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« En Algérie, la mainmise des services de sécurité sur l’appareil d’Etat ne tient plus »

Charlotte Bozonnet –LE MONDE

Chercheur au CERI Sciences Po, Luis Martinez vient de coordonner, avec l’universitaire danois Rasmus Alenius Boserup, un ouvrage collectif sur l’Al­gérie, intitulé Algeria Modern. From Opacity to Complexity, « l’Algérie ­moderne, de l’opacité à la complexité »(Oxford University Press, non traduit). Fruit de deux ans de travail, il étudie les changements politiques en cours en Algérie.

Luis Martinez.

A rebours du sentiment d’immobilisme, vous estimez que le système politique ­algérien s’est profondément transformé sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika…

Sur plusieurs sujets sensibles, tels que l’armée, la Sonatrach [la compagnie nationale d’hydrocarbures] et l’administration, nous avons été surpris de constater qu’un accès à leurs représentants, à certains dossiers, parfois aux archives, était possible. L’opacité complète qui caractérisait l’Algérie depuis son indépendance a cédé la place à un système d’une grande complexité au sein duquel se prend la décision politique.

Jusqu’à l’arrivée de Bouteflika, les services de sécurité étaient tout-puissants. Depuis ont émergé des groupes d’intérêt – le Forum des entrepreneurs ­algériens, le FLN [ex-parti unique] et d’autres – qui ne sont plus forcément sous la tutelle des services. La mise à la retraite [en septembre 2015] du chef du renseignement, le général « Toufik », a été une illustration de cette transformation des rapports de force au sommet.

Comment expliquer cet affaiblissement du département du renseignement et de la sécurité (DRS) ?

Cette évolution est liée à la rente pétrolière. A partir des années 2000, des sommes co­lossales ont été accumulées et les acteurs économiques se sont multipliés. Par le passé, le fonctionnement était classique : quelques personnes contrôlaient les importations [le cœur de l’économie algérienne], les redistribuaient à quelques milliers, qui les redis­tribuaient à leur tour aux petits commerçants. Les appareils de sécurité contrôlaient la trajectoire économique et financière de chacun.

Aujourd’hui, l’économie est certes toujours rigide et dépendante du secteur des hydrocarbures, mais de nombreux entrepreneurs ont fait leur apparition. Sur un million d’acteurs économiques, 75 % ont été créés sous Bouteflika. C’est énorme ! Ils ont bénéficié de subventions et restent dépendants de diverses structures publiques. Mais ils irriguent aussi les partis politiques. Beaucoup militent pour que l’économie reste fermée, protégée, rejoignant ainsi les positions des syndicats. Cette convergence d’intérêts a abouti à une coalition paradoxale de groupes soutenant, tous, Bouteflika.

Un autre facteur d’affaiblissement est le renforcement de l’institution militaire. Pour la première fois depuis plus d’une vingtaine d’années, l’armée va être libérée du contrôle du DRS. Les promotions d’officiers et les énormes contrats passés pour l’armée sous les mandats de Bouteflika montrent la volonté de faire de cette institution un pilier de l’Etat algérien. Pendant les années 1980 et 1990, elle avait été malmenée. Elle est revenue en force. Son intérêt est donc de soutenir ce président.

Enfin, troisième facteur : le développement de la police nationale. Celle-ci a été modernisée et dotée de capacités de renseignement. Cela a été construit de façon délibérée de la part du président.

C’est le DRS qui était allé chercher Bouteflika en 1999 [année où il devint président], mais, après trois mandats successifs, le DRS a fait passer des messages selon lesquels il était temps de passer la main. D’où la crispation observée en 2014. Un an et demi plus tard, le chef des services était mis à la retraite.

Certains considèrent pourtant que le DRS n’est pas affaibli, qu’il aurait simplement changé de forme…

Nous ne disons pas que le DRS est mort, mais qu’il existe de nouveaux acteurs qui ont autant, sinon davantage, d’importance dans le rapport de force au sein du pouvoir. Prenons l’exemple de la Russie post-soviétique : le KGB est toujours là, mais la Russie n’est pas que le KGB, comme c’était le cas sous l’ère soviétique. L’Algérie connaît la même évolution : la mainmise des services sur l’appareil d’Etat ne tient plus. Des acteurs se sont autonomisés.

Le ­contexte régional actuel a peut-être aussi amené certains, dans les services de renseignement, à revoir leur position. Le DRS a en effet besoin d’une armée compétente, notamment au ­Sahara. Pendant des décennies, le ­Sahara était un dossier sécuritaire, et non militaire. Aujourd’hui, l’armée y a déployé ses troupes. Vu l’ampleur des défis, il n’est pas inin­téressant pour le DRS de voir des structures le supplanter dans certains domaines.

