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TERRITOIRES ET ACTIONS

Du bon usage des pauvres dans le Sahel (et les frontières de l’Europe)

Le blog de Mauro Niger-Mauro Armanino, Niamey, février, 2020

Il s’agit d’activer une solidarité fériale, un élan samaritain, une quantité indéfinie de rencontres et tables de concertation entre acteurs sociaux afin de mieux coordonner les aides. Les pauvres sont fonctionnels au système car ils leur permettent de se perpétuer sans que rien ne change dans les mécanismes qui engendrent les causes de leur présence.

Il s’agit d’activer une solidarité fériale, un élan samaritain, une quantité indéfinie de rencontres et tables de concertation entre acteurs sociaux afin de mieux coordonner les aides. Les pauvres sont fonctionnels au système car ils leur permettent de se perpétuer sans que rien ne change dans les mécanismes qui engendrent les causes de leur présence. Prenez par exemple les migrants, catégorie constitutive de la civilisation humaine dont les contours ont été définis, rendus idéologiquement dangereux et pour finir, confinés dans les études et analyses des spécialistes. Ils augmentent le patrimoine académique des facultés plus illuminées, ils produisent textes, articles et ils organisent des conférences sur le sujet. Cela n’impacte en rien les décideurs des politiques les concernant car ce qui les intéresse, en dernier ressort, ne seront que les sondages des opinions publiques. On découvre, graduellement, l’interminable liste des bienfaiteurs qui profitent des politiques dont il est question ci-dessus. Couloirs humanitaires, téléphone pour alertes, médecins sans frontières et du monde, caritas, l’organisation pour les migrations internationales, la croix rouge nationale, internationale, danoise et pour finir le croissant vert. Tout cela peu coordonné afin de panser tan bien que mal, les nombreuses blessures de ceux qui osent encore s’aventurer dans le désert tandis que les choix politiques confirment leur ‘confinement’, parce que pauvres, au lieu de naissance. Si l’action humanitaire ne cherche pas en même temps son équivalent dans des choix politiques respectueux des droits humains, elle ne fait qu’assurer le travail ‘d’ambulance’ du système.

L’accord de coopération entre l’Italie et la Libye, récemment renouvelé et dont on put connaitre les détails, est une expression en plus de l’inutilité du système humanitaire (= sauver les gens de la mort par naufrage). Cela  afin de justifier l’organisation et la gestion ‘mafieuse’ des camps de détention pour les migrants et les réfugiés de la part des milices libyennes chargées de faire le ‘job’ sale avec une peinture humanitaire. Les centres en question ne sont que des ‘LAGERS’ et ils ne font que confirmer, à leur manière,  ce que le géographe Philippe Rakacewicz, dans un article paru récemment sur ‘Convergences Migrations’, a mis en évidence avec lucidité. ‘ Comme l’accès à l’Europe est restreint par des mesures chaque fois plus répressives pour les migrants, un grand nombre de ceux-ci meurent dans l’anonymat aux portes de l’Occident’, il souligne. D’autre part la façon d’interpréter les migrations est tout moins que ‘neutre’. Parler de ‘clandestins’, ‘irréguliers’, ‘illégaux’…amène, comme déjà souligné ailleurs, à ‘criminaliser’ la figure et la personne du migrant et cela pave la voie aux autorités afin de justifier toute sorte de violence dans les politiques visant ‘contrôler’ la mobilité. On devrait plutôt appeler ‘criminels’ ceux qui mettent en œuvre les mesures de détention, confinement et élimination indirecte des personnes dont le seul ‘délit’ est celui de tenter de mettre en pratique le doit humain fondamental à la mobilité. L’auteur ci-dessus mentionné propose de prendre en examen la stratégie ‘sécuritaire’ de l’Europe avec trois frontières.

La première frontière est celle déterminée par l’espace/ligne Schengen, dont la mer, les barbelés et les murs de Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles au Maroc, les détentions dans les iles de la mer Egée, en constituent la représentation la plus ‘mortelle’. Les décédés et les disparus se comptent par milliers et les blessures à la dignité humaine sont incalculables. La deuxième frontière qu’il nomme ‘après-frontière’ est celles des camps de réclusion, d’identification et d’expulsion et donc de contrôle policier. Ils constituent un facteur d’inquiétante analogie avec les tristement fameux camps d’élimination nazis en Europe. Enfin nous trouvons les ‘pré-frontières’ qui ne sont rien d’autre que la visible incarnation des accords de ‘libre’ réadmission des indésirables et de la rétention de ceux qui oseraient franchir les ‘Colonne d’Hercule’ de l’Union Européenne. Celle-ci se matérialise surtout avec des actes politiques de coopération bilatérale ou en termes de financement dans le but de contrôler, filtrer ou carrément arrêter la libre circulation des personnes. Justement de ces frontières et de leur usage contre les pauvres qu’il est question dans un morceau diffusé ces jours-ci dans certains médias de la Turquie, conçu par le musicien syrien-kurde Huseyin Hajia qui porte comme titre’ Musique Réfugiée’. ‘Nous ne sommes rien d’autre que morceaux de réfugiés/ dans tes places, rues et boulevards/ si nous quémandons, pardonnes-nous/ sur tes lieux de travail, usines et champs/ si nous sommes des travailleurs illégaux, pardonnes-nous/ si nos cadavres cognent tes cotes ou tes plages/ Qui suis-je pour me plaindre ?/ Nous sommes noyés dans des larmes de crocodile/

Celle, dont parle cette chanson, constitue la frontière intérieure. La plus dangereuse de toutes parce qu’elle engendre les autres. C’est donc la première qu’il faudra démanteler.

https://blogs.mediapart.fr/mauro-niger/blog/180220/du-bon-usage-des-pauvres-dans-le-sahel-et-les-frontieres-de-l-europe

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