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TERRITOIRES ET ACTIONS

Le réchauffement climatique aggrave les conflits entre éleveurs et cultivateurs

Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 23/04/2018 à 09H40

En 2018, des pluies précoces ou trop courtes ont nui à la production céréalière au Sahel. Les fourrages viennent également à manquer ce qui provoque une transhumance prématurée et des conflits entre agriculteurs et éleveurs. Pasteurs et cultivateurs se disputent la terre et l’eau. Un conflit aggravé par le réchauffement climatique, la pression démographique et l’insécurité des groupes armés.

Eleveur peul en Centrafrique
Eleveur peul en Centrafrique. Ces éleveurs sont en rivalité avec les cultivateurs pour les pâturages et l’eau.  © Siegfried Modola/reuters

Près de 8 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest, alertent les spécialistes membres du Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA) réunis mi-avril à Paris.
«Au Sahel, la sécheresse chasse les troupeaux et leurs bergers vers des contrées plus accueillantes, déclenchant une crise pastorale qui risque d’aggraver l’insécurité alimentaire d’une région déjà très fragile», explique Maty Ba Dio, coordinatrice régionale du projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel, basée à Ouagadougou.

Sécheresse
«Dans plusieurs pays, il n’y a pas assez de fourrage et les troupeaux sont partis plus tôt que prévu, en octobre au lieu de janvier, car ils n’avaient plus rien à manger (…)La difficulté, c’est qu’ils sont arrivés alors que les populations agricoles du Sud n’avaient pas complètement fini les récoltes. Les animaux ont envahi et détruit les parcelles de culture (…). Cela a créé des conflits énormes», regrette-t-elle avant de conclure: «Les investissements en semences et engrais ont été anéantis.»

Dans les pays côtiers qui reçoivent les migrations de troupeaux, comme le Nigeria, le Ghana ou le Togo, les conflits ont été violents cette année. Au nord-est du Nigeria, on relève une multiplication des affrontements entre éleveurs nomades et paysans sédentaires pour l’accès à la terre, l’eau et les pâturages, créant des centaines de morts et obligeant le gouvernement à déployer l’armée dans plusieurs Etats du pays.

La sécheresse, cyclique ou liée au changement climatique, pousse les éleveurs nomades à la recherche d’eau et de pâturages de plus en plus tôt dans l’année vers le Sud, où ils arrivent souvent à la période des récoltes.

Le bétail est alors honni par les cultivateurs qui lui reprochent de détruire leurs cultures. Ils tuent des bêtes, s’attirant des représailles.
Des frictions souvent aggravées par le fait que ce sont des ethnies différentes qui pratiquent l’une et l’autre activité. Pasteurs musulmans contre cultivateurs catholiques en Centrafrique, de même Peuls contre Dogons au Mali

Pression démographique 
L’accroissement de la population diminue les espaces libres où les éleveurs assurent la survie de leurs troupeaux. Les couloirs de transhumance se réduisent, petit à petit transformés en champs.

Les uns et les autres se disputent les puits, et les pâturages. Cela n’a pas toujours été le cas, mais le réchauffement climatique et la poussée démographique compliquent la situation. Historiquement, les deux activités ont toujours cohabité plus ou moins bien. Par exemple, dans la région de Mopti (Mali) jusqu’à l’indépendance, les cultivateurs accueillaient les troupeaux en transhumance pour profiter du fumier et du lait offerts. En contrepartie, ils laissaient le bétail manger les résidus de cultures après la récolte.

Les rivalités séculaires entre éleveurs-agriculteurs sont aujourd’hui avivées par la désertification en cours. Une inquiétude encore renforcée par les violences armées et l’insécurité croissante au Sahel, qui modifie les itinéraires de transhumance.
«Les troupeaux venant du Niger ou du Tchad ne peuvent plus gagner leurs zones de refuge traditionnelles autour du lac Tchad en raison de l’insécurité totale qui y règne», note madame Ba Dio.

Rebelles au Mali
Rebelles au Mali © Malinet

Groupes armés
«On ne peut plus aller dans beaucoup de zones pastorales, où il y avait du fourrage pour les animaux, à cause du djihadisme, car le banditisme s’y est installé», affirme pour sa part Djibo Bagna, président du réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (Roppa). Comme dans la région du Liptako-Gourma, un vaste rectangle à cheval sur le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Située sur le bassin versant du fleuve Niger, c’est une zone de transhumance des troupeaux. C’est aussi exactement la région où l’ONU discernait en mars, dans un rapport, des «menaces terroristes croissantes de l’Etat islamique dans le Grand Sahara (ISGS) et de Ansar al-Islam».

«Les bandes organisées et la circulation d’armes légères ont empiré la situation. On en vient dans les pays du Sud, agricoles, à montrer du doigt les éleveurs pasteurs, qui viennent du Nord», se désole Ibra Touré, géographe au Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS).

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