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Dans le conflit libyen, le pétrole est un enjeu principal

TSA Algérie –Fayçal Métaoui |

Équipés de tanks et d’un radar brouilleur, une milice qui se fait appeler « Les Brigades de défense de Benghazi (BDB) » et que dirige Mustapha Sharkasi, a pris, vendredi 3 mars, le contrôle du terminal pétrolier d’Al Sedra, dans le nord-est de la Libye.

Surveillé jusque-là par les forces du général Khalifa Haftar, Al Sedra, situé entre Benghazi et Syrte, est le principal terminal pétrolier en Libye. Le Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale, a vite réagi en affirmant qu’il n’a mandaté aucune force de faire mouvement vers « le croissant pétrolier ».

Un réservoir en flammes en Libye – archives (Crédits : DR)

 

Le GNA que préside Faiz Al Saradj a dénoncé vigoureusement l’attaque contre Al Sedra et a relevé que l’escalade « coïncide avec tous les efforts menés au niveau régional et international pour réaliser la réconciliation nationale et resserrer les rangs en vue de dépasser la crise que connait le pays ».

Il a rappelé que le pétrole est « la richesse de tous les Libyens » qui doit être « éloigné du conflit ». Martin Kobler, envoyé spécial de l’ONU en Libye, est allé dans le même sens en appelant toutes les parties à éviter l’escalade et« à protéger les civils, les richesses naturelles et les installations pétrolières ».

Selon la chaîne de télévision Libya Channel, des accrochages se déroulent toujours dans la région de Ras Lanouf entre les forces de Haftar et les BDB.

L’armée de l’air a bombardé, d’après la même source, des positions des BDB à côté des terminaux pétroliers d’Al Sedra et de Ras Lanouf. D’après le colonel Ahmad Al Mismari, porte-parole des forces du général Haftar, les BDB sont alliées à Al Qaïda et à Sadiq Al Ghariani, ex-mufti du Conseil national de transition libyen (CNT).

Al Ghariani a été accusé de vouloir imposer un modèle de l’État théocratique avec rejet  du principe de l’État civil qui devait être introduit dans la nouvelle Constitution libyenne, après la Révolte du 17 février 2011 qui a mis fin au régime de Mouamar Al Kadhafi. Sadiq Al Ghariani est considéré également comme l’un des plus grands défenseurs et alliés du mouvement des Frères musulmans en Libye.

Où étaient les unités de Haftar

Pourquoi les unités de Haftar, qui assuraient la sécurité du terminal d’Al Sedra, n’ont pas réagi lors de l’attaque des BDB ? « Nos forces se sont retirées au début de l’attaque pour ne pas mettre en danger les installations pétrolières », a déclaré Al Mismari dans une conférence de presse vendredi.

La situation au terminal d’Al Sedra demeure floue. Selon Al Mismari, les assaillants des BDB ne sont plus sur place. Des sources médiatiques soutiennent le contraire. Des renforts sont venus de Benghazi et de Jabal al-Akhdar pour sécuriser les lieux. Le chef des Forces spéciales Wanis Boukhamada a donné, de son côté, des ordres pour assurer la sécurité de la route côtière entre El Magroun et Brega en passant par Ajdabia pour contrer toute évolution des BDB vers l’Ouest.

D’après le site d’information libyen Africagate News, les BDB ont été appuyées par Hamad Abdeljalil Hasnaoui, l’un des chefs d’Al Qaïda en Libye, renforcé par des hommes armés venus du Tchad. Hasnaoui, qui considère les membres des BDB comme des « hommes libres » et qui dirige Liou’a Daraa Libya, accuse Haftar d’avoir « détourné la Révolution » de 2011.

La reprise du « croissant pétrolier » parait être, donc, un enjeu stratégique. Autant que « le retour » à Benghazi. Les islamistes, surtout les plus radicaux, n’apprécient pas la détermination de Khalifa Haftar de les exclure de tout dialogue politique en vue de régler la crise dans le pays.

