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TERRITOIRES ET ACTIONS

La colère dans le vent: l’uranium au Sahel

  Mauro Armanino, Niamey, 12 Mars 2018

A Arlit les gens boivent de l’eau radioactive. Le contenu de l’article sur Le Monde ne fait que confirmer ce qui avait été dénoncé en son temps par la société civile locale. L’entreprise française Areva extrait l’uranium dans cette zone à la frontière de l’Algérie depuis plus de 40 ans.

La réalisatrice nigérienne Amina Weira, à qui se réfère l’article cité, est née et a vécu  pendant des années dans la zone. Elle se rappelle que, tout enfant qu’elle était, remarquait l’existence de plusieurs problèmes de santé. Difficultés  respiratoires, tumeurs, bébés naissant avec des déformations…et toujours on lui disait que c’était Dieu qui a donner un fils de la sorte, c’était le destin. Mais s’étaient surtout les retraités ceux qui avaient le plus de problèmes : malaises, paralysies et étranges maladies affectant aussi les animaux. Amina a choisi de faire un documentaire dans lequel elle parle de la poussière radioactive d’Arlit, de l’eau empoisonnée qu’on y boit, des maisons bâties avec du matériel sortant des mines, de la nourriture contaminée et des animaux qui périssent. «La colère dans le vent» est le titre du film présenté à Dakar et peu connu au Niger.

A partir du 27 janvier passé le nom Areva s’est changé en ORANO. Ce nom, qui vient du latin uranus, fait aussi écho à Ouranos, le dieu grec du ciel qui devient Uranus dans la mythologie romaine. Il est encore lui qui donne le nom au planète qui a son tour prête le nom au minerai dont il est question à Arlit. La lettre O indique le cycle du combustible nucléaire qui permet de transformer le matériel en «yellow cake», le gâteau jaune qui, avec le noir, est la couleur d’Orano. Voilà le miracle, l’uranium se transforme en or pour quelqu’un et en mort pour d’autres qui ne rentrent pas dans le gâteau : voilà le sens de la bande noire dans le logo de la régie française. La colère dans le vent est militarisée tout comme la zone de Arlit où plusieurs techniciens avaient été enlevés et puis libérés après avoir payé une rançon aux ravisseurs. Ils ont acheté le silence de la ville minière en échange des maisons, des écoles, du dispensaire et d’une route que le camions utilisent pour transporter le minerai traité jusqu’à la mer. C’est un silence contaminé par les intérêts de la puissance coloniale qui achète la mort des pauvres avec la complicité des politiciens.

Il s’agit des mêmes qui ont donné une récompense à ceux qui pris part à la marche de soutien à la politique économique du gouvernement. La ‘radio trottoir’ insinue que quelque 700 millions des francs CFA ont écoulé afin de faciliter la participation à la marche alternative à celle de l’opposition qui l’a précédée. La colère dans le vent souffle sur l’université d’état Abdou Moumouni in phase avancée de démolition. Cette fois-ci sont en grève les enseignants et les chercheurs de salaire. Le vent passe par l’hôpital national où l’on peut mourir à la porte du service d’urgence si l’on ne paye pas d’abord l’ordonnance. La colère dans le vent s’en va par les régions où les greniers sont vides et on reconnait l’état de famine pour un million et 800 mil citoyens. Bien sur la Renaissance est en marche et affirme que tout va bien. Qui dit le contraire n’a pas compris la question.

La colère du vent souffle sur la vie de Monique, qui voudrait retourner en Côte d’Ivoire, et de ses amies du Cameroun qui, en revanche, voudraient rester à Niamey. Toutes ont survécu de l’enfer libyen, de l’Algérie et du vent, fâché, du désert. Qui voulait aller en Italie, qui en Espagne et qui, jusqu’à présent ne sait pas encore la destinée. Elles ont été arrêtées, vendues, achetées et violées plusieurs fois. Thérèse et Anne ne croient plus dans leur pays d’origine et préfèrent pour le moment la poussière du Niger à la possible guerre civile dans leur pays. Elles demandent une chambre, de la nourriture, des soins et la possibilité de travailler. Monique est à son huitième mois de grossesse et pour cela elle voudrait retourner vite auprès de sa sœur dont elle a perdu le numéro de portable. Elle a choisi de donner le nom d’Ange au fils qui viendra.

Mauro Armanino,https://blogs.mediapart.fr/mauro/blog/120318/la-colere-dans-le-vent-l-uranium-au-sahel

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