Comme chaque année, la conférence régionale s’est réunie pour débattre des problèmes en amont et fixer les dates des manifestations liées au mouvement des animaux.

La Région de Mopti, une zone à vocation agro-sylvo-pastorale, accueille chaque année de fortes concentrations d’animaux venus des régions voisines et même des pays limitrophes. Le système d’élevage, ici, est essentiellement basé sur un pastoralisme reposant sur la mobilité des troupeaux et des hommes. Ce grand mouvement dans l’espace appelé transhumance donne lieu à des  événements socioculturels majeurs comme les traversées des fleuves. Ces événements sont planifiés par la conférence régionale sur les bourgoutières.

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Cet important forum se tient chaque année et mobilise l’ensemble des acteurs et des partenaires pour débattre en amont de tous les problèmes de la transhumance, de la gestion des bourgoutières et des manifestations culturelles liées.
La conférence régionale sur les bourgoutières au titre de la campagne 2015-2016 s’est justement tenue les 28 et 29 octobre dans la salle de conférence du gouvernorat de Mopti. Les travaux étaient présidés par le gouverneur Kaman Kané. Parmi les responsables participants, on pouvait noter la présence d’un conseiller technique au ministère du Développement rural, Wayara Koné, de la directrice adjointe de la DNPIA (Direction nationale des productions et industries animales), Mme Salimata  Berthé, et d’une forte délégation de la MINUSMA conduite par son chef de bureau de Mopti, Mélanie Hauenstein.
Une autre délégation comprenant des représentants des cercles de San, Niono, Macina et Tominian conduite par le directeur de cabinet du gouverneur de Ségou, Mamadou Gaoussou Traoré, a pris part au forum qui a bien évidemment regroupé les représentants des communautés peules notamment les Dioros (gestionnaires traditionnels des pâturages), les élus locaux, les professionnels de l’élevage, les responsables des services techniques et des ONG intervenant dans la zone.
La présence de tout ce monde à la rencontre dénote de l’importance de l’élevage dans la Région de Mopti où il est le moteur du développement socio-économique. En fait, Mopti est la première région d’élevage du pays. Elle abrite, à elle seule, plus de 19% de l’effectif des bovins et 28% du cheptel des ovins et caprins.
La région se caractérise aussi par sa grande diversité agro-écologique. Elle est subdivisée en plusieurs zones : le Mema (8.900 km2), le Delta central du Niger (30.000 km2), la zone lacustre (9.900 km2), le Gourma (9.300 km2) le Plateau dogon (11.300 km2), le Séno (16.900 km2) et le Sourou (8.000 km2).
La zone inondée qui couvre les cercles de Djenné, Mopti, Ténenkou et Youwarou regorge d’importants pâturages pouvant supporter  plus de 700.000 unités bétail tropical (UBT) pendant la saison sèche. Dans cette zone de décrue, des milliers de troupeaux ayant migré pendant l’hivernage en zone exondée (Bankass, Bandiagara, Douentza, Koro) et ceux des pays voisins ( Burkina Faso, Niger) séjournent à la recherche du bourgou, une plante fourragère très nourrissante pour les animaux.
Très riche en nutriments, cette plante permet d’améliorer rapidement l’embonpoint des animaux et d’accroître la production laitière des vaches. L’accès à ces pâturages rythme la vie socio-économique et culturelle dans le Delta central du Niger et ses environs.
Mais derrière les événements festifs, les conflits communautaires sont très fréquents. Pour prévenir ces différends, la conférence rappelle la codification existante en matière de transhumance en harmonie avec le calendrier des autres exploitants des mêmes ressources naturelles.

L’IMPACT DU CHANGEMENT CLIMATIQUE. Les participants à la dernière conférence ont vérifié l’exécution des recommandations de la précédente. Ils ont également discuté de la problématique de la gestion des bourgoutières et du rôle et des responsabilités des Dioros. Ils ont enfin abordé les contentieux de gestion des bourgoutières et fixé le calendrier des 29 points de traversée que compte la région.
Le changement climatique, a-t-on constaté, a entrainé une forte dégradation des bourgoutières, le rétrécissement des parcours pastoraux, l’installation tardive des pluies et leur mauvaise répartition dans le temps et dans l’espace. Tous ces facteurs affectent la production fourragère dans certaines zones pastorales et provoquent le retour précoce des animaux dans certains cercles.
La Direction régionale des productions et industries animales (DRPIA) a bien initié des actions pour inverser la tendance. Ainsi, 400 km de pistes pastorales ont été matérialisés dans les cercles de Bandiagara, Koro, Mopti, Douentza et Djenné. Plus de 100 éleveurs et agro-éleveurs ont été formés aux techniques de conservation et de valorisation des cultures fourragères. 8 points d’eau ont été réalisés. D’autres actions ont trait à la diffusion de 896 hectares de cultures fourragères, à l’introduction de 8 botteleuses et de 7 haches paille, à la régénération de 11.000 hectares de bourgou et à l’aménagement de 2 périmètres pastoraux.
Le représentant du ministère du Développement rural et le gouverneur Kaman Kané ont remercié la coopération suisse pour les efforts appréciables consentis pour le développement de l’élevage au Mali. Ils ont exprimé leur gratitude à la MINUSMA qui, en collaboration avec la FAO et la DRPIA, a appuyé la matérialisation de 400  km de pistes pastorales pour contribuer à l’atténuation des conflits entre les agriculteurs et les éleveurs.
A l’issue des travaux, la conférence a arrêté les dates de traversée pour la campagne 2015-2016. La traversée de Diafarabé dans le cercle de Ténenkou qui marque le début de la rentrée des animaux dans les bourgoutières aura lieu le 21 novembre prochain. Le cercle de Mopti entamera ses traversées par celles de Kabio le 3 décembre et celles de Djenné démarreront par Sofara-Kaka le 30 novembre.
Ces dates seront suivies de plusieurs autres traversées dans d’autres localités, comme par exemple à Dia (23 novembre), Koubi (25 novembre) et Niasso (27 novembre) dans le cercle de Ténenkou, et Mougnan (21 décembre), Niala (28 décembre), Pondori (20 décembre) dans le cercle de Djenné.
Dialloubé, une localité du cercle de Mopti, bouclera le cycle des traversées, le 9 avril 2016. Cette étape qui  marque aussi la sortie des troupeaux est couronnée par le « Dégal Dialloubé », une célèbre manifestation socio-culturelle inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
D. COULBALY
AMAP-Mopti

L’essor