La règle de base, adoptée par les partenaires extérieurs qui soutiennent la solution politique en Libye, est d’éloigner des discussions « les groupes terroristes reconnus comme tels par l’ONU ». C’est la position de l’Algérie, favorable à « un dialogue inclusif » qui comprend les islamistes modérés. Le Caire a une autre position, proche de celle de Haftar. Les BDB qualifient Haftar « d’élève du tyran d’El Kadhafi » et l’accusent d’avoir « brûlé Benghazi et tué les civils » lors de l’opération « El Karama », en mai 2014. El Karama visait, selon les fidèles de Haftar, à nettoyer la Libye des « terroristes, des brigands et des hors-la-loi » qui empêchaient « l’instauration de la démocratie ».

60% du brut est concentré dans l’Est libyen

Le contrôle du « croissant pétrolier » devient un enjeu capital pour plusieurs parties. Plus de 60% du brut libyen est exporté à partir du littoral de la Cyrénaïque (nord-est libyen). Tobrouk et Tripoli sont les autres grands terminaux pétroliers du pays.

Les BDB, qui obéissent également aux directives de Ismail Sallabi, un ancien d’Afghanistan, semblent avoir reçu du matériel de guerre neuf. Comment ce matériel est entré en Libye étant entendu que les frontières orientales, avec l’Égypte, sont étroitement contrôlées ? Les frontières avec l’Algérie sont également sécurisées.

Les BDB ont des tanks modernes qui ne peuvent pas avoir traversé le Sahara sans être détectés par les systèmes de surveillance en supposant qu’ils soient entrés des frontières avec le Tchad ou le Soudan.

Les BDB, qui ont été créés en juin 2016, ont compris l’enjeu de s’installer dans les zones de production de pétrole dans l’Est libyen, mais semblent avoir trouvé un appui logistique en dehors de la Libye. D’où l’offensive contre le terminal d’Al Sedra, à quelques semaines de la réunion des chefs d’État d’Algérie, de Tunisie et d’Égypte pour essayer de relancer l’accord politique de Skhirat avec l’objectif d’arriver à « une solution consensuelle à la crise » en Libye et éviter l’option militaire.

| LIRE AUSSI : Libye : l’Algérie opposée à la multiplication des initiatives

Depuis septembre 2016, les forces de Haftar, regroupées au sein de ce qui est appelé Armée nationale libyenne, contrôlent les sites pétroliers de Brega, Ras Lanouf, Al Sedra et Zoueitina. Ce qui a donné au général une posture forte dans les négociations avec les partenaires étrangers, dont la Russie, l’Égypte et l’Italie, et avec les autorités rivales de Tripoli (GNA).

La perte de contrôle des terminaux pétroliers au profit de groupes radicaux risque d’embraser toute la Libye puisque les autres forces en présence risquent d’entrer en scène, comme les brigades de Misrata, engagées dans le combat contre Daech et les groupes radicaux.

Autre risque : les BDB pourraient forcer le personnel se trouvant dans les installations d’Al Sedra à exporter des quantités de brut dans la clandestinité la plus totale. Ces dernières années, la communauté internationale n’a pas été très regardante sur le pétrole libyen repris par des circuits du marché noir en Méditerranée occasionnant de grosses pertes à l’économie déjà fragile de la Libye. Des pertes qui n’ont, à ce jour, pas encore été quantifiées.

La résolution 2259 du Conseil de sécurité de l’ONU interdit les « exportations illicites de pétrole ». Des exportations qui doivent être gérées par la société nationale NOC (National Oil Company), mise sous l’autorité de Faiz Al Saradj à Tripoli. Une autre société existe à Tobrouk et semble activer dans une zone grise. Avec des réserves de 48 milliards de barils, la Libye est au premier rang en Afrique, huitième au monde (l’Algérie est quinzième avec 13 milliards de barils) des pays riches en pétrole.

Selon les experts, 85% des réserves de pétrole se trouvent dans le bassin de Syrte où se trouvent les terminaux de Ras Lanouf, Brega, Al Sedra et Zoueitina. La Libye est également un pays riche en gaz naturel avec des gisements estimés à 1.600 milliards de mètres cubes.

http://www.tsa-algerie.com/20170305/dans-le-conflit-libyen-le-petrole-est-un-enjeu-principal/

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