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TERRITOIRES ET ACTIONS

Le « P3 » de Bamako, un labo au cœur de la bataille contre le Covid-19

Le Monde- Publié le 15-06-2020

Alors en pleine recherche sur le virus Ebola, l’unité « pathogène 3 » de la capitale malienne a réorienté son action pour apporter « sa contribution » à l’effort international.

Georges Togo, biologiste à la faculté de médecine de Bamako, s’apprête à entrer dans le seul laboratoire « P3 » du Mali pour traiter les échantillons de Covid-19, début juin 2020. Georges Togo, biologiste à la faculté de médecine de Bamako, s’apprête à entrer dans le seul laboratoire « P3 » du Mali pour traiter les échantillons de Covid-19, début juin 2020. Paul Lorgerie

La blouse, c’est un peu son uniforme. Un vêtement que Bassirou Diarra ne quitte plus guère, lui dont l’équipe vient de terminer à quatre heures du matin l’analyse des vingt derniers échantillons suspectés d’être contaminés par le nouveau coronavirus, en ce début du mois de juin. L’homme dirige le seul laboratoire de niveau « P3 » du Mali. Un lieu au cœur de la faculté de médecine, à Bamako, où ses équipes travaillent nuit et jour sur les nouveaux cas de malades du Covid-19 du pays.

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Ce laboratoire, confiné, peut analyser des agents pathogènes de classe 3 (P3), c’est-à-dire qui peuvent provoquer une maladie grave chez l’homme mais pour lesquels il existe un traitement (tuberculose, dengue ou certains virus de fièvres hémorragiques, etc.), a été réquisitionné avec trois autres pour devenir les centres de tests du Covid-19 de la capitale malienne. Derrière Bassirou Diarra, deux hommes en combinaison intégrale manipulent avec précaution des échantillons juste extraits d’un carton flanqué du logo Biohazard. Le signe de la sensibilité du contenu.

« Déceler les différentes génétiques »

L’un d’eux, Georges Togo, a le geste précis et le regard en permanence fixé sur l’éprouvette. « On incorpore le prélèvement du cas suspect dans une solution ; on attend dix minutes avant de le mettre en centrifugeuse », détaille-t-il derrière son masque. La manipulation, répétée plus de 6 000 fois depuis l’apparition du virus au Mali le 25 mars, est simple, mais essentielle puisque la préparation qui en ressort pourra être manipulée sans risque par les biologistes chargés de la détection du SARS-Cov-2.

« Ici, on se charge d’inactiver l’agent pathogène », précise Bassirou Diarra, avant que le flacon ne soit envoyé dans le laboratoire adjacent de biologie moléculaire, « où l’on grossit le virus jusqu’à lui donner la taille d’une baleine pour le repérer », vulgarise Amadou Koné, le responsable.

Un jeu d’enfant pour les chercheurs. Habituées à manipuler les virus hautement transmissibles. « Nos équipes étaient prêtes depuis janvier pour affronter le Covid », assure le professeur Seydou Doumbia, doyen de la faculté de médecine. Car le P3 et les laboratoires qui gravitent autour de lui sont l’héritage de nombreux programmes lancés au Mali depuis les années 1990 contre les épidémies précédentes. Le VIH, la tuberculose ou Ebola, beaucoup d’agents pathogènes sont passés entre ces quatre murs, construits en 2004.

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Aujourd’hui partie prenante du Centre universitaire de recherche clinique (UCRC) crée en 2015 sur les fonds américains du National Institute of Health (NIH), le « P3 » permet aux équipes de biologistes de suffisamment malmener les virus pour découvrir quels anticorps pourraient leur résister en vue de l’élaboration d’un vaccin.

Exactement ce que l’équipe de Djeneba Doumbia cherche à faire avec le coronavirus. La biologiste veut coupler les dépistages du Covid-19 avec des tests sérologiques pour détecter les anticorps produits par le malade. « Nous cherchons à savoir s’il y a une résistance naturelle au coronavirus chez certaines populations, notamment pour les cas asymptomatiques. Et nous tenterons de déceler les différences génétiques d’un continent à l’autre. S’il y en a », argumente-t-elle. Des observations qui n’en sont qu’à leurs prémices.

« Les volontaires nous font confiance »

Rien à voir avec les travaux que menaient Ibrahim Sanogo et Ilo Dicko, les coordinateurs cliniques, sur Ebola. Les deux médecins, qui se sont rencontrés sur les bancs de la faculté de médecine étaient « au début de la phase 2 (sur 3) des tests sur un vaccin contre Ebola ». Le travail a été stoppé net, « l’urgence est de faire face à l’épidémie », résume Ilo Dicko dont l’agenda de recherche a du coup été largement chamboulé.

Mais, plutôt que de repartir de zéro, avec de nouveaux patients, les chercheurs se sont appuyés sur leur cohorte de 300 participants avec qui ils travaillaient contre Ebola, pour expérimenter les nouveaux outils diagnostics et comparer les profils épidémiologiques entre urbains et ruraux. « Ils nous connaissent, ils savent ce que l’on fait et nous font confiance », ajoute Ilo Dicko. Sur cette base, il compte bien recruter de nouveaux volontaires au sein des différentes communautés pour gonfler ses échantillons représentatifs « et pratiquer les tests Covid-19 sur 6 000 à 8 000 personnes ».

D’autant que le laboratoire malien a d’autres ambitions. Alors que la chloroquine, toujours utilisée sur le continent, est de plus en plus décriée en Europe, Ibrahim Sanogo projette, avec des collègues du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire et du Bénin, de tester un autre antiviral déjà requis dans les traitements contre le VIH et la tuberculose. L’apivirine, c’est son nom, sera au centre des prochains essais. « Nous avons établi un protocole, il ne reste plus qu’à… », indique le chercheur, soulignant que « l’objectif est de trouver un médicament qui entraîne moins d’effets secondaires que la chloroquine ». La réponse contre le Covid-19 sera-t-elle africaine ? « Ce sera en tout cas une réelle contribution », répond humblement Ibrahim Sanogo, qui sait bien que la science se construit pied à pied.

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/06/15/le-p3-de-bamako-un-labo-au-c-ur-de-la-bataille-contre-le-covid-19_6042940_3212.html

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