Réunis dans le cadre d’un workshop, des journalistes maghrébins et norvégiens, des universitaires et des acteurs de la société civile ont échangé, la semaine dernière à Hammamet (Tunisie), autour d’une thématique aussi complexe que sensible, à savoir les libertés à l’ère du terrorisme et des réseaux sociaux. En effet, cette question, en plus des trois autres abordées lors de cette rencontre (voir www.lematin.ma), a suscité beaucoup de débats parmi les participants. Le point relatif au rôle joué par les réseaux sociaux dans le recrutement des terroristes a divisé les participants. À cet égard, Amel Grami, spécialiste des religions et du genre et co-auteur avec Monia Arfaoui de la nouvelle publication «Les femmes et le terrorisme», a insisté sur le rôle joué par les réseaux sociaux dans l’embrigadement des femmes. Elle a affirmé que les «femmes jihadistes» sont de plus en plus présentes sur la Toile, précisant que ces femmes ne se contentent plus d’être des consommatrices du contenu radical, mais en deviennent des actrices. L’intervenante évoque des cas de femmes qui posent sur le Net portant des armes et postent des «statuts» à travers lesquels elles défendent leur droit au Jihad, expriment leurs fantasmes et commentent les faits et même les fatwas et décisions prononcées par les instances terroristes auxquelles elles appartiennent.

«On trouve donc sur le Net, sur les sites jihadistes, des informations, des commentaires et des opinions diffusés par les femmes, ce qui constitue une nouvelle action pour forger une nouvelle identité de la femme jihadiste. Avec Al Qaïda, la femme ne faisait que consommer, avec Daesh, il y a des voix de femmes qui contestent et discutent les ordres et les fatwas religieuses. Les femmes s’adonnent ainsi à leur propre formation religieuse», explique Amel Grami. Elle a également relevé le discours sentimental diffusé à travers des chansons et des psalmodies, notamment de la part des terroristes qui demandent pardon à leurs mères à qui ils donnent rendez-vous au paradis. Par ailleurs, Sadok Hammami, chercheur-enseignant à l’Institut de la presse et des sciences de l’information tunisien, estime qu’il ne faut pas «surdimensionner l’utilisation de la technologie et donc des réseaux sociaux dans le recrutement des terroristes». Selon lui, il n’y a pas d’études qui affirment que les réseaux sociaux ont été déterminants dans le basculement ou la reconversion d’individus normaux vers le jihadisme. Pour M. Hammami, les livres disponibles ont joué un rôle plus important dans la diffusion des idées proterroristes que les réseaux sociaux. Il considère ainsi qu’il faut analyser la propagande menée par les terroristes sur le Net dans son contexte. Toutefois, en expliquant le lien entre les médias sociaux et l’extrémisme, il a affirmé qu’il s’agit de techniques présentées comme des ressources au service de la liberté et de la démocratie, mais qui se transforment en ressources au service de l’extrémisme, l’exclusion et le discours de la haine. Ce qui aboutit, selon cet universitaire, à la destruction de la diversité et la négation des droits des minorités. Sadok Hammami regrette, par ailleurs, qu’il n’y ait aucune initiative sociétale contre l’usage des médias sociaux par les terroristes. Pour sa part, Mohamed Al Asfar, président de l’Académie des médias en Libye, a alerté quant aux dangers de l’utilisation des réseaux sociaux par les groupes terroristes en Libye. En effet, il a affirmé que des enquêtes ont confirmé que Daesh a bénéficié de l’Internet dans ce pays et des réseaux sociaux pour communiquer et surtout pour se procurer des armes. Il a ajouté que ces groupes ont également utilisé ces réseaux pour recruter et pour répandre leur idéologie. Il a ainsi appelé les services sécuritaires nationaux et internationaux à suivre ce qui se passe sur le Net pour prémunir la société du cyberterrorisme.

https://lematin.ma/journal/2017/experts-universitaires-decortiquent-relation-entre-reseaux-sociaux-jihadisme-ligne/282944.html