booklet 8 pages

QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

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TERRITOIRES ET ACTIONS

Kidal

Les Maliens ont trouvé un allié sûr dans la gestion du dossier brûlant de la capitale de la 8è région administrative du pays. Le président nigérien Issoufou Mahamadou semble décidé à joindre sa voix à celle du Mali pour trouver une solution convenable à ce que le président Ibrahim Boubacar Keïta a appelé le «problème de Kidal», dans l’interview qu’il a accordée à l’ORTM à l’occasion de l’An I de son second quinquennat.Éditorial: Kidal

Il y a quelques semaines, le chef de l’Etat nigérien avait sonné le tocsin dans une interview en désignant la capitale de l’Adrar des Ifoghas comme un repaire des terroristes qui attaquent périodiquement son armée non loin de la frontière entre nos deux pays. Il a réitéré cette accusation samedi à l’occasion de sa visite de travail et d’amitié au Mali. C’est donc la preuve s’il en fallait que sa sortie, d’il y a quelque temps, n’était nullement une simple digression au détour d’une analyse sur la situation sécuritaire dans le Sahel. «Je maintiens ce que j’avais dit, le statut actuel de Kidal est une menace pour la sécurité intérieure du Niger», a lancé le président Issoufou (voir l’article ci-contre).

Nul doute que le sujet a occupé une bonne place au cours des échanges entre les deux chefs d’Etat lors du séjour de quelques heures du président Issoufou chez nous. Nanti d’un allié, le président Keïta pourrait à loisir imposer le sujet au cours des rendez-vous diplomatiques qui pointent à l’horizon. Le sommet de la Cedeao, prévu à Ouagadougou le 14 septembre prochain, est une occasion pour inscrire le dossier Kidal dans l’agenda de l’organisation régionale. Cela tombe à point nommé car ce sommet sera consacré à la perspective de l’élargissement du G5 Sahel à tous les pays de la Cedeao ainsi qu’au Cameroun. Porté par l’organisation régionale ouest-africaine, l’épineux dossier de Kidal retiendra sûrement l’attention des grands de ce monde lors de la prochaine assemblée générale de l’ONU à la fin du mois.

Jusqu’ici, le Mali peinait tout seul à faire comprendre que la situation d’exception accordée à Kidal constituait une anomalie préjudiciable au retour définitif de la paix dans notre pays. Du coup, Kidal est devenu un caillou dans la chaussure de nos gouvernants ; une arête au travers de la gorge des Maliens. Cette situation traduit le sentiment de goût d’inachevé de l’intervention française en 2013 dans notre pays. A y regarder de plus près, la situation de Kidal n’est que l’expression de l’ambiguïté que la France se plait à cultiver dans ses interventions à l’étranger. L’ADN de la politique extérieure de l’ancien colonisateur, c’est de garder deux fers au feu.

Pendant que les Maliens applaudissaient l’intervention de l’armée française pour stopper l’avancée des groupes terroristes, une étonnante déclaration de Jean-Yves Le Drian, alors ministre français de la Défense, avait fait l’effet d’une douche froide : «Les Touaregs sont nos amis». Comme si ces Touaregs n’étaient pas partie intégrante du peuple malien.

Cette sortie préfigurait en fait l’intention de la France de créer une enclave autour de Kidal. Ses formidables moyens diplomatiques et médiatiques ont été mobilisés pour accréditer la thèse que l’armée malienne se livrerait à des massacres pour se venger des «amis Touaregs». Sur les différentes chaînes de «France médias monde», une campagne a été savamment orchestrée contre les exactions réelles ou supposées de l’armée malienne contre les Touaregs. Ensuite, le MNLA fut remis en selle et réinstallé à Kidal avec l’aide du pouvoir de Blaise Compaoré qui avait fait du Burkina Faso un refuge pour les islamistes et autres indépendantistes de tout poil qui écumaient le désert malien. Toujours dans la stratégie de garder deux fers au feu, en plus du MNLA, il fallait conserver le contact avec les djihadistes. Le HCUA fut donc créé de toutes pièces, extrait des entrailles de la nébuleuse djihadiste. Une façon de garder le lien avec Iyad Ag Ghali car les Français ont longtemps caressé l’espoir de conserver une influence sur le chef djihadiste afin de garder allumée la flamme de l’irrédentisme dans le Nord du Mali, même pacifié. C’est ce lien congénital que le président nigérien pointe du doigt aujourd’hui. «Il y a des mouvements qui ont signé l’Accord pour la paix et la réconciliation et qui sont de connivence avec les terroristes. Cette situation doit être dénoncée», a martelé Mahamadou Issoufou samedi à Koulouba. En écho, le président Ibrahim Boubacar Keïta a mis en garde les signataires de l’accord qui ne jouent pas franc jeu.