Parmi les nouveaux acteurs, y en a-t-il un qui domine ?

Les différents groupes d’intérêt font du lobbying ; la présidence de la République en est la caisse de résonance. C’est la force de cette présidence : rassembler le maximum de groupes d’intérêt dans son giron. Une partie des partis politiques, des syndicats, la compagnie nationale d’hydrocarbures, les anciens combattants, l’armée : tous ont appelé à soutenir Bouteflika. La difficulté de l’après-Bouteflika va être de trouver une personne capable de maintenir dans le giron de la présidence toutes ces forces contradictoires.

Cela peut-il déboucher sur un conflit ouvert et violent pour la prise ­de pouvoir ?

Pour l’instant, le conflit est difficilement imaginable car l’opposition – qui peut vouloir une alternative plus radicale – a une marge d’action limitée. Dans les pays arabes où se sont produits des changements de régime, les oppositions avaient réussi à trouver un relais parmi les groupes d’intérêt. Or, aujourd’hui, l’Algérie fonctionne un peu comme le « Makhzen » [le pouvoir royal marocain] : les groupes d’intérêt clés sont associés au pouvoir. L’armée ne peut pas faire défection, comme ce fut le cas en Tunisie en 2011. Son intérêt est d’avoir un pouvoir politique lui permettant de s’émanciper de la tutelle des services.

De même pour les entrepreneurs : s’ils ne veulent pas subir les lois des colonels du DRS à la retraite, il leur faut plus de pouvoirs. Ce que leur a apporté la présidence. Le contrôle de ces groupes évite leur défection en faveur de l’opposition. En cela, l’Algérie s’oriente vers un modèle marocain. Certes, le Maroc est dirigé par un roi, mais, quand on regarde la présidence algérienne – quatre mandats de cinq ans –, il est clair qu’on évolue vers une sorte de présidence à vie. Laquelle ne provoque pas d’inquiétudes parmi les groupes d’intérêt, car elle leur assure l’accès au pouvoir et aux ressources.

Cela peut-il être une évolution positive pour l’Algérie ?

Pas pour ceux qui sont soucieux de démocratie. Mais cela peut conduire à une émancipation pacifique de l’omnipotence des ­services de sécurité.

Ne craignez-vous pas un risque d’implosion ?

Il y a des inquiétudes liées à deux incertitudes. La première concerne l’après-Bouteflika : comment trouver un équilibre politique ­permettant de poursuivre cette évolution de façon pacifique ? La deuxième incertitude concerne la réponse financière que fournira l’Algérie à la chute des cours du pétrole. Mais c’est une préoccupation d’ordre politique, plus que sociétal. La société n’est pas à l’état révolutionnaire, prête à tout démolir. Il n’y a pas d’esprit de vengeance religieuse ou ethnique comme en Irak, ni de schisme religieux comme au Yémen. Les problèmes sont structurels, et non liés à un président.

Comment expliquer l’absence de « société révolutionnaire » ?

Une explication renvoie au passé : le souvenir de l’expérience ratée de la transition politique des années 1990 et de la guerre civile meurtrière qui a suivi. Une autre est liée au présent, en Libye, en Syrie, en Irak ou au Yémen, qui montre qu’en cas d’échec la sanction est immédiate : c’est l’affrontement.

Les Algériens sont pris en étau. Leur situation politique est ridicule, leur administration corrompue, mais il y a ces rappels : ils se sont entre-tués pendant quinze ans, et leurs voisins s’entre-tuent aujourd’hui. Il existe, c’est vrai, l’exemple ­positif tunisien. Plus la Tunisie consolidera sa transition, plus les forces politiques en Algérie pourront faire valoir qu’une alternative est possible.

Pour autant, il y a beaucoup de manifestations dans la rue algérienne.

Oui mais elles sont sectorielles, corporatistes. Elles portent des revendications matérialistes : obtenir des gains en termes de revenus, de retraites, etc. Au niveau politique, on peut l’analyser de deux manières : soit les mani­festants ont gagné en maturité – ils négocient pour obtenir des avantages concrets –, soit le pouvoir est parvenu à une dépolitisation ­totale de la société.

Le sud du pays a été le théâtre de manifestations contre le gaz de schiste en 2014 et 2015. Est-ce un phénomène nouveau ?

