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Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

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TERRITOIRES ET ACTIONS

Tessalit vit et bouge : entre fête du chameau et développement local

Jacqueline Dupuis-Bamako

 

Tessalit, oasis enclavée dans une région de cailloux et de vent, n’a d’oasis que le nom. Enclavement, chômage des jeunes, Aqmi à l’ombre des collines…On joue aux dames au carrefour, en laissant filer le temps qui ne file pas assez vite. Chants de silence glacé malgré la chaleur écrasante.

1-Culture touarègue, liens de mémoires

La Fête du Chameau, célébrée les 12-13-14 janvier 2011, avait été l’occasion pour tous les habitants de la région de marquer une rencontre remarquable entre toutes, celle de la famille et des amis qui se retrouvent ensembles en un même lieu, symbole d’une identité commune.
De la brousse et des villages, du Mali, de Lybie et d’Algérie, trois jours autour d’un thé sans cesse renouvelé. Certaines familles se sont retrouvées après plusieurs années d’absence, séparées par la quête de pâturages et de travail, et de problèmes socio-économiques en tous genres.

La 4° édition a eu lieu sous les auspices du Ministre de l’Artisanat et du Tourisme, du Gouverneur de la région de Kidal, du Président de l’Assemblée Régionale de Kidal, de la Présidente du Cercle, des Maires de Kidal et de Tessalit, et de différentes délégations.

Ces journées ont été l’occasion de vivre les traditions touarègues dans leur essence même, et de renouer avec les gestes et les mots les plus ancestraux.
La culture touarègue est imprégnée de joutes oratoires et de poésie, de musique, largement appréciées par tous depuis la nuit des temps. Tessalit veut garder ces coutumes et les revaloriser.

- « Tissiwaye »fait rire tout le monde en mettant le doigt sur les travers de l’être humain et ses limites jusqu’à la caricature.
- « Karai » se joue avec un bâton et un petit ballon, à pousser dans le camp adverse.
- « Takouba », groupe de musique, de danse et de théâtre, qui combat avec l’épée dite « Takouba » dans des joutes symboliques, autour de la séduction de la femme et de l’homme, de l’amour et du pouvoir, remet au goût du jour des valeurs humaines et morales immuables.
- La course de chameaux et le concours du plus beau chameau ont été remportés par ceux de Terist, qui continuent à être les maîtres de l’élevage des chameaux.
- Les gens, de Tessalit à Adielhoc, d’Enabag à Boghassa, de Borj à Tamanrasset, ont décoré les tentes. Peaux travaillées pendant des jours et des jours, berceau du monde, espace de vie.
- Le concours de la plus belle femme a réchauffé les cœurs et les esprits. Beauté, toujours si présente, chez les touaregs.
- La musique touarègue a illuminé les étoiles : tendé, guitare, les groupes locaux jeunes et moins jeunes, Ananar,Takouba, Tinariwen…

Iswat, la nuit dans les campements, magie des rencontres dans le souffle de la nuit.

2-Troupeaux, cercles de vie…

« …nous,
les Sahariens,
nous ne connaissons que la route,
la route qui a pour guide, tour à tour,
le soleil et puis les étoiles.
Et nous partons de notre cœur,
et nous tournons autour de lui
en cercles de plus en plus grands,
pour enlacer les autres cœurs
dans un cercle de vie, comme l’horizon
autour de ton troupeau et de toi-même. »

Poème touareg

- Les conférences, pendant la fête du Chameau, ont été l’occasion de parler du développement du cheptel, de l’élevage à la vaccination, la sélection, la qualité du lait…

- La zone de Terist, 40km, au nord-est de la ville, là où l’élevage de chameaux reste la grande spécialité de ses habitants, sélectionne des races nobles et fait un gros travail de valorisation de son élevage.
Autant le dire tout de suite, Tessalit rafle partout tous les prix concernant le chameau et reste imbattable ! La fête du chameau en a encore été un témoignage flagrant !

- Plus encore. Le président de la République, Amadou Toumani Touré, pour le cinquantenaire à Kidal des 7 e t 8 février, avait présidé une cérémonie de course des chameaux dotée du Grand prix de la Nation. Trois catégories au départ, les cracks, les demi-cracks et les petits chameaux, sur 8,6 et 5 kms. Le cercle de Tessalit a remporté le premier prix, et les suivantes, dans les trois courses.