A l’évidence, la stratégie consistant à tisser des liens avec tous les protagonistes de la crise n’a pas fonctionné. A vouloir instrumentaliser les islamistes, on s’expose au réveil brutal que ceux-ci ont leur propre agenda. Ils n’ont pas manqué de tirer profit des faiblesses de la politique des Etats, poursuivant l’extension de leur sphère d’influence. Aujourd’hui, après avoir consolidé leur contrôle sur une bonne partie des immensités désertiques, ils ont entrepris de conquérir les zones plus densément peuplées, provoquant la résistance des populations qui ne goûtent guère l’islam radical ; ce qui a engendré des conflits meurtriers ayant secoué la Région de Mopti cette année.

L’enclave de Kidal, source de l’expansion du terrorisme en Afrique de l’Ouest : l’argument pourrait prospérer s’il était soutenu par la Cedeao dont la majorité des pays est menacée aujourd’hui par le phénomène de l’insécurité. Le chef de l’Etat nigérien en sa qualité de président en exercice de la Cedeao dispose d’une voix forte pour pousser la roue dans ce sens. Son pays a payé un lourd tribut aux incursions des terroristes qui trouvent refuge dans la zone de Kidal après leurs forfaits. L’attaque meurtrière qui a causé la mort de 28 soldats nigériens en mai dernier a peut-être achevé de convaincre nos voisins de l’Est qu’il fallait aider le Mali à démanteler le sanctuaire installé sur notre territoire.

L’aide de nos voisins, voire de la région ouest-africaine ne portera ses fruits que si nous disposons d’une armée suffisamment forte, capable de jouer sa partition. Le tintamarre autour des marchés de nos équipements militaires n’est pas pour rassurer.

B. TOURÉ

Source: Essor,http://malijet.com/actualite-politique-au-mali/editorial-journaux-mali/232721-editorial-kidal.html

1 commentaire pour Kidal

  • Il faut le redire, voire le rehurler!

    « Une situation prémonitoire à Kidal. » par AG AZAMANE sur le forum de Kidal Info de 2009 !

    Bonjour les forumistes du Dimanche,

    J’ai le plaisir de copier et de partager deux textes datés de 2009 qui vous remettront à jour concernant la bonne compréhension de ce qui se passe à Kidal en ces temps de guerre pour la libération des Régions du Nord Mali.
    Sincèrement
    ……
    Ifoghas ont perdu leur suzeraineté politique dans l’Adagh-n’Fogahs !; Source:Maliweb : Le Quotidien de Bko paru le 19-05-2009: « Chasser le naturel, il reviendra toujours aux galops» tel semble être désormais le triste destin de Kidal où la vie des populations est suspendue aux rumeurs fondées ou fallacieuses d’une menace d’attaque. Cette fois ci, la menace est sérieuse, très sérieuse. Après des informations faisant état d’un mouvement suspect de troupes rebelles vers Nampala à la frontière Mauritanienne, c’est le président sortant de l’Assemblée régionale, Intahmadou Ag Albacher, qui après une cinglante défaite électorale menacerait de reprendre le maquis. Vulgaire chantage ou plan minutieusement ourdi ? Rien n’est exclu. En effet, une série d’informations s’enchainent sur la situation de paix précaire dans les régions nord de notre pays ces trois derniers jours. D’abord, nous apprenons que les responsables de Al Qaïda ont renoncé à leur revendication tendant à demander la libération d’un de leurs éléments détenus en Grande Bretagne contre les deux otages européens qu’ils détiennent encore, quelque part, dans le nord du Mali. Ils demanderaient plutôt (cette fois ci) une rançon de 10 millions d’Euros. Presqu’au même moment, Ag Bahanga qui ne voulait pas, dans un premier temps, collaborer avec AIQM de Mokhtar Ben Mokhtar, vient de manifester, selon certaines sources bien informées, un pacte d’allégeance avec Al Qaïda. Cette allégeance s’est illustrée le week end dernier par un mouvement de troupes à Nampala, une bande désertique à la frontière mauritanienne. Pour des raisons que l’on peut bien comprendre, les sources militaires restent muettes comme une carpe sur la question. Mais sur le terrain, la situation est sous contrôle semblent dire nos sources. « L’armée malienne n’entend plus se laisser surprendre sur le front, » nous a confié un proche collaborateur du cabinet du ministre de la défense. Mais que faire, lorsque l’ennui vient de celui qui fut le plus précieux partenaire de l’armée et des services de sécurité dans la gestion de la crise? C’est là toute la question. En effet, les dernières élections communales se sont soldées par la défaite de l’équipe dirigeante de la municipalité de Kidal. Ainsi, sur les 23 conseillers, l’ADEMA n’a obtenu que 6, derrière le mouvement citoyen qui s’adjuge 8, le CNID 4, le RPM 3 le PDM et une autre nouvelle formation politique se sont retrouvés chacun avec 2 conseillers.
    Au regard, de ce tableau, il se dégage nettement une tendance au changement de l’échiquier politique local.

