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TERRITOIRES ET ACTIONS

Géopolitique du Sahel et du Sahara

Hérodote 172 — Premier trimestre 2019

Le dernier numéro d'Hérodote: géopolitique du Sahara et du SahelLe Sahel et le Sahara traversent en ce moment une période très trouble, touchés par la guerre civile en Libye, le conflit dans le Nord-Mali et la révolte de la secte Boko Haram dans le bassin du lac Tchad. Ces trois pôles de l’« arc de crises » sont ici envisagés aux niveaux international, national et local où des rivalités « intercommunautaires » se greffent sur des insurrections islamistes et les attisent.

La percée, au Mali, des mouvements djihadistes venus d’Algérie est ensuite analysée de même que l’influence de ce pays qui a pris le pas sur celle de la Libye, très affaiblie au Sahel après la chute du colonel Kadhafi. Quant à la politique de la France, principale puissance étrangère impliquée, deux textes l’appréhendent en termes de relations diplomatiques, de stratégie militaire et de promotion du développement pour lutter contre l’islamisme et restaurer la paix.
Malgré ces conflits, des espoirs existent à travers la résilience des populations qui se manifeste par leur volonté et leur capacité à échanger, à se mouvoir et à se lancer dans de nouvelles activités. Des auteurs se penchent sur les échanges transsahariens (officiels, frauduleux, mafieux), sur les migrations vers le vieux continent que l’Union européenne veut enrayer et sur l’orpaillage en zone désertique, tantôt « ferment de crises » par les convoitises qu’il suscite (Tchad), tantôt atténuateur par les revenus offerts (Niger).

L’éditorial, par Béatrice Giblin :

En octobre 2011, Hérodote publiait une Géopolitique du Sahara, ce qui signifie que les articles avaient été écrits au printemps, soit au début du conflit libyen et avant la mort du colonel Khadafi. Cependant, les auteurs de l’article sur la Libye (Moisseron et Daguzan) insistaient déjà sur les dangereuses conséquences du vide que créerait la disparition, selon eux inéluctable, du « guide » libyen, en Libye bien sûr, mais aussi dans l’espace sahélo-saharien, analyse pour le moins pertinente au vu des événements qui ont suivi. Rappelons la lourde responsabilité de Nicolas Sarkozy, président de la République à cette époque, et de David Cameron, Premier ministre britannique, dans l’intervention armée occidentale en Libye. Cette décision d’intervenir fut prise rapidement sur une analyse géopolitique des rapports de force locaux partielle, voire partiale, et fut d’ailleurs très critiquée par les chercheurs connaisseurs de la Libye.

Quant à la zone sahélo-saharienne, sa situation géopolitique s’est trouvée aggravée par le chaos libyen : guerre au Mali, tensions au Niger et au Tchad, extension et multiplication des groupes djihadistes, rivalités accrues entre tribus et/ou entre clans.

En 2011, Hérodote avait choisi comme titre Géopolitique du Sahara même si on y traitait aussi du Sahel car, dans les médias, la référence au Sahel était rare à ce moment-là. Désormais, l’expression « zone sahélo-saharienne » ou « bande sahélo-­saharienne » est couramment employée surtout depuis l’opération Barkhane qui s’étend sur l’ensemble des cinq pays francophones du Sahel et qui a pris le relais en août 2014 de l’opération Serval limitée au Mali. La France se trouve donc fortement impliquée dans le règlement de cette situation géopolitique très compliquée, conséquence de son passé colonial et des accords militaires passés avec les États sahéliens depuis leur indépendance. Ainsi, c’est à la demande du gouvernement malien que l’armée française est intervenue en janvier 2013 (opération Serval) pour arrêter l’offensive vers le sud de groupes armés islamistes qui avaient pris le contrôle de l’Azawad, région nord du Mali, après avoir aidé la rébellion touareg renforcée aussi par le retour de Libye de combattants bien équipés. Si l’armée française a enrayé l’avancée des combattants islamistes vers le sud, l’ensemble des États sahéliens est loin d’en avoir fini avec la lutte contre le terrorisme djihadiste, objectif difficile à atteindre avec 4 500 soldats qui doivent couvrir un immense territoire (plusieurs milliers de km2), même associés à d’autres armées combattantes (Minusma : mission de stabilisation de l’ONU, armées nationales et forces du G5 Sahel : Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad). Certains se demandent même si ces interventions armées, en déstabilisant la vie économique locale du fait de leur présence, ne facilitent pas le recrutement des groupes islamistes locaux. Les succès militaires associés à la mort de plusieurs combattants djihadistes et de leurs chefs se trouvent annihilés par la noria des recrutements pour des raisons autres que religieuses (souvent des nécessités économiques). Mais les terribles attentats de l’année 2015, suivis de ceux de 2016 et du dernier en date en décembre 2018 à Strasbourg continuent légitimement d’inquiéter les autorités, ce qui les poussent à maintenir l’opération Barkhane. En fait, son maintien est lié à des raisons géopolitiques, à savoir empêcher les djihadistes de s’emparer des pays saharo-sahéliens et de déstabiliser une vaste région peu éloignée de l’Europe.

