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TERRITOIRES ET ACTIONS

Kidal : Quand Barkhane dérange !

lepays.bf-03 octobre 2017

KIDAL : Quand Barkhane dérange !

Le 2 octobre dernier, plusieurs dizaines de femmes hostiles à la force française Barkhane ont manifesté à Kidal, pour demander son départ. A l’origine de l’ire de ces croquantes d’un jour, une opération anti-terroriste musclée menée par les soldats français dans la ville rebelle du Nord du Mali, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre derniers, et qui a abouti à l’arrestation d’une demi-douzaine de personnes dont un richissime homme d’affaires qui a aussi la sulfureuse « réputation de faire des trafics en tous genres, migrants, drogues, armes », selon certaines sources.

A en croire une source du ministère malien de la défense, l’opération qui aurait aussi abouti à la saisie d’armes et de munitions, aurait été « menée sur la base d’informations très solides reçues par le centre de commandement Barkhane de N’Djamena » au Tchad.

En attendant d’en savoir davantage, la question que l’on pourrait se poser est de savoir ce que cache cette sortie de ces femmes de Kidal. Est-ce un mouvement spontané ou a-t-il été suscité ? Quoi qu’il en soit, au regard de leur position maximaliste par rapport à une opération coup de poing censée être de salubrité publique, l’on est porté à croire que leur conduite est dictée par le fait que Barkhane dérange dans cette partie du Mali.  Et elle semble déranger jusqu’au cœur de la ville frondeuse du septentrion malien où certains se croyaient peut-être intouchables.

C’est pourquoi l’on est porté à croire que cette manifestation de femmes cache peut-être un jeu d’intérêts colossaux de personnes qui ont sans doute intérêt à ce que la force française se retire pour leur laisser le champ libre. Autrement, l’on ne comprend pas l’attitude de ces populations qui, au lieu de collaborer avec les forces coalisées dans la lutte contre les terroristes, donnent plutôt le sentiment de défendre la cause de ces derniers si ce n’est pas qu’elles en sont tout simplement complices.

C’est pourquoi cette manifestation de femmes à Kidal, contre cette force censée travailler aussi à leur sécurité au point de demander son départ, paraît pour le moins suspecte. D’autant plus qu’en reprochant à la force française sa méthode musclée de travail, ces manifestantes ont tendance à oublier que les terroristes ne sont pas des enfants de chœur que l’on peut interpeller comme de simples bandits.

Barkhane envoie un message fort en termes d’engagement dans la lutte contre le terrorisme

Toutefois, à la lumière de ces événements, il est heureux de voir que la force française semble décidée à mener à bien sa mission de lutte contre le terrorisme au Sahel. Et ceux de Kidal ou d’ailleurs qui étaient quelque peu portés à croire que la ville symbole du septentrion malien serait peu ou prou épargnée, peuvent à présent se convaincre que la force française ne compte pas se laisser dicter des zones rouges dans l’accomplissement de sa mission dans cette partie de la planète.

Et en menant une telle opération en plein  cœur de la ville rebelle, Barkhane envoie un message fort en termes d’engagement total dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Cela est heureux pour tous les pays de la sous-région qui souffrent des attaques répétées de ces marchands de la mort qui sont en passe de mettre la région sous coupe réglée, avec les conséquences que l’on sait sur des économies déjà sous perfusion.

En tout état de cause, la sortie de ces femmes contre la force française, vient une fois de plus rappeler toute la délicatesse de la question de Kidal, cette citadelle à l’allure inexpugnable et qui semble mettre un point d’honneur à rester en dehors de la république. Mais au-delà du Mali, tant que l’action de Barkhane reste dirigée contre des terroristes, elle ne peut être que salutaire pour tous les pays de la sous-région.

En savoir plus sur http://lepays.bf/kidal-barkhane-derange/#Yfj20EbSmPs8Fkps.99

2 commentaires pour Kidal : Quand Barkhane dérange !

  • Wartehen-Ghaçan

    Ne dit-on pas que « la répétition est pédagogique »? C’est en vertu de cette bonne morale que je réchauffe, et remet au gout du jour, ce que je disais de Kidal, il y a … trois ans! Lisez SVP

    « Kidal est le nœud gordien qu’il faut trancher » par Wartehen-Ghaçan ; Bamako, Mali ; le 23 Mai 2014.

    Kidal, c’est :
    1) la capitale du massif des Ifoghas, (Adagh n‘Foghas, en Tamasheqh), situé dans la zone agro-écologique de l’Adrar-Timétrine, selon la cartographie des ressources terrestres du Mali, 1989;
    2) une bourgade saharienne constituée de maisons ternes occupant un oued de sable grossier et de rocaille ;
    3) un site malfamé, piège et berceau de l’irrédentisme ethno-identitaire touareg Ifoghas, selon l’histoire récente du 21ième siècle ;
    4) l’épicentre de la crise du Nord du Mali;
    5) un foyer de tensions chroniquées ; la mère de toutes les impasses ;
    6) le laboratoire de tous les périls qui obscurcissent l’horizon de cette zone depuis 50 ans.