    La défaite électorale de l’ADEMA, avait déjà commencé à produire des indices inquiétants dont la lecture n’est facile que pour ceux qui connaissent les méandres du « tabernacle » politique local de Kidal.

    Originellement, il s’agit de la défaite d’un leadership politique légendaire, profondément ancré dont les manœuvriers sont connus pour être des acteurs du défunt mouvement MPA des années 1994. Donc appartenant au groupe de nouveau repentis. Il s’agit des membres de la famille INTAHLA qui tenait le monopole de la gestion de la ville de Kidal. Jusqu’aux dernières élections communales, le conseil du cercle, et l’assemblée régionale étaient dirigés par les membres de cette famille. Il est important de rappeler que le député Athahib Ag Intahla est de cette même famille du président sortant de l’Assemblée régionale.

    La « mort certaine » de cet « empire » dont l’implication de certains éléments (n’était plus qu’un secret de polichinelle) dans l’activisme récent d’Ibrahim Ag Bahanga, n’est donc pas sans conséquence sur la paix et la stabilité dans la région de Kidal.

    Depuis maintenant plus d’une décennie, la région est sous l’emprise d’une administration dont les premiers responsables, c’est-à-dire le président de l’assemblée régionale, et sa famille, trimballent toujours des Kalashs en bandoulière ou sous leurs amples boubous. L’énorme turban qu’ils enfilent dissimule malheureusement mal un visage chargé de mépris pour les intérêts de leur communauté.

    En tout cas, pour lui et ses camarades, c’est bien la fin d’une époque et le début d’une autre, celle des dures réalités de la vie d’un citoyen ordinaire de Kidal. Une misérable vie qu’ils avaient imposée à leurs mandants à longueur de mandat.

    Comment éviter le pire ?

    Aujourd’hui, tous les indices laissent à croire que la paix à Kidal est à nouveau menacée avec le nouveau contexte qui s’impose. Mais comment donc gérer cette déchéance dramatique de ceux qui croyaient éternellement régir la vie quotidienne des populations de Kidal ? L’équation qui se pose ainsi est à plusieurs inconnus dont le premier est la force de nuisance des nouveaux maquisards.

    Il ne faut pas se tromper. Il s’agit de véritables « taupes » qui ont réussi à infiltrer tous les circuits de gestion de la crise du nord et qui ont été associés aux différentes négociations avec Ag Bahanga. Il s’agit aussi de gens qui ne doivent leur survie qu’à la rébellion dont ils se nourrissent et s’enrichissent au péril de la paix.

    L’émergence d’une nouvelle force politique qui cherche encore ses marques, est loin d’être un motif de relâchement pour les autorités du Mali. Au contraire, son implantation et son ancrage incertain soumettront encore notre pays à des épreuves dont la gestion s’avère délicate et complexe.

    En attendant, il faudra à tout prix parvenir à anéantir la colonne de bandits venant de Nampala et gérer les téméraires de Tagharghar.
    Abdoulaye Niangaly

    Contribution de l’anthropologue français André Bourgeot d’Août 2009:
    Adagh n’Foghas pour Ifoghas

    Dans l’analyse qui suit, je ne prendrai pas en compte les contributions produites par des responsables européens de projets de développement confrontés à des réalités bien concrètes qui les ont conduit à être déçus de la Targuité utilisée à des fins personnelles et instrumentalisée , « marchandisée » comme un quignon de pain. Non que cet aspect ne présente pas d’intérêt, bien au contraire (les distorsions entre le dire et le faire sont légions) mais c’est là l’objet d’un autre débat.

