booklet 8 pages

QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

Lire la suite

TERRITOIRES ET ACTIONS

Voix et perspectives sur le(s) rôle(s) des femmes : pour une résolution de la crise malienne

Bulletin  FrancoPaix -Montréal -Adib Bencherif et Assinamar Ag Rousmane

• Les rôles que peuvent jouer les femmes au sein de la société malienne doivent être appréhendés dans leur pluralité. Il y a une différence marquée entre le rôle de la femme dans l’ordre social « traditionnel » touareg et au sein des communautés du sud du Mali. Cette diversité doit conduire à un dialogue entre les femmes des différentes communautés pour questionner et reconnaître leurs différences mais aussi penser un projet social et politique commun au sein de la scène malienne moderne.
• L’État malien, les mouvements rebelles, les mouvements pro-Bamako et les milices communautaires, doivent accorder une place plus substantielle aux femmes au sein du processus de réconciliation nationale, en tenant compte des diversités culturelles existantes au sein du Mali et des rôles souhaités par les femmes maliennes.
• La reconnaissance des actes perpétrés au cours des précédents conflits et de la dernière rébellion de 2012, et ce par tous les acteurs, est une condition sine qua non pour parvenir à une paix durable dans le pays.
• La Commission Vérité, Justice et Réconciliation du Mali devra donc être attentive, dans le cadre de son mandat, à accorder autant d’importance aux actes violents perpétrés par tous les acteurs, ainsi qu’aux représentations que ces derniers projettent dans les imaginaires des populations, en prenant particulièrement en considération les femmes.
• Les partenaires internationaux doivent continuer leurs efforts pour sensibiliser les femmes de toutes les communautés au processus de paix, accroître leur autonomie économique et financière et faciliter leur implication au sein des processus politiques.
• Un travail de coordination doit être réalisé entre les bailleurs de fonds, les partenaires internationaux et les ONGs et associations locales. Les missions de sensibilisation ont lieu de manière non concertée et peuvent entraîner à moyen terme l’incompréhension, la saturation et la démobilisation des populations.

Alors que les études sur l’espace sahélo-saharien priorisent un angle sécuritaire, se focalisant sur les forces et les groupes armés en présence dans la région, et plus spécifiquement au Mali, cette étude vise à souligner l’importance de penser un dialogue malien sur de multiples niveaux (local, intra- et intercommunautaire¹, régional et national) pour aspirer à un dépassement de la « crise » malienne amorcée en 2012. Pour appréhender les différentes strates de l’insécurité au Sahel énoncées par Cédric Jourde², il convient aussi de se pencher sur les différentes strates de représentation et de signification existantes qui peuvent par ailleurs s’enchevêtrer. Ces dernières peuvent faciliter ou compliquer une réconciliation nationale si elles ne sont pas (ou mal) appréhendées.
Ce court article a pour objectif de se pencher sur le(s) rôle(s) plus spécifique(s) des femmes dans la réconciliation nationale malienne. Cette question a été peu traitée au cours des précédentes rébellions touarègues au Mali. Elle est à présent de plus en plus explorée et l’on y découvre des silences et des chuchotements autour des exactions commises au nord du Mali. L’impunité autour des crimes perpétrés par le passé a participé à alimenter le retour au conflit.
La plupart des données recueillies a été collectée au cours d’un terrain de recherche de deux mois au Mali, durant lequel nous avons réalisé une dizaine d’entrevues avec des femmes cadres et leaders au sein des instances étatiques et de la société civile.³ Ce choix de se focaliser sur des femmes cadres et leaders s’explique pour plusieurs raisons. En premier lieu, ces femmes témoignent et promeuvent les visions des femmes de leurs communautés auprès des acteurs internationaux et des instances étatiques. Elles sont des interlocutrices incontournables, car elles incarnent en quelque sorte une courroie de transmission entre les divers acteurs. Elles ont accès à l’ensemble de ces acteurs par le biais de leurs activités professionnelles et leurs engagements communautaires. Du fait de cet accès, les représentations portées par ces femmes
leaders et cadres sont les plus diffusées. De surcroît, elles participent à guider et à influencer le débat autour de la question du genre, au niveau des instances officielles, de leurs communautés et des femmes de leurs communautés.⁴ Toutefois, nous convenons qu’elles ne sont pas un proxy suffisant des voix des femmes maliennes et qu’il serait souhaitable d’approfondir cette démarche dans de prochaines études. Il conviendrait donc de mettre en perspective et de comparer les témoignages de ces femmes cadres et leaders avec ceux de femmes membres de leurs communautés, ne bénéficiant pas de ces statuts et appartenant à d’autres catégories sociales, établies sur un schème « traditionnel » ou moderne.
Ainsi, cette étude a pour objectif d’introduire à la multiplicité des voix des actrices et d’offrir des pistes de solution. Toutefois, nous n’adhérons pas aux thèses tendant à essentialiser les hommes et les femmes – en considérant les premiers comme plus prompts à la violence et au conflit et les secondes comme plus enclines à encourager et à promouvoir la paix.⁵ Ces thèses effacent certaines relations plus subtiles entre les genres et leur caractère éminemment dialectique. Notre étude s’inscrit dans une perspective constructiviste, mettant l’accent sur l’analyse contextuelle pour appréhender les rôles des femmes dans le conflit malien et dans sa possible résolution.

LIRE L’ ARTICLE

Bulletin  FrancoPaix ,Vol.2,  Numero 3-Mars 2017

Le Centre FrancoPaix en résolution des conflits et missions de paix a pour mission de valoriser la recherche scientifique, la formation universitaire et le développement des études dans le domaine de la résolution des conflits et des missions de paix dans la francophonie. Le CFP est financé en partie par l’Organisation internationale de la Francophonie. Chaire Raoul-Dandurand | UQAM
C.P. 8888, Succ. Centre-Ville
Montréal (Québec)
Canada H3C 3P8 Tel. (514) 987-6781 |
chaire.strat@uqam.ca dandurand.uqam.ca 

Envoyer un commentaire