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TERRITOIRES ET ACTIONS

Gestion de la migration de transit dans la région d’Agadez : la répression comme réponse à la migration

Texte issu des travaux de recherche de Bachirou Ayouba Tinni, Doctorant en géographie,Université Abdou Moumouni de Niamey, associé au LMI-MOVIDA

La présente étude se penche sur la gestion de la migration  de transit dans les villes d’Agadez et Arlit en direction de l’Afrique du Nord.

Crédit photo: Ibrahim Manzo Diallo Contrôle d'un véhicule de transport de migrants par la gendarmerie

Crédit photo: Ibrahim Manzo Diallo
Contrôle d’un véhicule de transport de migrants par la gendarmerie

La méthodologie utilisée combine entretiens qualitatifs, observation participante et collecte de données secondaires. Au total, près de 60 acteurs ont été interrogés dans les deux villes. Les résultats indiquent que dans la région d’Agadez, une pluralité d’acteurs intervient dans la gestion de la migration. Il s’agit d’organismes internationaux  et des structures étatiques. Les premiers s’activent dans l’assistance aux migrants. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM)  par exemple dispose de trois centres de transit (Agadez, Arlit et Dirkou). Elle se  focalise sur le rapatriement  « volontaire» et  accessoirement  le financement des formations professionnelles de courte durée  pour favoriser l’insertion des migrants,  une fois au pays.  COOPI propose dans le centre de l’OIM d’Agadez une prise en charge psycho-sociale des migrants. Médecin du Monde  Belgique fournit une assistance sanitaire aux migrants dans les ghettos et la Croix Rouge Française  intervient dans le rétablissement des liens familiaux et l’assistance sanitaire des migrants en transit. Ces interventions sanitaires sont assurées de concert avec la direction régionale de la santé. Eucap Sahel Niger participe aussi à la gestion de la migration par le renforcement des capacités des magistrats et des forces de défense et de sécurité (FDS) en gestion des frontières.

Les acteurs étatiques quant à eux concourent  à  la gestion des migrations de transit à travers les structures décentralisées de la santé (soins aux migrants), de la justice (application de la loi 2015-36) et  les Forces de défenses et de sécurité qui contrôlent au niveau des différents postes, les patrouilles mixtes, qui exercent la répression de la migration dite irrégulière et qui assurent les opérations de secours. Les autorités régionales s’appuient sur deux  cadres militaro-civils pour gérer la migration : le Dispositif régional de gestion des crises et catastrophes (civil) dont sont membres des organismes internationaux ainsi que le Poste de Commandement mixte (militaire).

C’est ce second cadre militaire que les autorités ont mobilisé, sous l’injonction pressante de l’Union européenne, pour réprimer la migration dite irrégulière, en application de la loi 2015-36, soit 15 mois après son vote par le parlement. Ainsi, plusieurs personnes supposées impliquées dans l’ « industrie locale de la migration » de nationalités diverses furent arrêtées et internées à la prison civile d’Agadez, des véhicules immobilisés et plus de mille migrants remis à l’OIM par la police pour procéder à leur rapatriement dans leur pays d’origine. La répression semble être donc l’option choisie par l’Etat du Niger pour gérer la migration de transit.

Il ressort de l’étude que les différents acteurs interviennent à des niveaux différents mais leurs actions s’articulent autour de l’OIM qui en est devenu le véritable chef d’orchestre.

En effet, les actions de répression (Etat) et d’assistance aux migrants (Etat et organismes internationaux) apparaissent comme des moyens  permettant avant tout d’épauler l’OIM dans sa volonté de réduire les mouvements vers l’Afrique du Nord à travers le rapatriement des migrants, au détriment des services étatiques. A l’évidence,  l’Etat du Niger, au travers de ces ministères de l’intérieur et des affaires étrangères est en train de perdre sa souveraineté au profil d’une agence onusienne. A noter également que, dans la région d’Agadez, la gestion de la migration de transit a fait ressortir deux courants opposés au sein même de l’appareil d’Etat nigérien. D’un côté, les autorités régionales reprennent à leur compte le discours tenu par le gouvernement en faveur d’un arrêt immédiat de la migration de transit pour des raisons humanitaires. De l’autre côté, les élus et d’autres acteurs locaux de la société civile considèrent que l’arrêt des flux de transit aura des retombées économiques négatives en termes d’emploi pour les jeunes Nigériens. Ils souhaitent qu’au préalable soient développées des activités de substitution.

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