L’approche géopolitique s’avère particulièrement efficace pour rendre compte de la complexité de la zone sahélo-saharienne. En effet, il est nécessaire de dépasser l’explication du conflit religieux djihadistes. Pour ce faire, il faut analyser finement les spécificités des conflits locaux et les contextes politiques, économiques, sociaux, culturels dans lesquels ils se développent (faiblesse des États, corruption massive, armée plus ou moins compétente, pauvreté, pression démographique, etc.). Prendre en compte leur histoire pour comprendre comment des conflits anciens, quelques fois religieux, sont réactivés afin de mobiliser les populations et de les impliquer dans le combat. Il faut aussi bien connaître la complexité des différents groupes, tribus ou clans, parfois transfrontaliers, leurs alliances et affrontements, et c’est pourquoi on ne peut se contenter d’opposer agriculteurs sédentaires et pasteurs nomades, lecture bien trop simple et donc fausse qui empêche d’évaluer correctement les rapports de forces locaux et leur caractère instable sur le terrain. On mesure alors combien l’intervention d’armées extérieures s’avère difficile. Quelle que soit la qualité des hommes engagés sur le terrain et celle des officiers qui les encadrent, il n’est pas facile d’identifier les groupes sur lesquels s’appuyer afin d’obtenir des renseignements fiables pour lancer une offensive efficace, en plus dans un environnement naturel particulièrement rude.

C’est à établir un diagnostic géopolitique précis de cette zone que se sont attachés les excellents chercheurs qui ont participé à ce numéro, diagnostic qui est le résultat de leurs nombreuses enquêtes de terrain, ce dont Hérodote les remercie, et tout particulièrement Emmanuel Grégoire qui a conduit ce numéro.

Le sommaire du numéro :

  • « Le Sahel et le Sahara entre crises et résiliences » par Emmanuel Gregoire. Voir le résumé.
  • « Le conflit libyen, creuset des réseaux régionaux » par Wolfram Lacher. Voir le résumé.
  • « Dans le piège des offres de violence. Concurrences, protections et représailles dans la région de Ménaka (Nord-Mali, 2000-2018) » par Charles Grémont. Voir le résumé.
  • « La région du lac Tchad sous l’hypothèque Boko Haram » par Christian Seignobos. Voir le résumé.
  • « Insurrections djihadistes en Afrique de l’Ouest : idéologie mondiale, contexte local, motivations individuelles » par Yahaya Ibrahim Ibrahim. Voir le résumé.
  • « Quand la puissance se disperse : les relations entre le Sahara-Sahel et le Maghreb depuis la chute du colonel Kadhafi (2011-2018) » par Pauline Poupart. Voir le résumé.
  • « Sahel et France, enjeux d’une relation particulière » par Jean-Marc Châtaigner. Voir le résumé.
  • « La politique de la France au Sahel : une vision militaire » par Marc-Antoine Pérouse de Montclos. Voir le résumé.
  • « Les échanges transsahariens au fil du temps et des aléas politiques » par Emmanuel Gregoire, Mathieu Pellerin. Voir le résumé.
  • « Sécurité, développement, protection. Le triptyque de l’externalisation des politiques migratoires au Niger » par Florence Boyer. Voir le résumé.
  • « Les ruées vers l’or au Sahara et au nord du Sahel. Ferment de crise ou stabilisateur ? » par Géraud Magrin, Laurent Gagnol, Raphaëlle Chevrillon-Guibert. Voir le résumé.

Ce numéro sur cairn.info (payant pendant deux ans, gratuit ensuite ; Attention : mise en ligne tardive)

Selection of Herodote papers with English Full Text (cairn.info)

2 commentaires pour Géopolitique du Sahel et du Sahara

  • Ibrahim SIDIBE

    Bonjour
    Je me nomme Ibrahim SIDIBE, j’aimerai vous apporter ma petite contribution par le biait de cette suggestion.
    Vous affirmez que la France est venue combattre les groupes armés sur la region du Mali que vous avez dénommée Azawad.
    Je vous invite à aller fouiller dans tous les documents historiques aussi bien en France qu’au Mali, vous ne trouverez nul part que l’Azawad désigne le nord du Mali ou que le nord Mali désigne Azawad.
    Azawad n’a jamais été une region administrative du Mali. Je vous invite à aller fouiller aussi dans les documents de l’UNESCO, vous trouverez que Tombouctou et Djenné sont inscrits dans la liste des patrimoines mondiales.
    De ce fait, il serait indescent de considérer que Tombouctou et Djenné reunis avec la region de Kidal formeraient ce que vous appelez Azawad.
    Ayez un peu de respect envers la République du Mali digne et souneraine. Comme aime toujours le rappeler notre chère President, son excellence M. Ibrahim Boubacar KEITA, « nous fûmes quand d’autres n’existaient pas ».

    Cordialement,
    Ibrahim SIDIBE
    Bko Mali

  • Ibrahim

    Bonjour
    Je me nomme Ibrahim SIDIBE, j’aimerai vous apporter ma petite contribution par le biait de cette suggestion.
    Vous affirmez que la France est venue combattre les groupes armés dansla region nord du Mali que vous avez dénommée Azawad.
    Je vous invite à aller fouiller dans tous les documents historiques aussi bien en France qu’au Mali, vous ne trouverez nul part que l’Azawad désigne le nord du Mali ou que le nord Mali désigne Azawad.
    Azawad n’a jamais été une region administrative du Mali. Je vous invite à aller fouiller aussi dans les documents de l’UNESCO, vous trouverez que Tombouctou et Djenné sont inscrits surla liste des patrimoines mondiales.
    De ce fait, il serait indescent de considérer que Tombouctou et Djenné reunis avec la region de Kidal formeraient ce que vous appelez Azawad.
    Ayez un peu de respect envers la République du Mali digne et souneraine. Comme aime toujours le rappeler notre chère President, son excellence M. Ibrahim Boubacar KEITA, « nous fûmes quand d’autres n’existaient pas ».

    Cordialement,
    Ibrahim SIDIBE
    Bko Mali

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