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TERRITOIRES ET ACTIONS

Au Sahel, « la réponse militaire ne peut être suffisante »

La Croix- Pablo Menguy, le 13/05/2019 à 17:42 

Comment améliorer la lutte contre le djihadisme au Sahel ? La réponse de Roland Marchal, chercheur sur l’économie et les conflits dans l’Afrique sub-saharienne au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences-Po.

Au Sahel, la France a une détermination militaire reconnue par tous. La menace djihadiste dans cette zone a été présentée par les Européens comme le cœur de la crise. Si cette question était vraiment le centre du problème, comment expliquer que des supposés djihadistes ultra-minoritaires obtiennent autant d’appuis auprès des populations locales ?

Ces groupes ne se développent pas pour des raisons idéologiques ! Ils proposent des réponses à des situations locales de domination et de dépossession. Dans un tel cadre, la réponse militaire ne peut être suffisante. Il vaut mieux comprendre ces ressorts, le rôle de l’État et de son appareil de sécurité au niveau local. Pour cela, il faut que les pays européens aident les États sahéliens touchés par ledit djihadisme à se réformer en profondeur. Pour le moment, les Occidentaux ont surtout contribué à restaurer un système inégalitaire qui permet aux djihadistes de recruter sans difficultés.

Une approche plus politique et sociale

En définissant l’intervention occidentale comme une lutte contre le djihadisme, nos hommes politiques s’interdisent fondamentalement toute autre approche que militaire. Ils n’ont plus à se poser la question des responsabilités puisqu’ils opposent un camp du bien, nos soldats et des États menacés, à un camp du mal, les combattants djihadistes. Il est absolument nécessaire de dépasser cette matrice en revenant à une approche plus politique et sociale qui autorise un règlement de la crise, basé sur la compréhension des dynamiques locales et une réforme drastique des comportements des États vis-à-vis de leurs populations.Les Européens doivent accepter que le centre de la crise n’est pas le djihadisme mais le fonctionnement des États sahéliens. Bien sûr, une réponse militaire est nécessaire mais dans un cadre politique différent. Notre opinion publique demande à être rassurée par des réponses simples et compréhensibles, mais la réponse ne peut pas être aussi manichéenne.

Clarifier les règles

Je m’interroge sur cette myopie d’une Union européenne qui dépense beaucoup d’argent dans la région sahélienne, renforçant quelques strates élitistes et opportunistes sans transformer les rapports entre ces appareils d’État et des populations qui voient la corruption, l’arbitraire, la milicianisation se développer sous le registre de la lutte contre l’extrémisme radical. Si l’on tente une fois de plus de former des armées républicaines, autant clarifier les règles du partenariat et obtenir les réformes structurelles indispensables.

https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Au-Sahel-faire-revenir-lEtat-terrain-2019-05-13-1201021479

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