Ce travail de longue haleine est une fierté pour la région et doit rester un des facteurs de pointe de développement d’un des domaines les plus représentatifs de cette zone désertique.

3-Développement, lueurs d’avenir

TERRES SALEES

- Ces journées de la fête du Chameau ont été aussi l’occasion d’inaugurer une unité artisanale de conditionnement de terres salées d’Erhabab. Les ressources animalières sont pour les nomades de la région une ressource incontournable, dans un écosystème particulièrement fragile. L’association « A-T-S », Aharra Terres Salées, valorisera et commercialisera les terres salées d’Erhabab, exploitées depuis des siècles par des caravaniers pour leurs besoins propres. En proposant ce travail aux autochtones, avec une création prévue d’une trentaine d’emplois sur place payés à la journée, l’entreprise pourra démarrer une dynamique de développement social, humain et économique durable.

INFRASTRUCTURES – ENERGIE – COMMUNICATION INTERNET

Le travail fourni par les élus, les personnes –ressources de la région, la société civile, les ONG, (interdites de terrain pour raisons de sécurité mais néanmoins présentes et attentives), commence à porter ses fruits dans des domaines jusque là en déroute.

- Citons pour exemple les projets d’électrification de la ville de Tessalit, qui depuis des années a trois heures d’électricité par jour, ( ! ) et qui va bénéficier de travaux importants votés, acceptés et payés déjà sur les lignes budgétaires prévues, le DAO (dossier d’appel d’offres) lancé, à finaliser dans des délais de 2 à 3 mois.

- La connexion Internet est également prévue, selon la même dynamique, et permettra à une population complètement isolée de communiquer avec le monde. Les français n’auront plus d’appels téléphoniques pour le moins remplis d’humour, sinon de désespoir :  » Dis-moi, toi qui vit à Lyon, tu vois sur Internet quelque chose, de ce qui se passe chez nous, à Tessalit ????  »

CONCLUSION

Tessalit se réveille, hésitante : à la fois gardienne des traditions de l’identité touarègue, de sa culture profonde, de ses particularités ancestrales et de son développement dans l’avenir, elle doit symboliser l’espoir d’un peuple qui n’en finit pas d’encaisser les conséquences difficiles des sécheresses, de la rébellion pour une place d’un être humain digne de ce nom, de la corruption et du pouvoir, d’un combat contre le fanatisme des religieux et des trafiquants de tous bords.

Œuvrer avec le souffle de la liberté et de la démocratie qui s’éveille à ses portes.

Tessalit tient debout.

Jacqueline Dupuis, Bamako, février 2011

Photographies : Arikak Ag Ibrahim, Insanatanne Ag Rousmane, Jacqueline Dupuis


-  Cet article est le fruit d’un travail commun d’échanges et de réflexions, avec des partenaires de tous horizons, que je tiens à remercier infiniment : société civile, jeunes, hommes et femmes résidant à Tessalit, étudiants de Tessalit résidant à Bamako, personnes –ressources de la région, élus locaux et régionaux.


PAROLE TOUAREG

Si Dieu nous a donné le désert comme refuge, des chamelles et des sandales, c’est pour marcher,
et avoir la place de choix sans maison ni palais.

Les maisons, les temples c’est la tombe des vivants, le désert ne permet pas la construction des cités, c’est toujours la poussière et le sable qui l’emportent, les ruines et les squelettes de nos chameaux serviront d’ombre aux visiteurs qui cherchent à boire le néant.

En attendant que lui aussi soit vaincu par la tempête de sable, une goutte de pluie léchée avant même qu’elle ne tombe où encore par la lumière du grand jour.

Cette grande étendue ma chère ; et cet infini né de nulle part, où il n’y a de place que pour les enfants nomades qui sont contraints de l’assumer, le désert est entre nous, il est entre nous et les citadins, les caravanes sont le seul lien, et les paroles des anciens nous guident vers les ergs, là-bas dans la vallée où les dunes s’imposent en maître des lieux.

Il y a toujours eu des caravanes de rêves, celles qui reviennent de l’orient avec des provisions de parfums et plein d’espérance pour les nomades errants.
Le désert est à nous parce que nous l’aimons, parce qu’il déroute les arrivants et les dissuade de leurs intentions.

Soueloum Diagho, natif de Tessalit

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