D’après un projet de déclaration diffusé mardi 25 juillet par la présidence française, les deux représentants rivaux, Faiez Sarraj et Khalifa Hafter, s’engagent d’ores et déjà à mettre en place un cessez-le-feu en Libye et à organiser des élections “dès que possible”.

Mais pour le reste, constate Libya Herald, “les autorités françaises gardent un contrôle étroit sur les informations concernant la rencontre” qui a lieu ce même jour. Pour le président Emmanuel Macron, ce face-à-face a été organisé dans le but “de créer une relation de travail entre les deux hommes afin de mettre un terme aux divisions actuelles”.

Hafter soutient le gouvernement installé à Tobrouk et issu des législatives de juin 2014. Après sa conquête à l’automne 2016 du croissant pétrolier, il a déclaré le 5 juillet la libération de la ville de Benghazi des brigades islamistes. Une victoire qui renforce son camp face au pouvoir rival du gouvernement installé en mars 2016 à Tripoli et dirigé par Faiez Sarraj avec le soutien de la communauté internationale. Ces deux pôles du pouvoir doivent également composer avec l’Assemblée sortante qui, depuis 2014, refuse de rendre le pouvoir et siège aussi à Tripoli avec le soutien militaire de la coalition à dominance islamiste Fajr Libya (Aube de la Libye).

“Ghassan Salamé, [le nouveau médiateur onusien en poste depuis le 20 juin], participera à ce processus. Pour la France, il s’agit de soutenir ainsi, sous l’égide des Nations unies, tous les efforts permettant d’atteindre un compromis politique entre les différents protagonistes en Libye”, précise Libya Herald avant de signaler que “le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est connu pour vouloir apporter un plus grand soutien international et européen à Hafter”.

Le quotidien burkinabé Le Pays rappelle pour sa part sur un ton critique le rôle de la France dans le processus qui a mené au chaos libyen actuel : “Pour qui connaît le rôle que l’histoire attribue à la France de Nicolas Sarkozy à la tête de la coalition occidentale, qui a fini par dégommer le Guide de la Jamahiriya [l’ancien dictateur Muammar Kadhafi] dont elle avait mis la tête à prix et fait de sa chute une priorité, l’on ne peut s’empêcher de voir en l’action du présent locataire du palais de l’Élysée une tentative, parmi tant d’autres, d’éteindre l’incendie déclenché au pays du colonel, qui s’est transformé en un véritable brasier que les efforts de la communauté internationale n’ont jusque-là pas permis d’éteindre.” Et d’enchaîner :

Et cette situation est une véritable menace pour les pays européens qui, pour n’avoir pas su assurer le service après-vente en Libye, sont en train d’en payer le prix fort. Notamment avec ces vagues interminables de migrants indésirables qui franchissent chaque jour les portes de la Libye pour ce qu’ils pensent être l’eldorado.”

Toutefois, pour Le Pays, “l’initiative de Paris en vue de rapprocher Sarraj et Hafter mérite d’être saluée”.

Côté italien, c’est un autre son de cloche : “‘Une gifle’, un ‘coup de poing’, un ‘court-circuitage’. Ce ne sont que quelques-unes des expressions – et parmi les plus sobres – que les médias ont employées pour rapporter la nouvelle de ce sommet”, relève Il Messaggero.

La France entre en jeu, et elle le fait “lourdement”, écrit La Repubblica, observant que l’Italie n’a pas été informée de ce sommet par son allié français, mais par l’entourage du général Hafter. C’est pourtant elle, souligne Linkiesta, “qui depuis six ans fait face seule à l’afflux de migrants, elle qui a essayé par tous les moyens de renouer avec Sarraj un accord similaire à celui qu’avaient scellé Berlusconi et Kadhafi en leur temps, et c’est elle qui aurait l’expérience nécessaire et tous les droits pour mener le processus de réconciliation nationale en Libye”. Or, la voilà “déboulonnée par l’initiative de Macron”, voire menacée de payer “les conséquences des funestes prétentions de grandeur” de la France.

Macron se fait des idées

De fait, abonde un expert des relations internationales dans les colonnes du Huffington Post Italie, “l’objectif de la France n’est pas de favoriser la création du meilleur gouvernement possible pour la Libye et les Libyens”, mais de tirer profit du “potentiel économique de la Libye”, ce qui conduira Paris à soutenir le général Hafter, pour “décréter la fin de la faible expérience de Sarraj et lancer un nouveau système autoritaire de type kadhafien”. Mais le risque est “non seulement que l’initiative se solde par un coup d’épée dans l’eau, mais aussi qu’il augmente l’instabilité locale”.

Pour le Corriere della Sera, en revanche, Rome ferait mieux de taire tous “mouvements de colère diplomatique”, “crainte d’être marginalisée” et “complexes d’infériorité”. Car c’est précisément parce qu’elle est en première ligne, face au chaos libyen, qu’elle doit se réjouir de cette initiative.

De toute façon, la route est encore longue et “si Emmanuel Macron croit pouvoir dépasser tout de suite les difficultés du casse-tête libyen, il se fait des idées”.

http://www.courrierinternational.com/article/dialogue-interlibyen-critiques-et-scepticisme-legard-de-linitiative-de-macron