    Je m’appuierai donc sur deux textes : l’un intitulé «La Targuité : Réalité tangible ou fonds de commerce douteux ? » du 04/08/2009 – l’autre « Toumast en danger de mort » du 15/08/09 de Mohamed AG HAMATY, alias « Wartehen » sur le forum de débats autour du thé de Kidal Info..

    Chaque texte, à leur manière introduisent trois catégories sociologiques pour décrire les transformations sociales, politiques et économiques que connaissent les sociétés touarègues en général et plus particulièrement celle des Kel Adagh. (« ceux de l’Adagh », Adagh désignant la « montagne » située dans l’extrême septentrion malien vers l’Algérie).

    Sauf erreur de ma part, c’est l’administration coloniale qui a cru bon d’accoler à Kel Adagh, l’appellation lignagère de la chefferie locale à savoir les Ifoghas, leur conférant ainsi implicitement des « droits » d’appropriation sur un territoire et sur les hommes qui y vivent, transformant ainsi l’Adagh en Adagh n Ifoghas (« L’Adagh des Ifoghas ») valorisant, conférant et institutionnalisant un pouvoir politique territorial des Ifoghas sur l’Adagh.

    On remarquera qu’à aucun autre espace ou région géographique, n’est accolé le nom d’une chefferie quel qu’en soit le niveau. En effet, en terme d’unités politiques autonomes les unes des autres (les « ettebel » ou « confédérations » selon la terminologie administrative-coloniale), les Kel Tamasheq, selon leurs catégories endogènes utilisent : Kel Ahaggar (« ceux de l’Ahaggar ») Kel Aïr (« ceux de l’Aïr », Kel Azawad (« ceux de l »Azawad »), etc. Ces appellations géographiques ne sont pas assorties de dimensions politiques. Elles se réfèrent à des massifs montagneux (Aïr, Ahaggar, Adagh) ou à des plaines (Ezawagh ou Azawad selon les endroits). Une autre manière de les classer repose sur l’utilisation de points cardinaux notamment sur l’opposition Est et Ouest : et associés à une appellation « tribale ». Il apparaît ainsi que seuls les gens de l’Adagh sont affublés d’une dimension politique dans leur dénomination introduite par la colonisation. Cet aspect est loin d’être insignifiant et neutre. Il appartient aux intellectuels et historiens locaux de rechercher quel est ou quels sont les administrateurs coloniaux qui sont à la source de cette transformation politiquement significative.

    Par exemple, l’appellation Kel Ahaggar désignant les gens de l’Ahaggar, toutes catégories sociales confondues (aristocratie autrefois guerrière, tributaires, religieux, esclaves, affranchis) ne recèle pas de connotations politiques territoriales. Pourquoi?

    Une des dynamiques fondamentales des sociétés touarègues réside dans le fait que les stratégies de domination et de conquête n’ont pas pour finalité une expansion territoriale mais la « conquête » des populations occupantes. Car en contrôlant des hommes on contrôle les territoires qu’ils occupent. C’est là une des raisons pour lesquelles les espaces politiques touaregs sont flexibles. Ainsi, l’enjeu politique fondamental est donc le contrôle des hommes. Les structures sociales et les organisations des systèmes politiques touaregs (endogamie sociale, hiérarchie socio-politique étanche) incorporent ces stratégies de conquête des hommes : en contrôlant des hommes on contrôle des territoires.

    Or, les « gens de l’Adagh » ont été affublés d’une dimension politique accordée au lignage dominant à savoir les Ifoghas constitutif d’un « ettebel » (unité politique incorporant toutes les catégories sociales) Il suffisait à l’administration coloniale de franchir un pas et de transformer cette montagne en un territoire politique dénommé par le lignage dominant et « tribalement » homogène, constituant ainsi un « isolat » tribal assorti d’une assise territoriale porteur de la conception d’un territoire autonome « tribalement propre et pur ». A l’évidence de tels processus sont d’une gravité extrême car en période de crises profondes, les réactions épidermiques animées par des groupes à la radicalité dangereuse peuvent conduire à des formes d’exclusion, voire « d’épuration » (pas encore physique). C’est un peu ce qui s’est passé avec les événements de Kidal qui ont conduit à refuser des emplois accordés, sur la base de compétences reconnues, par l’ONG Médecins du Monde, à des Touaregs de la région de Tombouctou et à des actes de vandalisme à l’endroit des locaux de cette ONG.

