaregs, le port du litham est un véritable engagement social : respect des parents, solidarité envers eux, sens de l’honneur et de la responsabilité.
    L’adolescent nouvellement turbané doit s’assumer et être apte à accomplir les tâches de la société nomade : conduire les animaux au pâturage, accomplir des missions de voyages pour ravitailler la famille en céréales, tissus, sucre, thé, condiments…. Au besoin, on fournira à l’initié des armes indispensables pour se défendre (épée, lance, fusil), ainsi qu’un moyen de locomotion (chameau, cheval).
    Si l’adolescent nouvellement turbané s’engage à s’acquitter valablement de son devoir d’homme, on lui propose alors le mariage.
    Le port du litham est à la fois un symbole identitaire et une marque de respect social.

    Les rites d’initiation de la fille
    1. Le premier rite d’initiation de la fille est l’interdiction de se raser la tête « as-settewï »
    Ce rite intervient à l’âge de dix ans pour la jeune fille pubère.
    Une femme modèle rase définitivement la tête de la jeune tout en lui faisant des bénédictions ; elle accompagne le geste par l’incantation « on ne touchera plus ta chevelure ». C’est une manière de rendre consciente l’initiée de son statut féminin.
    La mère de la fille qui lui fournit au cours de la cérémonie un boubou (en tissu basin ou guinée) et des parures (un collier de perles « ézabanes » et une paire de chaussures) l’entraîne à faire régulièrement sa toilette, à respecter les us et coutumes et à évoluer dans le cercle de ses camarades d’âges.
    La jeune fille ainsi initiée est admise dans une école coranique pour apprendre des rudiments de la charia, surtout à accomplir les cinq prières quotidiennes obligatoires pour tout musulman.
    2. Le rite du gavage « adjmor » de la jeune fille
    Autres fois, quand les touaregs avaient beaucoup d’animaux, les filles étaient gavées de lait et de céréales dès le jeune âge (5-7 ans) ; à partir de 9-11 ans, les filles gavées affichent des proportions physiques monstrueuses et volumineuses, des stéatopyges avec des vergetures lézardent le bas-ventre et la base des membres, ces scarifications confèrent à la jeune fille un look bien apprécié qu’elle se fait le devoir d’afficher en public.
    La fille gavée a une croissance accélérée comme les veaux élevés aux hormones ; elle grandit vite et devient une femme épanouie à 9-12 ans et ainsi prête pour le mariage qui est très souvent « arrangé » par la mère qui n’accepte que les propositions des hommes riches qui pourraient poursuivre le maintient de l’embonpoint de la fille-femme.
    Il est clair que cette pratique qui fait de la femme targuie un objet de prestige, bien que vivace chez les nobles Imouchagh – qui du reste, gavent aussi des hommes -, tend à disparaître.
    3. Le port du voile « assouar » est un rite d’initiation essentiel de la jeune fille
    Ce rite intervient dès l’âge de treize-quinze ans, au début de la puberté, quand la fille commence à se faire tresser les cheveux qui sont laissés pousser depuis 7 ans. Selon les cas, lorsque la jeune fille débute les menstrues « iba-n-amoud » (empêchement de prier).
    Le jour de la cérémonie de l’« assouar », le voile (une pièce 10m de tissu en guinée ou basin) est remis à une femme respectable du campement chargée de tresser et d’habiller la jeune fille, tout en lui faisant porter ses parures (boucles d’oreilles, collier de perles ou à base d’argent métal, les bracelets en argent, la bague).
    L’aspirante femme est promenée de tente en tente pour recevoir de ses aînés (adolescents et adolescentes) les cadeaux d’usage : flacons de parfum, parures, chaussures, tissus, savons…
    Ce deuxième rite d’initiation confère à la jeune fille le statut de femme dont les attributions sont diverses : faire la cuisine, dressage et entretien de la tente, tannage des peaux et confection de la tente traditionnelle nomade en peaux, appui à la mère pour faire la toilette quotidienne des enfants.
    L’éducation sexuelle, assurée discrètement par la mère, intervient essentiellement à partir de ce deuxième rite ; la mère qui apprend à sa fille comment s’habiller décemment, à fréquenter les manifestations de ses camarades d’âge, à éviter les mauvaises fréquentations lui prodigue des conseils et des règles de conduite pour qu’elle acquière une bonne éducation morale : respect des parents, des personnes âgées, des voisins, des us et coutumes concourant à la paix et à la stabilité sociale.
    La mère attire l’attention de sa fille sur certaines valeurs morales : la charité, la solidarité, le courage, le respect du mari, tout en évitant certains comportements tels que : le vol, le mensonge, la calomnie, la débauche.
    La nouvelle initiée devient une femme qui devra jouer pleinement son rôle dans la société : relever le défi de l’éducation de ses futures enfants, le respect du mari ; à ce propos, l’adage targui qui dit : « la femme est le pantalon de son mari » signifiera qu’elle veille jalousement sur l’honorabilité de son mari : respect des voisins et des étrangers, hospitalité à leur égard.
    La cérémonie rituelle se termine par une fête ponctuée de chants et danses. »

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