Oui. Cela inaugure la montée de problématiques liées à la défense de l’environnement, qui étaient jusqu’alors absentes de la scène publique. Un autre phénomène, cette fois inquiétant, touche le sud : la région connaît depuis 2004 des affrontements entre populations arabe et berbère. La polarisation des identités dans le Sahara est de plus en plus violente, et les autorités peinent à gérer cela.

La société algérienne peut-elle provoquer un changement de régime ?

Le changement ne peut venir que d’une rencontre des intérieurs : politique et institutionnel d’une part, et populaire de l’autre. L’inclusion d’acteurs de la société civile dans les groupes d’intérêt est une évolution majeure. Concernant le gaz de schiste, les autorités considèrent que les acteurs locaux ont leur mot à dire, c’est une première. Il ne s’agit plus seulement d’envoyer l’armée, comme en Kabylie dans les années 2000 [où les manifestations avaient été violemment réprimées]. Les autorités ne peuvent plus faire ce qu’elles veulent, quand elles le veulent.

Dictature, régime autoritaire, pays en voie de démocratisation : quelle est la nature du régime en Algérie ?

Il s’agit d’un régime autoritaire hybride. Autoritaire dans sa structure politique, mais hybride au sens où cet autoritarisme laisse des marges de manœuvre économique, politique, militaire importantes. Ce sont des évolutions lentes, mais considérables.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2016/06/10/en-algerie-la-mainmise-des-services-de-securite-sur-l-appareil-d-etat-ne-tient-plus_4948021_3210.html#ymLAoMBGJddhEEow.99

2 commentaires pour « En Algérie, la mainmise des services de sécurité sur l’appareil d’Etat ne tient plus »

  • KHELIFA HABIB

    Je ne sais pas si son livre « Algeria Modern. From Opacity to Complexity » procède de la même manière mais selon cette interview, on constate qu’il a mis des jalon à ses analyses et a tout fait à ne pas les transgresser… Le même langage politico-médiatique et attitude de la nomenclature française et son prolongement dans l’Algérie… quand il s’agit de parler de l’Algérie avec cette condescendance nostalgerique…. Et pourtant d’apparence il a donné l’impression de sortir des sentiers battus et raccourcis que les autres ont pris l’habitude de faire.. L’opacité, on l’a connait ..mais la complexité est un terme assez diluant sous lequel on peut tout expliquer et interpréter…
    Comme par exemple faire ressembler le système de Bouteflika à celui du Makhzen du Maroc. On ne doit connaitre probablement ni l’un ni l’autre pour tirer ces ressemblances imaginaires… Rien à comparer entre les régimes politiques du Maroc et l’Algérie qui ne se ressemblent en rien ni dans le passé ni dans le présent, ni même dans leur nature répressive.
    Le DRS n’existe plus officiellement et légalement.. L’Algérie et depuis son indépendance est un système légaliste y compris dans ses phases les plus répressives… Le éléments en retraite du DRS ne peuvent rien faire sans cette protection légaliste … Dans ce cas ils agiront en mafiosi avec leurs propres lois et en Algérie un simple citoyen peut se transformer un mafia s’il subit une exaction en dehors de la loi. La puissance de la DRS venait de l’autorité morale de l’Etat et leur intervention était bel et bien justifiée par des lois et réglementations.
    Les groupes d’intérêts mentionnés ne sont pas aussi puissant comme on les représente… Ce sont des groupes qui sont encore en cours de formations… Ils ne sont pas au stade d’influer dans la politique… Leurs influence n’est que sur des intérêts secondaires de l’économie… Si on pense par exemple à Haddad qui parait le plus visible dans les medias, sa fortune n’est guère plus de 400 millions euros et encore elle est principalement en dinars… rien comparé à celle de Rebrab qui est plus 3,5 Milliard de dollars dont ramassage n’a été que grâce au DRS. Ici une comparaison peut être faite aves les milliardaires marocains… La fortune de Rebrab a été amassée de la même manière. C’est-à-dire des sociétés écran dont le commerce ne répond à aucune règle de concurrence ni de transparence… L’exemple du monopole de l’importation du sucre et l’huile imposé par les colonels DRS des douanes au compte de Rebrab reflète fidèlement ce genre de commerce pratiqué.

  • lasloudji kamel

    La securite a ALGER c`est aussi la Bienveillance sur le role
    qu`abrite les differents ministeres d`etat comme leur efforts
    dans plusieurs domaine politique et diplomatic que differents et eminents officialite(diplomatic) aurait collaborer avec le secteur d`etat Algerie et a qui on doit satisfaction.

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