    Ces pratiques dont il importe de savoir si les autorités politiques locales les ont condamnées et sanctionnées, peuvent mettre en péril la paix en Adagh et peut être au-delà. Toutefois, il serait tout aussi dangereux de globaliser les responsables en accusant les Kidalois dans leur totalité, de ces évènements. Il s’agit de minorités agissantes qu’il nous appartient d’isoler et qui font le jeu de forces politiques externes et internes et qui ont intérêt à pratiquer le « diviser pour régner » et à créer des affrontements « tribaux » dans un contexte de compétitions multiples.

    On est là, bien loin de la Targuité et de la cause touarègue (logorrhée des années 90) et autrefois prônées comme valeur cardinale de la culture touarègue. Alors, dans ce contexte de tensions multiples aux origines diverses, ce serait une grave erreur politique de demander le départ de Touaregs résidents à Kidal mais ressortissants d’autres régions du Nord Mali : ce serait s’inscrire dans une logique « tribaliste » et faire le jeu des petits groupes radicaux dont l’assise sociale reste à démontrer : au contraire il faut exiger leur maintien.

    Ce sont là des faits qui interpellent à propos des flatteries « ethniques », « culturale-linguistiques » à caractère idéologique qui peuvent être dangereuses pour la démocratie républicaine et l’unité nationale. Dans des contextes de crises graves, les processus qui cheminent lentement et conduisent plus rapidement de l’ethnicisme au tribalisme et du tribalisme au repli sur les lignages sont, historiquement parlant, assez classiques, générateurs de « parcellisation territoriale » du pouvoir politique: et à une multiplicité de « petits pouvoirs » : L’Afrique, malheureusement, peut en témoigner.

    Je reviens à ma première idée. Ma question est la suivante : est-ce qu’une des racines des revendications « ethnicistes » (puis plus récemment, « tribalistes ») depuis 1963 de certains Kel Adagh ne réside-t-elle pas dans cette manipulation linguistique à caractère politique? Si ce raisonnement est juste et pertinent, alors reste à savoir quel est l’administrateur colonial qui a conféré un statut politique « à part » (j’allais écrire « statut particulier »…) à cette montagne? Il appartient aux intellectuels et historiens locaux d’en faire les recherches.

    L’histoire, associée à l’anthropologie (et réciproquement), peut appréhender les phénomènes récurrents et en fournir un éclairage, voire des explications.

    Ce n’est pas là une simple digression. J’en reviens aux trois catégories socio-économiques des deux textes auxquels je me réfère. Cette classification résulte partiellement, me semble-t-il, des bouleversements sociaux, politiques et économiques engendrés par les rébellions des années 90.

    Alors, la question que l’on peut se poser serait la suivante : compte-tenu des spécificités des systèmes politiques touaregs, leur histoire particulière (comme toute histoire…) à l’époque coloniale, les contextes de crises climatiques (1969-1973; 1982-1984), économiques (les plans d’ajustement structurels imposés par les institutions internationales telles que le FMI et la BM dans les années 80), et l’avènement du multipartisme du début des années 90 (contexte international de l’effondrement du bloc soviétique), la violence armée sous forme de rébellion ne renvoie-t-elle pas aux conditions particulières d’insertion de ces sociétés dans les processus de la mondialisation capitaliste hégémonique?

    Enfin, pour terminer (provisoirement) ces courtes analyses, j’ajouterai une 4ème catégorie (bien que ce ne soit pas mon vocabulaire..), à savoir l’émergence des tributaires (trivialement appelés « vassaux ») dans l’arène politique des Kel Adagh, et leur prise du pouvoir par les voies démocratiques au détriment de la chefferie locale, à savoir les Ifoghas (va-t-il falloir alors changer l’appellation « Adagh n Ifoghas et au profit de quelle autre?…..permettez-moi de suggérer : « Adagh n Mali »). C’est là un tournant fondamental qui fait plus que fissurer l’édifice politique dit « traditionnel ». Mais en définitive, cette lutte politique n’était-elle pas déjà inscrite dans les rébellions de 1990? Très schématiquement, n’assiste-ton pas là au passage d’un pouvoir fondé sur le sang (celui des Ifoghas) et construit par la colonisation, à un pouvoir issu des urnes par le peuple? Est-ce pour autant la fin de la colonisation? Pas si sûr : d’autres se pointent même si le terme « colonisation » aux fondements historiques bien précis n’aura plus la même pertinence politique.

    Bref ? voilà quelques analyses, à chaud, visant à alimenter les réflexions et les débats.

    André Bourgeot

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