    Le régime d’exception injuste que Serval a réservé à Kidal depuis le début 2013 est le déclencheur de l’actuelle guerre dite « guerre de 6 heures de Kidal ». Je cite, dans les développements qui suivent, Francis Simonis (historien, spécialiste de l’Afrique occidentale et du Mali qui enseigne à l’Institut des Mondes Africains, basé à Aix-en-Provence, France), dans des articles de presse française intitulé « Paris dans le piège de Kidal »:
    – « Pourquoi Serval a concédé de facto aux combattants prétendument laïques du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) le contrôle d’une cité « rebelle » dont les avaient chassés leurs ex-alliés islamistes d’Ansar-Eddine en Janvier 2012? Pour prévenir les affrontements qu’aurait déclenchés le retour brutal d’une armée malienne « sudiste » honnie par les rebelles touaregs ; c’est la raison humaniste et protectrice des « Hommes Bleus Sahariens » avancée par Serval pour éluder les bonnes questions. »;
    – « Sans nul doute, la vraie raison occultée par Serval, c’est le souci de s’assurer le concours des séparatistes touaregs, utilisés mercenaires-guides et pisteurs sahariens « es qualité » pour arracher les otages français aux griffes d’AQMI et de ses satellites. Mais l’heureux dénouement du calvaire des kidnappés d’Arlit (Niger) ne doit rien au MNLA, lequel n’a pas tenu ses promesses faites à Serval de sécuriser la ville de Kidal, perméabilisée aux terroristes par la seule présence des mercenaires touaregs qui ne sauraient être que des bandits armés, des brigands sahariens aux « gènes vandales génétiquement non modifiables » qui vendraient leur âme au diable. »;
    – « Il ne fait plus aucun doute aujourd’hui que Serval a cru pouvoir s’appuyer sur le MNLA pour conduire le combat contre AQMI et récupérer les otages français du Sahel. La marionnette, malheureusement, a filé entre les doigts de ses protecteurs, et en janvier 2012 elle s’est lancée à l’offensive contre l’armée malienne avec l’aide des islamistes. »;
    – « Quelques mois plus tard, le MNLA était taillé en pièce par ses alliés de la veille et disparaissait de la scène malienne. Il devait y revenir en janvier 2013 à la faveur de l’opération Serval. La France interdisait alors à l’armée tchadienne de désarmer ses protégés, et à l’armée malienne de reprendre pied à Kidal. »;
    – « En mars 2013, Christian Royer, l’ambassadeur en poste qui faisait l’unanimité au Mali était rappelé à Paris sans ménagement pour être remplacé par Gilles Huberson, un spécialiste des prises d’otages issu de Saint-Cyr dont Moussa Ag Acharatoumane, l’un des principaux dirigeants du MNLA devait affirmer sans être démenti dans les colonnes du Monde du 14 novembre 2013 qu’il était depuis septembre 2012 « l’émissaire secret du Quai d’Orsay », auprès de son mouvement… »;
    – « Paris devait par la suite comprendre que ses encombrants alliés étaient incapables de lui apporter le moindre soutien, l’enlèvement puis l’assassinat à Kidal le deux novembre 2013 de deux reporter de RFI qui sortaient de chez un cadre du MNLA mettant finalement en lumière l’incapacité des rebelles touareg à sécuriser la ville. »;
    – « Le tropisme « touarégophile » de l’élite de l’espionnage à la française, fascinée par les vertus guerrières des « hommes bleus », vient de loin. « Affaire de génération, admet un ancien officier de la « Piscine ». Nombre de gradés aujourd’hui aux commandes ont côtoyé les chefs des rébellions des années 1990, au Niger comme au Mali. Et plus d’un en a gardé une forme de nostalgie coloniale. En ce temps-là, nous jugions à tort ou à raison nos interlocuteurs représentatifs et leur cause noble et légitime. »;
    – « Peut-on à la fois prôner la restauration de l’intégrité territoriale du Mali et entraver le déploiement vers le nord de l’armée nationale, si embryonnaire soit-elle ? A ce jeu-là, la France court le risque de se voir coincée entre le marteau et l’enclume… A Bamako, on lui reproche sa complaisance envers les « enturbannés », surnom peu flatteur des Touareg, et leurs chimères indépendantistes. »;
    – « Tout porte à croire que Ghislaine Dupont et Claude Verlon doivent leur mort atroce – vécue comme une honte ineffaçable au sein de la communauté touareg – à un enlèvement crapuleux perpétré par des « sous-traitants » mafieux MNLA désireux de monnayer leur butin humain et qui aurait mal tourné. Ont-ils aussi, comme le soutient un praticien chevronné de la galaxie djihadiste, payé de leur vie les « erreurs de gestion de la France à Kidal;
    – « Deux certitudes. D’abord, le statu quo, autre nom du pourrissement, y serait l’allié le plus sûr du terrorisme. Ensuite, qu’on le veuille ou non, Paris aura du mal à se délester de ce fardeau. « C’est à la France, décrètent en chœur trois chefs touareg, par ailleurs rivaux, qu’incombe la responsabilité d’imposer un règlement. Elle en a le pouvoir. » Le devoir, sans doute. Le pouvoir, pas sûr. « Kidal est le nœud gordien qu’il faut trancher », a asséné, le 10 novembre 2013, sur RFI, cheikh Oumar Diarrah. La formule illustre l’étroitesse de la ligne de crête que doit emprunter le Mali nouveau : l’homme qui l’a prononcée est ministre de la Réconciliation. »

    Sincèrement

  • Gervais Coppé

    Ce long commentaire est une analyse chronologique minutieuse et pertinente d’une situation dont la pourriture est bien avancée. Depuis le soutien de la DGSE, de ses services spéciaux (années 90) jusqu’au piège dans lequel sont tombés Serval puis Barkhane au nom de la « touaregophilie » des officiers français, héritiers et porteurs de la nostalgie coloniale. Maintenant c’est à l’administration (civile et militaire) de l’Etat malien de faire respecter un ordre républicain, non mafieux, dans une région qui ne vit que par les très lucratifs trafics : de drogues, des armes, des migrants, de carburants, et de vivres. Avec la complicité tacite de l’Algérie…Encore faudra-t-il que cette administration mérite le respect par sa loyauté et son respect envers les populations.

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