booklet 8 pages

QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

Lire la suite

TERRITOIRES ET ACTIONS

Terrorisme, tourisme et développement des zones rouges : de la responsabilité des États africains

Nounawon Kerkere Djidjoho Hermann, conseiller sur les questions de droits de l’Homme. Il est le président du Groupe d’action pour le progrès et la paix (GAPP Afrique).20 septembre 2019

A la suite de l’enlèvement puis la libération des deux otages français à la frontière entre le Burkina Faso et le Bénin, la polémique enfle. Deux autres otages de nationalités américaine et sud-coréenne dont la situation n’était pas connue de leurs États respectifs avaient également été enlevés dans cette zone durant la même période.

Pour certains, surtout les internautes béninois, ce scénario est un montage grotesque de la France pour annihiler les efforts de développement du tourisme entrepris par le gouvernement béninois. La France distribuerait les zones rouges et vertes en fonction de ses stratégies de pillage et de déstabilisation en Afrique.

Pour d’autres, la situation est le résultat des errements des différents dirigeants de la région sahélo-saharienne qui n’ont pas su ou pu tenir tête à la France dans sa volonté de piller l’Afrique. Dans un cas comme dans l’autre, ces deux thèses portent le même message : la France est responsable de la situation actuelle des zones rouges en Afrique de l’Ouest. Mais il importe de regarder la situation sous d’autres angles d’analyse. Quelle est la situation sociale, environnementale, politique et développementale de ces zones dites rouges? À qui s’adressent les alertes de ces zones rouges?

Zones rouges interdites aux Français mais pas aux Africains

Selon la légende de la carte sur le site du ministère français des Affaires étrangères, une zone rouge est une partie d’un pays totalement déconseillé aux personnes dont la présence n’est pas autorisée par la France, notamment les touristes. Il fut un temps où certains pays, du fait de l’épidémie de la fièvre Ébola, étaient classés zone rouge. Pourtant les humanitaires (médecins sans frontière et autres) y étaient présents, car leur présence était nécessaire.

L’indication de zone rouge s’adresse d’abord aux citoyens des pays occidentaux pour les protéger d’un potentiel danger. Il revient à chaque Français de faire ses choix sur ses destinations de voyage en toute connaissance des renseignements fournis par son pays. Le message n’est pas adressé aux ressortissants du ou des pays dont certaines parties sont en rouge. Les États concernés peuvent, eux-mêmes, mettre certaines parties de leur pays en rouge si la situation dans ces régions nécessite des mesures exceptionnelles : cas d’incendies massives, d’épidémies ou même de conflits armés. Si le secteur touristique était développé de l’intérieur, si les populations disposaient d’un pouvoir d’achat élevé qui leur permettait de visiter leur propre pays, de s’impliquer dans le développement touristique de leur pays, la cartographie de zone rouge aurait peu d’effets sur l’économie locale.

Il faut tout de même reconnaitre que la cartographie des zones rouges entraine des conséquences sur les zones concernées. Qui est alors responsable des conséquences socioéconomiques de cette cartographie ? Pour certains, c’est la France.

Cette cartographie révèle tout simplement que les leviers socioéconomiques de ces pays se trouvent entre les mains de la France ou des pays occidentaux. Prenons le cas du tourisme. Si le secteur touristique était développé de l’intérieur, si les populations disposaient d’un pouvoir d’achat élevé qui leur permettait de visiter leur propre pays, de s’impliquer dans le développement touristique de leur pays, la cartographie de zone rouge aurait peu d’effets sur l’économie locale.

Zones rouges : Condamnées par les dirigeants africains et non par des dirigeants français

La cartographie des zones rouges révèle aussi que les dirigeants des pays concernés, ont péché par leur politique de développement sectaire et ethno-régionaliste. Les zones dont il s’agit sont des régions presque entièrement délaissées, abandonnées depuis des décennies, sans aucune présence de l’État. Elles sont considérées à raison comme des zones oubliées.

Si le secteur touristique était développé de l’intérieur, si les populations disposaient d’un pouvoir d’achat élevé qui leur permettait de visiter leur propre pays, de s’impliquer dans le développement touristique de leur pays, la cartographie de zone rouge aurait peu d’effets sur l’économie locale.

Subitement, les dirigeants se rappellent de l’existence de ces territoires depuis qu’un autre pays décide de mettre une couleur rouge sur une carte. Les populations, une fois de plus, sont manipulées pour décrier la France alors que ce sont leurs propres leaders politiques qui ont abandonné ces zones aux mains de gangsters avides d’argent facile. Critiquer la France, parce qu’elle déconseille à ses ressortissants de visiter certaines parties du monde, revient à ignorer qu’une économie développée uniquement avec des leviers extérieurs est esclave de ses maîtres.

Au Bénin, l’entrée des sites touristiques est souvent payante ; il y a un prix pour les touristes étrangers et un prix pour les nationaux. Ce qui n’est pas le cas sur plusieurs sites touristiques ailleurs dans le monde. Le prix de visite du musée du Louvre en France est identique pour tous les visiteurs.

