booklet 8 pages

QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

Lire la suite

TERRITOIRES ET ACTIONS

Disparaître pour exister: migrants et réfugiés au Sahel

Cela a été écrit il ya des années par le sous-commandant Marcos, maintenant sous le nom militant de Galeano, depuis la forêt Lacandona au Mexique. Lui et les gens qu’il a choisis comme siennes, avaient le visage cagoulé. Il l’a dit dans ses écrits mémorables, entre poésie, politique et rébellion.

‘ Y miren lo que son las cosas porque, para que nos vieran, nos tapamos el rostro; para que nosnombraran, nos negamos el nombre, apostamos el presente para tener futuro; y para vivir…Morimos’
Et regardez comment les choses sont, afin qu’ils nous voient, nous couvrons nos visages; pour qu’ils nous considèrent, nous rejetons notre nom, nous mettons le présent en danger pour avoir un avenir et pour vivre… nous mourons’

Cela continue de se produire au Sahel et ailleurs dans le monde. Ils sont invisibles jusqu’à ce qu’ils ne disparaissent dans la mer (à condition qu’il y ait ceux qui racontent le naufrage), dans le désert ou dans les nombreuses frontières armées, entre temps, revigorées par le Covid 19.

Migrants, réfugiés, appauvris par le système d’exclusion mondiale des politiques néolibérales et victimes de la famine : c’est seulement quand ils disparaissent qu’ils commencent à exister pour la chronique humanitaire. Juste alors, pas avant, les absents se présentent à l’appel avant de retourner invisibles, en personnages mineurs sur la scène médiatique, puis ils disparaissent dès que l’attention se détourne ailleurs.
De citoyens inexistants, ils deviennent des chiffres et des statistiques au vu de l’emballage des projets à financer si la crise ne doit pas être transformée en tragédie. C’est ce qu’a rappelé la célèbre communauté de Sant’Egidio qui, à l’occasion de la Journée Mondiale des réfugiés, le passé samedi 20 juin, a commémoré à juste titre les morts de la Grande Guerre. Nous parlons de la Guerre contre les Migrants qui, de 1990 à nos jours, a fait au moins 40. 900 morts en Méditerranée et dans le désert qui la précède. Des chiffres probablement sous-estimés, en particulier pour les disparitions dans le désert que certains spécialistes de la migration, peu écoutés, estiment au moins deux fois plus des décès dans la mer. Sant’Egidio a proposé une veillée pour aider à passer de simples statistiques aux visages et aux noms des défunts. Ce n’est que lorsque les disparus deviennent audibles, qu’ils trouvent ce qu’ils n’ont jamais eu, l’attention qui est due à toute personne qui ne veut vivre qu’ailleurs et autrement.
Pour les réfugiés dans le monde, déracinés, enlevés, ballottés par les circonstances et les politiques meurtrières qui détruisent toute coexistence humaine, les chiffres sont encore dramatiques et forment une sorte de théâtre de l’absurde, des personnages à la recherche d’auteurs. Les personnes déplacées, les réfugiés, les migrants encore réfugiés ou contraints de fuir à nouveau après la dernière attaque meurtrière menée par des milices, des terroristes, des bandits communs ou simplement s’approchant de la zone du front.

Rien qu’au Niger, en proie de l’insécurité et de la corruption qui n’épargne aucun secteur, on estime, par exemple, que plus de deux millions de personnes ait besoin d’aide humanitaire. Cent mille personnes déplacées supplémentaires ont été recensées, ce qui s’ajoute aux quelque 300 000 personnes déjà sur le terrain. Dans la région de Diffa, il y a des milliers d’autres citoyens, auparavant inexistants, qui ont fui les massacres de Boko Haram et le même se passe dans la région de Maradi, plus à l’ouest. Enfin, dans la région des trois frontières, le Mali, BurKina et le Niger, des milliers d’autres réfugiés et personnes déplacées ont encore augmenté le nombre d’invisibles qui sont devenus, malgré eux, l’objet de l’assistance et de la responsabilité humanitaire.
C’est finalement le cas des jeunes et de leurs projets. Car ils deviennent soudainement présents lorsqu’il s’agit de freiner la migration. C’est dans la région de Tahoua, depuis toujours un lieu de départ des jeunes à la recherche d’un avenir différent, la cérémonie de réception de matériel offert par l’Union Européenne et le Ministère allemand de la Coopération et du Développement. Le but de ce don est résumé dans le discours du représentant du gouverneur de la région…

De sorte que les jeunes, principaux acteurs de l’avenir du pays, faute d’opportunités d’emploi ne deviennent pas une proie facile pour les groupes extrémistes, les djihadistes, le banditisme et de la MIGRATION IRRÉGULAIRE’

Tout est clair alors, pour revenir à l’existence, vous devez disparaître, pour être vu, vous devez vous cacher le visage et pour vivre il faut d’abord mourir.

https://blogs.mediapart.fr/mauro-niger/blog/230620/disparaitre-pour-exister-migrants-et-refugies-au-sahel

Envoyer un commentaire