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TERRITOIRES ET ACTIONS

Intervenir en Afrique: l’impasse militaire

Letemps.ch/dimanche 26 novembre 2017 à 18:42

A la veille du sommet UE-Afrique d’Abidjan qui s’ouvrira le 29 novembre, la Suisse organise cette semaine à Yaoundé une conférence sur l’extrémisme violent dans la région du lac Tchad

«Nous savons intervenir et repousser les groupes armés. Nous savons même installer des gouvernements issus des urnes. Mais nous ne savons pas comment, ensuite, parvenir à rester et assurer une transition civilo-militaire solide.» L’officier qui nous parle ainsi est, à Bangui, un cadre de l’EUTM RCA, l’opération de formation de l’armée centrafricaine soutenue par l’Union européenne. Dans le lobby de l’hôtel Ledger, unique sanctuaire hôtelier sécurisé de la capitale de la République centrafricaine (RCA) – et toujours propriété de Laico, le Fonds souverain libyen de l’époque Kadhafi –, ce colonel espagnol scrute ses arrières. Deux gardes de sécurité privés l’accompagnent dans tous ses déplacements. Un bon résumé des limites de l’intervention internationale.

13 000 Casques bleus déployés

La paix reste, en RCA, un combat quotidien que la mission des Nations unies au Mali (Minusma) essaie avec difficulté de remporter, malgré ses 13 000 Casques bleus déployés sur ce territoire grand comme la France et la Belgique réunies: «L’échelon provincial fait totalement défaut. L’ONU ne contrôle que Bangui, et encore, explique Martin Zinguélé, député et ancien candidat à la présidentielle de janvier 2016, soutenue par la communauté internationale et remportée par l’actuel chef de l’Etat, Faustin-Archange Touadéra. En dehors de la capitale, les soldats onusiens ne peuvent s’appuyer sur aucune structure, et ils ne remplacent pas non plus nos structures étatiques défaillantes. Ils sont autant des cibles que des protecteurs pour la population.»

Le cas de la RCA sera abordé les 29 et 30 novembre, lors du sommet Union européenne-Afrique d’Abidjan. Il est aussi à l’agenda de la conférence à huis clos organisée le 28 novembre à Yaoundé par la diplomatie suisse sur l’extrémisme violent dans la région du lac Tchad, gangrené par l’extrémisme islamiste. Objet du débat: comment rétablir l’autorité de l’Etat dans ces zones de la RCA, du Mali, mais aussi du Cameroun ou du Niger, où les groupes armés tiennent le terrain.

Affrontements entre milices rivales

Dans le sud de la Centrafrique bordé par le fleuve Oubangui, qui fait frontière avec la République démocratique du Congo, la région de Basse Koto est ces jours-ci le théâtre d’affrontements permanents entre milices rivales. Un préfet envoyé de Bangui n’a pas pu prendre ses fonctions, renvoyé à ses foyers par les rebelles, dont les meneurs sont parfois des ressortissants tchadiens ou soudanais. Autre illustration de l’Etat centrafricain foulé aux pieds: des groupes armés ont empêché l’ouverture d’un procès, et tabassé les magistrats locaux. «Il faudrait des proconsuls internationaux pour chaque région, complète le patron d’un journal – quatre feuilles photocopiées – de Bangui. Si seulement les Français de la Sangaris étaient restés…»

On doit rester pour gagner la paix. On le sait. Mais avec qui? Avec quels moyens? Sur quel mandat?

Arnaud Danjean, eurodéputé

Sangaris: à Paris, le nom de code de l’intervention militaire menée par la France en RCA de mars 2013 à décembre 2016, avec un millier d’hommes, est le symbole de ces demi-réussites militaires aux allures d’impasse. Très vite, les groupes armés furent chassés de Bangui. Mais après? «La question qui se pose en Afrique, dans ce genre d’Etats faillis, est de savoir comment rester», reconnaît l’eurodéputé Arnaud Danjean, à qui le président Macron a confié la tâche de mener une «revue stratégique» au début de son mandat. «On doit rester pour gagner la paix. On le sait. Mais avec qui? Avec quels moyens? Sur quel mandat?» Le budget, côté européen, est le talon d’Achille. La France ne cesse de répéter que le coût de ses opérations extérieures – 1,2 milliard d’euros en 2016 – doit être partagé avec ses alliés de l’UE. A Abidjan, Emmanuel Macron va repartir à l’assaut des portefeuilles.

L’initiative du G5 Sahel, une force d’intervention réunissant des bataillons du Mali, du Niger, du Burkina Faso, du Tchad et de la Mauritanie, est l’avant-garde des dispositifs militaires futurs en Afrique. Sauf que: «On sait ce qui manque toujours: des éléments internationaux prêts à combattre en urgence, et des structures pour redonner confiance aux civils abandonnés par leur Etat», nous expliquait, au récent sommet sur la sécurité de Dakar, un ancien général français reconverti dans le secteur privé, très inquiet de la disparition des services publics de base dans la région de Mopti, au centre du Mali.

Privatiser le suivi des interventions

Si aucun dirigeant européen n’ose le dire en public, a fortiori lors des sommets intergouvernementaux, une idée circule beaucoup dans les cercles militaires: la «privatisation» du suivi des interventions via le déploiement, dans les provinces, d’unités d’experts civils et militaires employés par des sociétés de sécurité, avec l’aval de l’ONU. Au sommet de Dakar, plusieurs ONG humanitaires ont admis, à huis clos, que «l’on peut faire la différence avec des petits moyens très ciblés, très mobiles, très bien équipés». A condition bien sûr que les djihadistes – principal péril ces temps-ci – aient été préalablement chassés de leurs zones d’intervention.

Dans un pays très vaste comme le Mali, ou en Centrafrique où l’Etat n’existe plus dans les trois quarts du territoire, ces «brigades civilo-militaires» appuyées par des membres de l’administration locale pourraient remettre l’Etat debout et rétablir un début d’infrastructures en lien avec les acteurs humanitaires. Ou au moins initier cet indispensable retour de l’Etat. Les groupes armés intégrés dans le processus de négociation y sont, parfois, également favorables. Reste l’équation politique. «Rester, c’est assumer que la transition ne peut pas être simplement confiée aux élites politiques locales issues du conflit, complète, à Bangui, la ministre de la Défense, Marie-Noëlle Koyara, qui se bat pour l’envoi sur le terrain des nouveaux bataillons des forces centrafricaines entraînés par la mission de l’UE. C’est très difficile à accepter. Il faut un donnant-donnant pour que les populations comprennent bien que c’est leur Etat que l’on reconstruit.»

Intervenir en Afrique: l’impasse militaire

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