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Au Sahel, l’exception mauritanienne face au djihadisme

Le Monde avec AFP Publié le 25-02-2020 à 17h30

Le pays n’a connu aucune attaque djihadiste depuis 2011 alors que son voisin malien compte ses morts à intervalles réguliers.

A Nbeiket Laouach, dans l’est de la Mauritanie, en novembre 2018.A Nbeiket Laouach, dans l’est de la Mauritanie, en novembre 2018. THOMAS SAMSON/AFP

A des kilomètres de la première ville, au fond de la seule tente d’un campement en plein désert de Mauritanie, trône une radio VHF. Qu’un étranger passe par ici, et les habitants actionnent l’appareil pour prévenir les autorités. C’est un modeste mais efficace maillon du dispositif sécuritaire qui, mêlé à un travail sur les esprits, préserve la Mauritanie de la menace djihadiste alors que celle-ci ne cesse de s’étendre chez ses voisins sahéliens.

Tandis que le Mali frontalier compte ses morts à intervalles réguliers, la Mauritanie, 4 millions d’habitants, n’a pas connu d’attaque sur son sol depuis 2011.

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« Il faut remonter aux années 2005 pour comprendre », explique un diplomate occidental. L’expansion de groupes islamistes en Algérie, voisin du nord, touche alors de plein fouet la Mauritanie, théâtre de plusieurs attentats.

En 2008, l’ancien chef de la sécurité présidentielle, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, prend le pouvoir par la force. Un an plus tard, il est élu président.

Les partenaires occidentaux sont circonspects, mais pragmatiques : en raison du nombre substantiel de Mauritaniens dans les groupes djihadistes naissants dans le nord du Mali, « la France a très vite compris que la menace pouvait s’étendre à la Mauritanie », selon un ancien coopérant français, tenu comme d’autres sources à cacher son identité.

« Repérage de bandes armées »

Paris, et Washington dans une moindre mesure, envoie des formateurs encadrer les unités antiterroristes et renforcer le renseignement mauritanien. Les autorités mauritaniennes investissent sur la formation et travaillent à fidéliser les soldats : budgets gonflés, nouveaux équipements, salaires versés à la banque, accompagnement social des militaires.

Aujourd’hui, des dizaines de points de contrôle jalonnent chaque axe routier. Une immense région jouxtant le Mali a été classée « zone militaire », où les civils n’ont pas le droit de circuler. « Toute voiture qui y circulerait serait repérée et contrôlée. Cette mesure a permis le repérage de bandes armées de trafiquants de cannabis qui ont subi des bombardements de l’armée de l’air par le passé », souligne Hassane Koné, chercheur à l’Institut d’études de sécurité à Dakar.

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Au même moment, Nouakchott engage la bataille des esprits. Un dialogue est organisé en 2010 entre les principaux oulémas et environ 70 djihadistes emprisonnés. Les dignitaires religieux convainquent une cinquantaine d’entre eux de se repentir. Parmi eux, certains sont envoyés à la télévision, dans les mosquées, pour prêcher auprès des jeunes que le djihad n’est pas la bonne voie.

Plus de 500 imams sont recrutés, et les jeunes sortis des mahadras – les écoles traditionnelles islamiques – se voient offrir une formation professionnelle. « Nous avons vu à cette époque une forte baisse des recrutements djihadistes », explique M. Koné, par ailleurs ancien directeur du renseignement de la gendarmerie mauritanienne. « Les gens sont moins sensibles aux idées radicales, les populations collaborent plus avec l’Etat », continue-t-il.

L’actuel président Mohamed Ould Cheikh Al-Ghazouani, ancien chef d’état-major et ex-bras droit du président Aziz, louait en janvier cette « ouverture spirituelle » fondée sur « l’ancrage des valeurs de tolérance et d’acceptation de l’autre pour déstructurer et détruire les fondements religieux de l’action des terroristes ».

« Votre pays s’occupe de vous »

Au travail idéologique et sécuritaire s’est greffée la création de villes ex nihilo, synonymes d’activité économique et de services de proximité, quand les groupes djihadistes prospèrent dans d’autres pays sur l’absence de l’Etat. Ainsi sont nées, en plein désert, Nbeiket Laouach, Termessa, Bouratt et Chami.

« Il s’agit d’occuper le terrain, de dire aux populations nomades qui n’avaient pas de sentiment d’appartenance étatique : Votre pays s’occupe de vous, vous protège, vous soigne, éduque vos enfants », analyse Isselmou Ould Salihi, journaliste mauritanien spécialiste des questions djihadistes.

L’immunité mauritanienne aux attaques ainsi que des déclarations américaines ont nourri les interrogations sur l’existence d’un pacte de non-agression secret entre Nouakchott et les djihadistes. Les Etats-Unis ont affirmé avoir trouvé en 2011, dans la cache pakistanaise où a été tué l’ancien leader d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden, des documents faisant état d’une tentative de rapprochement entre le groupe et Nouakchott en 2010.

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« Rien n’a jamais permis de corroborer ces rumeurs, elles sont fausses », oppose une source proche du pouvoir. Le diplomate occidental interrogé par l’AFP abonde : « Pas de deal mais des relations tribales évidentes et historiques entre habitants du nord du Mali et de la Mauritanie. »

La Mauritanie prend cette semaine la présidence tournante du G5 Sahel coordonnant la coopération de cinq pays de la sous-région sur la sécurité et le développement. « La Mauritanie est un acteur qui a pu venir à bout du terrorisme en 2011. Nous attendons beaucoup de leur présidence », explique une source française.

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/02/24/au-sahel-l-exception-mauritanienne-face-au-djihadisme_6030662_3212.html?fbclid=IwAR2Ere3sc8uz1ZZWxuNFXLI5Dcyug_MeHItzeiTb-VVjeY-NPhzl19Inm48

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