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Conférence régionale de Bamako sur l’insécurité dans le Sahel: Les fruits tiendront-ils la promesse des fleurs ?  

lepays.bf-15 octobre 2017

La capitale du Mali, Bamako, a servi de cadre à une conférence régionale sur la situation sécuritaire dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest. La cérémonie d’ouverture, qui a eu lieu ce 14 octobre, a été co-présidée par le président togolais, Faure Gnassingbé, par ailleurs président en exercice de la Communauté économique des Etat de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Il faut préciser que la conférence a été organisée sous l’égide de cette instance, en collaboration avec l’Union africaine (UA) et les Nations Unies. L’événement, selon ses initiateurs, répond au souci de procéder à « une évaluation globale de la situation sécuritaire dans le Sahel afin de déterminer les voies et moyens d’intervention les plus aptes à assurer une neutralisation optimale des organisations criminelles… ». Les choses sont claires. Il n’y a donc pas la nécessité d’être un spécialiste de l’herméneutique pour le savoir. Les méthodes et les moyens utilisés jusqu’à ce jour pour traquer l’insécurité dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest, pêchent par leur incohérence et leur cacophonie, d’où leur inefficacité.

CONFERENCE REGIONALE DE BAMAKO SUR L’INSECURITE DANS LE SAHEL : Les fruits tiendront-ils la promesse des fleurs ?  

Les uns et les autres donnent l’impression de faire dans le capharnaüm

En tout cas, l’hôte de la conférence, le président malien et du G5 Sahel, Ibrahim Boubacar Keïta, en est convaincu. C’est donc en toute logique qu’il préconise « la mise en cohérence et la maîtrise régionale des initiatives internationales, ainsi que celles des organisations régionales » pour se donner plus de chance de venir à bout de l’insécurité dans l’espace sahélo-saharien. Venant de la part du président du pays qui est le plus affecté par le phénomène de l’insécurité, ces propos sonnent comme une critique à peine voilée d’une sorte de pagaille qui caractérise les ripostes multiformes face au terrorisme en particulier et à la criminalité transnationale organisée, le narco trafic et le trafic d’êtres humains en général. Et le président malien n’a pas fondamentalement tort de percevoir les causes de cette manière.

En effet, se retrouvent sur le théâtre de l’espace sahélo-saharien à la fois, la  mission des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA), la force Barkhane et les forces spéciales américaines. A cela s’ajoutent les forces du G5 Sahel qui sont en train d’être mises en place. Le risque que ces forces se marchent sur les pieds et qu’elles agissent de manière isolée, est donc grand. Et ce n’est pas tout. Car, au sein même des pays du G5 Sahel, la même cacophonie peut être observée, chacun préférant aller de sa petite recette pour sécuriser ses frontières. L’on peut donc se féliciter que le président malien ait eu le nez creux d’appeler à « la mise en cohérence » des initiatives régionales et internationales pour faire  face à l’insécurité au Sahel et en Afrique de l’Ouest. L’on peut d’autant plus le féliciter que pendant que les uns et les autres donnent l’impression de faire dans le capharnaüm, les ingénieurs du mal en profitent pour mieux s’implanter dans la zone. L’enjeu est donc clair. Et le président malien a eu le mérite de l’avoir perçu. Pour lui, en effet, « seule une action internationale concertée peut enrayer le terrorisme, véritable menace pour la stabilité des institutions démocratiques et pour un développement économique sain ». Voilà qui est bien dit.

L’installation du centre d’alerte précoce au Mali n’est pas suffisante pour crier cocorico

Et comme s’il voulait signifier à la face du monde que son engagement contre le terrorisme ne s’arrête pas aux beaux discours, en marge de la cérémonie d’ouverture de la conférence, Ibrahim Boubacar Keïta a inauguré le Centre national de coordination du mécanisme d’alerte précoce et de réponse rapide du Mali. Ce centre a pour objectif de collecter, analyser et traiter dans la célérité, les informations dans le domaine de la sécurité. Le moins que l’on puisse dire, est que cette réalisation vient à propos. Car, ce pan de la lutte contre le terrorisme manquait cruellement au Mali et au-delà de ce pays, à l’ensemble des pays de l’espace sahélo-saharien. Et quand on sait que le Mali représente le ventre mou, peut-on dire, de la lutte contre le terrorisme dans cet espace en ce sens que son territoire sert très souvent de zone de repli aux terroristes, on ne peut que saluer davantage la mise en place de ce centre. Tout cela peut participer  d’une meilleure riposte contre le terrorisme. Mais l’on ne peut pas s’empêcher de se poser la question de savoir si les fruits tiendront la promesse des fleurs. En effet, disposer d’un centre de haut vol de collecte, d’analyse et de traitement des informations dans le domaine de la sécurité est une chose, savoir en faire un outil efficace de lutte contre le terrorisme en est une autre. On dit en Afrique que « le  talisman n’est efficace que lorsqu’il est détenu par une personne qui sait s’en servir ».

De ce point de vue, l’on peut dire que l’installation du centre d’alerte précoce au Mali n’est pas suffisante pour crier cocorico. L’on peut même se demander si l’on avait besoin d’autant de tambours pour célébrer sa mise en place. En effet, en matière de stratégies militaires, les grandes choses se font à l’abri des grandes oreilles. Et dans le cas d’espèce, en inaugurant le Centre national de coordination du mécanisme d’alerte précoce et de réponse rapide du Mali de manière publique et ostentatoire, l’on court le risque d’en faire du même coup une cible potentielle des attaques terroristes. Et le Mali n’est pas le seul pays qui traîne cette pathologie. Tous les pays d’Afrique en souffrent pratiquement. Pour  un gilet pare-balle acquis, on  monte sur tous les toits pour l’annoncer. En un mot comme en mille, cela s’apparente à une absurdité. Cela dit, il faut que les Africains et les bonnes volontés qui les soutiennent dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, intègrent dans leur lutte contre le phénomène la nécessité d’allier à la riposte militaire, les actions tendant à tirer les populations de la misère et celles tendant à déconstruire l’idéologie qu’utilisent  les terroristes pour élargir chaque jour que Dieu fait, leur base sociale.

« Le Pays »

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