booklet 8 pages

QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

Lire la suite

TERRITOIRES ET ACTIONS

Commentaires

La France redéploie son dispositif sécuritaire au Sahel

LE MONDE |   |Nathalie Guibert (Faya-Largeau (nord du Tchad), envoyée spéciale)

C’est une oasis verte dans le désert tchadien, avec quelques centaines d’habitants, des maisons de boue séchée au milieu des palmiers dattiers, mais aussi une piste d’atterrissage impeccable. A 1000 km au nord de N’Djamena, la capitale, 350 km, seulement, de la frontière sud de la Libye, la petite bourgade de Faya- Largeau sera l’un des points importants du nouveau dispositif sécuritaire français au Sahel.

Le lieu est stratégique car il est situé au carrefour des grandes routes traditionnelles de la bande sahélo-saharienne. Il a déjà une longue histoire militaire. Gisent dans le sable, ici une carcasse de char libyen, là des douilles rouillées de mortier, ultimes traces des derniers combats qui, en 1983, ont opposé soldats libyens d’un côté, tchadiens et français de l’autre.

 A Faya-Largeau, où s’est rendu vendredi 3 janvier le ministre français de la défense, Jean-Yves Le Drian, Paris adapte sa stratégie face au terrorisme d’Al-Qaida et de ses affidés dans la région. M. Le Drian a annoncé au président Idriss Déby l’intention française de garder cet avant-poste, où se relaient déjà 30 soldats. Mi-octobre 2013, deux Rafale et un avion de transport C-130 s’étaient posés sur la petite base, dont la piste peut accueillir des gros-porteurs.

Du Sénégal à Djibouti, l’ensemble des positionnements de l’armée française en Afrique est en cours de réexamen. Les ministres des affaires étrangères et de la défense s’emploient à en dessiner les nouveaux contours, avec les chefs des Etats concernés. Tandis que Laurent Fabius rencontrait Paul Biya au Cameroun à l’occasion de la libération de l’otage Georges Vandenbeusch, Jean-Yves Le Drian a échangé une nouvelle fois avec les présidents malien, nigérien et tchadien au cours d’une visite de plusieurs jours dans la région.

La guerre de Libye a dispersé les groupes criminels et djihadistes dans le Sahel, imposant une adaptation. Le Sud libyen est le nouveau point d’inquiétude. Paris veut ainsi convaincre ses partenaires européens de consacrer des moyens – surveillance des frontières notamment – à cette « zone grise » hors de tout contrôle.

La guerre au Mali, elle, a détruit le sanctuaire d’AQMI dans le massif des Ifoghas au nord et ôté toute capacité d’action coordonnée aux différents groupes. Mais elle a laissé des combattants épars (du Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest, le Mujao, ou du groupe Al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar), évalués au plus à quelques centaines. Le but est de les empêcher de se réinstaller.

Pour mieux surveiller, et au besoin agir, il s’agit de « se rapprocher du problème », dit-on dans l’entourage de M. Le Drian. La logique affichée est celle de la « souplesse », avec un ensemble de points d’appui disséminés sur tout le nord de la bande sahélienne, prêts à lancer des opérations.

« Il faut des capacités à faire bouger rapidement nos pions », explique un diplomate. Parallèlement, la défense veut renforcer les coopérations directes avec les armées africaines. Il ne s’agit plus de former des forces locales – l’Union européenne peut s’en charger comme elle le fait avec la reconstruction de l’armée malienne –, mais de les appuyer concrètement sur le terrain, avec des détachements français insérés dans les unités nationales.

Jean-Yves Le Drian, ministre français de la défense, le 3 janvier 2014 au Tchad.

Comme les moyens sont limités, les pré-positionnements les plus anciens pourraient voir leur effectif diminuer. La répartition des forces doit faire l’objet d’arbitrages présidentiels prochainement.

Le puzzle comprendra ainsi les « pôles de coopération » anciens, bases capables de piloter de grosses opérations ou d’être des réservoirs de forces – Dakar, N’Djamena, Libreville, Djibouti –, à côté de points d’entrée côtiers – Douala au Cameroun et Abidjan – pour acheminer des renforts, et de points d’appui, nombreux, plus ou moins importants au gré des besoins, armés le plus souvent de forces spéciales : Atar en Mauritanie, Gao et Tessalit au Mali, Ouagadougou au Burkina Faso, et, au Niger, Niamey (le tout nouveau pôle dévolu aux drones et au renseignement qu’a visité aussi M. Le Drian le 2 janvier) ainsi que plusieurs autres points au nord-est du pays. Là, il s’agit d’avoir un oeil sur la passe de Salvador et le plateau du Mangani, les lieux de passage de tous les groupes criminels. Paris prévoit une « très forte coopération opérationnelle » avec les forces nigériennes qui vont devoir se déployer davantage à leur frontière nord-est.

Lire aussi l’interview du président du Niger : Mahamadou Issoufou : « Le Niger est un verrou pour sécuriser le Sahel »

Au Tchad, il y aura donc quatre points possibles. La plate-forme de N’Djamena d’abord, où stationnent six chasseurs français et un état-major capable de coordonner toutes les opérations aériennes françaises dans la région. Faya-Largeau ensuite, qui permettra d’avoir un oeil sur une zone prioritaire, le Sud libyen, la zone grise dans laquelle se sont repliés de multiples éléments djihadistes chassés du Mali. Mais l’oasis, où stationnent pas moins de 800 soldats et gendarmes tchadiens, est encore loin de la Libye et, à terme, d’autres postes pourraient être utilisés plus au nord encore.

Le massif du Tibesti est tout proche. Pour l’heure, aucune implantation djihadiste n’y est notée, et sa population, des Toubou, ne semble pas perméable à une telle installation. Mais Al-Qaida a déjà tenté de se fixer dans cette zone de hautes montagnes il y a moins de dix ans.

On compte aussi un camp français à l’aéroport d’Abéché, à l’est du pays, où l’opération « Epervier » est active depuis bientôt trente ans comme à N’Djamena. Enfin, la petite ville de Zouar, elle aussi un point de passage historique au nord, pourrait abriter une petite infrastructure. Le colonel Leclerc y est passé au cours de sa longue route vers Paris en 1940, avant de libérer la France. L’armée française, pour qui le Tchad est le pays le plus meurtrier des opérations extérieures depuis 1963, ravive ainsi dans le cadre du contre-terrorisme le souvenir de ses implantations historiques

Envoyer un commentaire