Au-delà de ce constat, il serait judicieux de s’interroger sur les autres coûts de séjour dans les destinations touristiques en Afrique. Est-ce que les chambres au Parc national de la Pendjari au Bénin sont à des prix abordables pour le pouvoir d’achat du Béninois moyen? Est-ce que le transport est abordable? Autant de questions qui doivent intéresser les dirigeants. Ils devraient se demander : que doit-on faire pour que le tourisme soit plus local qu’international?

Que doit-on faire pour que l’économie soit plus équitablement répartie dans toutes les régions du pays? Que doit-on faire pour que les soins de santé disponibles dans les grandes villes le soient aussi dans les zones reculées? Est-ce que les élèves ont accès à la même qualité d’éducation et d’enseignants partout dans le pays? La réponse à ces différentes questions conduira à la mise en place de politiques publiques plus équitables et à la destruction des causes du terrorisme. Lorsque les terroristes n’auront plus de grain à moudre ni d’arguments pour convaincre les populations locales, ils repartiront chez leurs maîtres ou commanditaires.

Que doit-on faire pour que le tourisme soit plus local qu’international? Que doit-on faire pour que l’économie soit plus équitablement répartie dans toutes les régions du pays?

Ces différentes régions étaient donc déjà condamnées par leurs propres gouvernements avant même que la couleur rouge n’apparaisse sur les cartes. Est-ce la France qui a empêché le Mali, depuis 1960, de s’occuper du nord du Mali? Est-ce la France qui a empêché le Burkina Faso de s’occuper du nord de son pays?

La pauvreté est le terreau de l’obscurantisme. Comment voulez-vous qu’un Malien des montagnes des Ifoghas se sente Malien lorsqu’il est né à même le sol, il n’a jamais vu un centre de santé installé dans sa région, il n’a jamais vu un policier ou un gendarme l’aider à sécuriser son bétail contre les voleurs, il n’a jamais eu une salle de classe, etc. ?

De plus, lorsque les leaders d’opinion, les leaders politiques et administratifs originaires des régions du Nord de ces différents pays ont la chance d’intégrer la classe des dirigeants, ils troquent leur conscience contre les palaces de Bamako, de Cotonou et de Ouagadougou. Ils oublient qu’ils ont pour mission de développer leurs régions d’origine au moins aussi bien que les zones urbaines. Ils oublient que leurs régions n’ont jamais eu de l’eau potable depuis l’indépendance de leurs pays. Même les rares forages réalisés par le colonisateur, il y a quelques 100 ans, ont été abandonnés.

Les gouvernants, à défaut d’assurer la maintenance des centres de santé installés par les religieuses catholiques dans les années 1930-1940, les ont abandonnés et ces derniers sont tombés en ruine. Un adage populaire africain traduit bien le contexte d’évolution des populations de ces régions abandonnées aux mains d’aventuriers sans foi ni loi : « le père d’un enfant n’est pas nécessairement son géniteur mais surtout celui qui l’a entretenu, nourri, soigné et qui en a fait un homme ».

Durant des décennies, les écoles de la République ont été tenues par ces leaders qui ont enseigné le Coran à la place de la Constitution

Cet adage populaire peut mieux expliquer la situation que vivent les populations défavorisées. Leurs régions ont été abandonnées aux mains des imams, des prêtres, des pasteurs et autres fous de Dieu. Ce sont eux qui ont répondu aux populations lorsqu’elles ont eu besoin de maternité, besoin de célébrer le mariage, etc. Ils ont répondu présent lorsque les populations ont réclamé la construction d’une école. En cas de famine, c’est encore ces leaders religieux qui ont aidé les populations. Ces leaders leur ont appris une seule chose : seul Dieu ou Allah peut vous sauver.

Durant des décennies, les écoles de la République ont été tenues par ces leaders qui ont enseigné le Coran à la place de la Constitution. Les populations n’ont appris rien d’autre qu’appeler Dieu au secours et elles considèrent qu’Il les a toujours aidées à manger, se soigner et survivre. Seul Dieu a sauvé leur bétail des mains des voleurs, a sauvé leurs femmes qui accouchent à même le sol dans les sables du désert, a sauvé leurs enfants des maladies.

Pendant ce temps, les gouvernants se soignaient dans les hôpitaux en France, leurs enfants fréquentaient les meilleures écoles de Londres ou d’autres capitales occidentales, ils importaient de l’eau minérale de la région parisienne pour leurs festins. Pour les populations, leur père géniteur n’est pas la République, leur Loi de référence n’est pas la Constitution mais le Coran. Leur famille n’est pas la Nation mais les « croyants”.  Les non croyants sont désormais les « infidèles », les « mécréants ».

Nounawon Kekere Djidjoho Hermann est un conseiller sur les questions de droits de l’Homme. Il est le président du Groupe d’action pour le progrès et la paix (GAPP Afrique); https://www.wathi.org/laboratoire/tribune/terrorisme-tourisme-et-developpement-des-zones-rouges-de-la-responsabilite-des-etats-africains/?fbclid=IwAR12QGjSYKAVyFKt9HjDzH4rj3YMLj0OmGZB2HttiXNSPLEvTBExYRk0IRM

Envoyer un commentaire