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TERRITOIRES ET ACTIONS

Dirigeants européens et africains, tous responsables du drame des migrants 

L’Observateur Paalga – Ouagadougou-Publié le

Rapatriement d’urgence de migrants bloqués en Libye, lutte contre les passeurs, sensibilisation des candidats à l’exil : le sommet Union européenne-Union africaine à Abidjan s’est achevé ce 30 novembre par une série d’annonces. Pour cet éditorialiste burkinabé, les responsabilités du triste sort des migrants sont partagées.

Le thème principal du cinquième sommet Union européenne-Union africaine [qui s’est tenu du 29 au 30 novembre] tourne autour des questions d’immigration et de sécurité, avec l’ambition de donner un meilleur avenir à la jeunesse africaine.

Les dirigeants européens et africains au sommet Union européenne-Union africaine, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le 29 novembre 2017. PHOTOS / PHILIPPE WOJAZER / AFP POOL

 

Autant dire que c’est une continuité de l’adresse faite [le mardi 29 novembre, à Ouagadougou] par Emmanuel Macron à la jeunesse burkinabée et africaine en général. Un sujet effleuré qu’il faudra revisiter en profondeur, notamment la question lancinante de l’immigration clandestine.

Une problématique devenue encore plus douloureuse depuis la découverte, grâce à une vidéo de CNN, de ce marché aux esclaves en Libye où des Africains sont pris et vendus à l’encan, à des prix oscillants entre 200 et 300 dollars, soit à peine le prix d’un bon mouton de Tabaski [la fête religieuse musulmane de l’Aïd al-Adha].

“Un crime contre l’humanité, stade ultime d’une tragédie que nous avons laissée prospérer sur les routes…”, a dit, emporté, le locataire de l’Élysée à Ouaga. C’est lui d’ailleurs qui est à Abidjan le porteur de l’initiative euro-africaine censée trouver la solution idoine à ce qui est devenu un véritable fléau. D’abord en frappant les criminels de tout poil, à l’image de ces passeurs qui s’enrichissent sur le dos de ces pauvres hères. Et ensuite en venant en aide à ces migrants pour leur retour dans leurs pays respectifs.

Décliné comme ça, ça paraît simple. Mais se pose la question de savoir comment cette initiative pourrait être concrètement mise en application quand on connaît la complexité du problème.

Financés par l’UE, des garde-côtes libyens mêlés au trafic

Les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) font froid dans le dos. En effet, environ 3 000 migrants ont disparu en mer Méditerranée depuis le début de l’année. Cent soixante-quatre mille autres sont arrivés, si on ose dire, à bon port en Europe dans la même période, dont les trois quarts rien qu’en Italie, premier pays de contact. On se rappelle cette horde d’émigrés, tels des monstres marins sortis des abysses, surgie des eaux devant des vacanciers totalement stupéfaits [en Espagne].

En fait, ces chiffres sont même en baisse, puisqu’en 2016, à la même période, ils avaient été quelque 350 000 à arriver sur le Vieux Continent. On devrait se réjouir de cette baisse de moitié, sauf que le problème a juste été déplacé, car ce flux a été contenu en Libye où ces damnés de la terre se retrouvent comme dans une souricière, pris au piège dans un État qui n’existe plus que de nom depuis la chute de Kadhafi.

Et c’est là qu’intervient la maltraitance de tous ordres, comme ce marché aux esclaves qui constitue un outrage à la conscience de l’humanité. Comment trouver une solution à cette quadrature du cercle, sachant que l’Union européenne finance les garde-côtes libyens pour empêcher ces aventuriers d’arriver sur son sol et que ces mêmes garde-côtes participent au trafic ?

L’échec des dirigeants africains

Dans cette tragédie, il faut donc reconnaître que les responsabilités sont partagées. Car, si les Européens sont incontestablement en partie responsables de ce drame, que dire des dirigeants africains qui observent un flux migratoire proportionnel à leur incapacité politique à donner à leur jeunesse un avenir, ou au moins des raisons d’espérer ?

La plupart du temps, il y a des mesurettes pour saupoudrer les mille et une difficultés dans lesquelles baignent les jeunes totalement déboussolés et désorientés.

Et que dire des intéressés eux-mêmes, les migrants, qui savent qu’ils ont peu de chances d’arriver à destination mais se lancent dans cette aventure suicidaire ? ou de ces parents, qui vident leur bas de laine pour financer d’improbables odyssées qui se terminent la plupart du temps dans la gueule de requins ou sur un marché aux esclaves ?

Avec un million de francs CFA [1 500 euros], ou deux ou trois, ne peut-on pas entreprendre quelque chose chez soi ? Certes, le goût de l’aventure et la quête du mieux-être sont consubstantiels à l’être humain. Mais au point de tomber dans les mailles d’une pratique avilissante abolie depuis le XIXe siècle ?

Issa Barry, https://www.courrierinternational.com/article/dirigeants-europeens-et-africains-tous-responsables-du-drame-des-migrants

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