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Sg du Synaceb : «L’école nigérienne est complètement à terre. La faute à un système, pas seulement aux enseignants.»

Niamey et les 2 jours

 Le Syndicat national des agents contractuels et fonctionnaires de l’éducation de base (Synaceb), en synergie d’action avec plusieurs autres syndicats du secteur éducatif, entretient un bras de fer avec le gouvernement. Entre tentative de négociations et durcissement de ton de l’Exécutif, les syndicats semblent décidés à aller jusqu’au bout. Après une semaine de grève observée la semaine passée, l’essentiel des syndicats reconduit le débrayage pour cette semaine. Niameetles2jours s’est entretenu avec le Secrétaire général du Synaceb, Halidou Mounkaila sur des mots clés qui reviennent ces dernières semaines : non application de l’accord du 13 décembre, évaluation des enseignants et système éducatif en berne.Sg du Synaceb : «L’école nigérienne est complètement à terre. La faute à un système, pas seulement aux enseignants.»

Vous lancez un mot d’ordre de grève encore pour toute cette semaine. Pourquoi autant de grève ?

Ce n’est qu’une reconduction du mot d’ordre de grève de 5 jours de la semaine passée, marquée par des marches et meetings sur le territoire national. Nous protestons contre le non-respect des engagements pris par le gouvernement dans le communiqué conjoint que nous avions signé le 13 décembre 2016.

Le gouvernement avait accepté dans l’accord du 13 décembre, de voir la question du payement des arriérés des pécules (salaire des contractuels, ndlr), la question du payement à terme échu des pécules ; la question du recrutement à la Fonction publique et la question de la revue de la grille salariale et d’autres questions sur lesquelles on s’est entendu de continuer les négociations. Ce sont des engagements qui avaient des dead line, des temps bien précis dans leur application.

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Le Secrétaire général du Synaceb, Halidou Mounkaila

Le premier engagement est qu’au plus tard le 31 décembre 2016, tous les arriérés devraient être payés. Il se fait qu’au 31 décembre passé, les arriérés n’étaient pas épongés. Il y avait des localités qui n’avaient pas été payées.

Le gouvernement s’est aussi engagé à payer à la fin de chaque mois les contractuels au même moment que les agents fonctionnaires (enseignants titulaires ; ndlr). Nous sommes le 13 mars 2017, j’avoue qu’en dehors de Niamey, il n’y a aucune région qui a payé les pécules du mois de février aux agents contractuels. Du coup, le second point aussi n’est pas respecté.

Troisième point, nous avons des camarades recrutés en 2012, 2013 et 2014. Pour l’année de 2012 et 2013, ils sont au nom de 476. Pour 2014, nous avons 4200 camarades qui sont toujours dans l’attente de leur numéro de matricule (nécessaire pour qu’ils deviennent des agents de l’Etat, ndlr). Ils nous l’ont promis. Ce n’est pas fait.

Ils nous ont également promis de modifier le décret de recrutement à la Fonction publique pour permettre d’insérer un certain nombre de dispositifs surtout pour les enseignants frappés par la limite d’âge. C’est cette modification qui conditionne l’ouverture des recrutements pour 2015 et 2016. Normalement en fin décembre, le décret aurait pu être modifié. Ce n’est toujours pas le cas.

C’est dire en gros que, dans les engagements pris, seuls les arriérés ont été matérialisés et cela n’a même pas été fait dans le délai. Voilà ce qui nous emmené à reprendre les mouvements. On avait commencé par des mouvements de 48 heures. Là, nous l’avons échelonné à 5 jours depuis la semaine passée que nous avons reconduit cette semaine. Et c’est le collectif de tous les syndicats d’enseignants qui observe ce mouvement.

Samedi dernier, vous avez tenu une session extraordinaire à l’issue de laquelle vous dénoncez l’évaluation des enseignants que souhaite organiser le gouvernement. Pourquoi vous refusez cela ?

Nous ne refusons pas l’évaluation des enseignants. Malheureusement, c’est ce qu’il tente (le gouvernement) de faire croire. Et c’est l’objet de notre sortie samedi. L’évaluation que le gouvernement veut faire est contraire au statut de la Fonction publique. Les enseignants que nous sommes, sous le contrat de fonctionnaire ou contractuel, nous sommes tous régis par statut de la Fonction publique. Et il y a des mécanismes définis pour évaluer l’agent de la Fonction publique. Nous demandons tout simplement de respecter la réglementation pour faire l’évaluation.

En outre, lorsque vous organisez une évaluation et vous demandez à ce qu’on dépose les dossiers en amont, cela veut dire qu’il ne s’agit plus d’une évaluation, mais d’un examen ou d’un concours. Au début, ils avaient dit que c’est une évaluation pour tous les enseignants. A présent que nous le dénonçons, ils réajustent en laissant entendre que les dossiers (diplômes) demandés serviront à contrôler leur conformité. Si c’est le cas, qu’on scinde en deux blocs : le contrôle des dossiers d’une part et l’évaluation de l’autre.

En ce qui concerne l’évaluation, le mécanisme légal recommande que l’agent soit évalué sur le terrain (en situation de classe). L’enseignant a toujours été évalué. Nous avons les conseillers pédagogiques, les cellules qui sont créées à cet effet, etc. Qu’on mette les moyens à leur disposition pour qu’ils puissent faire leur travail.

Pour l’évaluation, le gouvernement dit qu’il va nous soumettre à deux épreuves : le français et les mathématiques. Cela ne permettra pas d’évaluer correctement un enseignant.

Quel regard portez-vous sur le système éducatif au Niger ?

Il faut le dire. L’école nigérienne est complètement à terre. La faute à un système, pas seulement aux enseignants. Nous avons toujours accepté que les bailleurs de fonds nous imposent leurs directives. En voulant leur plaire, nous avons contribué à dégrader le système éducatif du pays à travers plusieurs réformes.

De 1990 à ce jour, le Niger a connu plein de réformes qui n’ont jamais été évaluées. Il faut qu’on fasse des assises, faire un diagnostic sérieux et redéfinir une nouvelle base (les programmes d’enseignement, les politiques éducatives, etc).

Lorsque du Ci au Cm2, on ne renvoie pas pour mauvais résultat, on ne redouble pas. On fait toujours passer en classe supérieure. Que l’enfant puisse lire ou pas, puisse écrire ou pas, on dit qu’il faut laisser passer.

Ou encore, avant un examen de Bepc (Brevet d’études du premier degré, ndlr), le gouvernement demande un taux de réussite ; quel que soit le rendement des élèves. Il nous arrive de les faire passer à l’examen même avec 6 de moyenne sur 20. Et ce sont ces mêmes élèves qui reviennent enseigner des années plus tard. Là, on comprend que ce n’est pas une affaire d’enseignant mais de politique éducative. Il faut le reconnaître, le système va très mal.

Interview réalisée par Guevanis DOH, http://www.niameyetles2jours.com/la-gestion-publique/education/1403-516-sg-du-synaceb-l-ecole-nigerienne-est-completement-a-terre-la-faute-a-un-systeme-pas-seulement-aux-enseignants

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