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«La Transhumance en Afrique, c’est énormément d’argent »

« Tout ce qui les préoccupe, c’est la santé du bétail. Il y a un rapport à l’animal qui est extraordinaire. » Le photographe Gilles Coulon s’est mis dans les pas des bergers qui mènent leur bétail du Burkina Faso au Togo, en quête de pâturages. Après Bamako et Paris, l’exposition «Transhumance, mobilité à risques» est à voir à l’Institut français de Ouagadougou, au Burkina Faso.
media Photographie de Gilles Coulon, issue de la série «Transhumance, mobilité à risques». Gilles Coulon/Tendance floue

RFI : Vous aviez remporté le prix World Press en 1997 pour vos photos sur les populations peules transhumant entre le Mali et la Mauritanie. Qu’est-ce que vous a conduit, vingt ans plus tard, à retourner suivre un groupe d’éleveurs, cette fois entre l’est du Burkina Faso et le nord du Togo ?

Gilles Coulon : C’est quelque chose qui me trottait dans la tête depuis toutes ces années parce que je vais souvent en Afrique de l’Ouest. Le travail que j’ai réalisé pour ce projet est une commande pour une ONG. Alors quand Acting for life m’a proposé de repartir sur les traces des bergers, j’ai signé des deux mains. La transhumance que j’ai effectuée se fait entre le Burkina Faso et le Togo. Chaque année, ils sont obligés de quitter leur village respectif pour descendre au sud. Et tout le monde de la transhumance trouve à manger et ils trouvent des pâturages pour les animaux.

Sur vos photos, on voit ces bergers, souvent des jeunes hommes guidant leurs troupeaux sur des terres fissurées, avec beaucoup de poussière dans vos images.

En effet, parce que j’ai fait ce travail à deux périodes distinctes : au mois de février de l’année dernière, c’est vraiment la période où les éleveurs descendent avec les bêtes, c’est encore très très sec. Il y a très peu de pâturages le long de la route. Ils se dépêchent de descendre, c’est pour cela qu’on les sent un peu stressés, ce stress de trouver à manger pour leur bête. Dans la deuxième partie de l’exposition, on a des paysages beaucoup plus verdoyants, puisque j’y suis retourné au mois de juin, période où il commence à pleuvoir, où ça commence à reverdir, et là ils entament la remontée vers leur village.

On les voit qui s’abritent sous un petit morceau de plastique à trois. On les voit qui traversent un fleuve avec leur maigre paquetage, à savoir une paire de chaussures, un bidon d’eau, un bâton. C’est vraiment spartiate.

Ils transhument avec très peu de matériels. Ils ont à peu près une centaine de bétails par homme. Ils ont en effet une natte, un récipient en plastique pour le lait quand les animaux commencent à donner du lait, et ils ont souvent un couteau. Effectivement c’est très rudimentaire. C’est un voyage physiquement très éprouvant, psychologiquement aussi, parce qu’ils sont responsables de tout le bétail pour le village entier. Ce n’est pas toujours les propriétaires des animaux qui transhument, ce sont souvent des gens de la famille ou des gens qui sont payés pour transhumer.

Tout ce qui les préoccupe, c’est la santé du bétail. Il y a un rapport à l’animal qui est extraordinaire. On le voit sur certaines images quand ils passent les cours d’eau, on sent à ce moment-là un stress énorme de la part des éleveurs qui partent dans l’eau avant, qui attendent les bêtes à des passages, sachant que la majorité d’entre eux ne savent pas nager. Pour sauver les animaux, ils vont prendre tous les risques.

Photographie de Gilles Coulon, issue de la série «Transhumance, mobilité à risques». Gilles Coulon/Tendance floue

Souvent, il y a quelqu’un qui les accompagne en vélo, quelqu’un de plus âgé, qui lui gère un peu les voies de passage, savoir où l’on va passer, négocier avec les agriculteurs sur place s’ils peuvent traverser un champ ou pas, gérer des conflits aussi parce qu’il y a énormément de conflits. C’est la raison pour laquelle Acting for life souhaite communiquer là-dessus. Ils m’ont demandé de faire un travail photographique pour qu’on puisse parler de cette problématique. On appelle cela « transhumance à risque » parce qu’il y a énormément de conflits entre les populations locales et les éleveurs.

Vous pensez aux populations locales qui ne souhaitent pas voir les bergers traverser avec leurs troupeaux ?

En fait, il y a des abus de la part des éleveurs qui parfois ne respectent pas les voies de passage, c’est un fait. Mais, il y a aussi des abus de la part des agriculteurs des territoires traversés qui profitent du passage des animaux pour créer des conflits, pour obtenir de l’argent. Parce que, quand les éleveurs sont en voyage, ils veulent absolument avancer, donc ils finissent par payer. Tout cela est très compliqué à gérer. Les ONG sur place, leur travail est de sécuriser ces voies de passage, de mettre notamment des bornes de façon à ce que les éleveurs sachent que là ils sont dans une zone qui normalement a été décidée entre les populations locales, les éleveurs, les autorités sur place, les ministères concernés pour qu’ils puissent continuer à transhumer.

Parce que c’est important pour la sous-région ?

C’est un secteur économique hyper important. Il y a quatre ans, il y a eu une voie de passage qui n’a pas été empruntée par les éleveurs au Togo, parce qu’il y avait trop de conflits depuis des années. Ce sont les femmes de tous les villages alentour qui sont montées au ministère pour se plaindre, parce que les éleveurs ne passaient plus. Et pourtant, ça dérange. Mais ça n’empêche que, économiquement, la transhumance, c’est énormément d’argent. Je vais faire un parallèle un peu absurde : quand les éleveurs ne passent plus, c’est comme quand les camions passaient dans les villages chez nous et qu’ensuite ils prennent les autoroutes. Après, on voit les villages qui meurent. C’est exactement la même chose.

Photographie de Gilles Coulon, issue de la série «Transhumance, mobilité à risques». Gilles Coulon/Tendance floue

Écouter l’interview avec Gilles Coulon
Transhumance, mobilité à risques, exposition de Gilles Coulon à l’Institut français de Ouagadougou, au Burkina Faso, jusqu’au 22 juillet, entrée libre.

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