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Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
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TERRITOIRES ET ACTIONS

Le Mali, fin 2017-Hélène Claudot-­Hawad

Héléne Claudot-­Hawad-Rapport GITPA – Groupe International de Travail pour les Peuples Autochtones

L’Etat du Mali en 2017 approche les 19 millions d’habitants. Sa démographie a presque quadruplé en 57 ans. Les Touareg, Amazighs du désert, habitent les régions administratives de Kidal, Tombouctou et Gao, au nord du Mali. Cet espace (appelé Azawad par les Touareg) représente les 2/3 des 1,24 millions de km2 du territoire malien. D’autres Touareg vivent dans les Etats limitrophes (Niger, Algérie, Libye, Burkina Faso).

En 1960, lors de la création du Mali, les Touareg représentaient 10% de la population malienne. Sans statistiques fiables, ce pourcentage a été amoindri dans les discours officiels en fonction des conflits qui ont opposé les Touareg à l’Etat malien, jusqu’à réduire leur nombre à 3% de la population globale, un chiffre difficilement crédible.

Le Mali, dont la langue officielle est le français, reconnaît la diversité culturelle dans sa Constitution.

Le Pacte national1, signé avec les fronts armés touaregs en 1992, a reconnu la spécificité des régions habitées par les Touareg mais, concrètement, ces dispositions n’ont pas été mises en œuvre. Le Mali a voté en faveur de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP). Cependant, l’état du Mali ne reconnaît pas l’existence des peuples autochtones sur son territoire au sens de la DDPA et de la Convention n ° 169 de l’OIT concernant les peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants.

Une situation de crise aggravée et un Accord de paix dans l’impasse

En 2017, le Mali s’est enfoncé dans une crise politique, sécuritaire, économique et sociale qui n’a fait que s’aggraver depuis cinq ans. Les attaques armées se sont multipliées au nord et ont gagné désormais le centre du pays tombé sous l’emprise de mouvements djihadistes qui recrutent dans les milieux peuls déshérités. Les attentats islamistes n’ont pas épargné la capitale avec la prise d’otages à l’hôtel Radison à Bamako en juin 2017.

Le processus de décentralisation prévu dans l’Accord de paix d’Alger de 2015 s’est bloqué à plusieurs niveaux.1

Sur le plan constitutionnel, les dispositions nécessaires à l’application de l’Accord ont été supprimées du projet de révision de la Constitution, au profit de mesures renforçant les pouvoirs présidentiels. A cause de la contestation populaire, le referendum qui devait valider la révision constitutionnelle en 2017 a été reporté sine die.

Sur le plan social et politique, la stratégie menée par le gouvernement malien et d’autre États afin de multiplier les groupes armés pour contrer et minoriser les indépendantistes a créé une situation chaotique dont les civils ont été les principales victimes.

De plus, le dialogue s’est trouvé compromis par le déséquilibre créé entre les parties en conflit. Face aux mouvements pro-­‐Azawad rassemblés au sein de la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad)2, ont été inclus dans les négociations de paix plusieurs groupes pro-­‐gouvernementaux subventionnés par Bamako et regroupés en 2014 sous le nom de Plateforme3.

D’autre part, malgré la pression algérienne en faveur du groupe djihadiste “local” Ansar Dine, ce mouvement touareg anti-­‐indépendantiste na pas été admis à la table des négociations, pas plus que le MUJAO, Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de lOuest. Ces groupes armés dinspiration salafiste, affiliés à AQMI (AlQda au Maghreb Islamique), se sont redéployés au centre du Mali et ont fusionné en mars 2017 avec dautres mouvements djihadistes sous le nom de Nusrat alIslam walMuslimin (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans).

Misant sur le pourrissement de la situation, le gouvernement malien s’est montré passif dans l’application de l’Accord d’Alger, ce qui a poussé le Conseil de sécurité des Nations unies à employer la menace de sanctions 4. C’est sous la pression internationale que la concrétisation de certaines mesures a débuté avec difficulté en 2017. L’installation des autorités intérimaires dans les cinq régions du nord a ravivé les conflits entre mouvements signataires de l’Accord, mouvements plus récents exigeant d’y être inclus a posteriori, et enfin groupes dits “terroristes” exclus des négociations. Ces derniers ont opéré des attaques destructrices contre les groupes signataires participant aux patrouilles mixtes avec les forces armées maliennes5.

Notons que la Commission d’enquête internationale sur les violations des droits de l’homme perpétrés par les différents acteurs du conflit depuis 2012-­‐2013, n’a toujours pas été mise en œuvre alors qu’elle était prévue dans l’Accord de 2015.

Finalement, les élections locales et régionales, qui devaient se tenir le 17 décembre 2017, ont finalement été reportées au mois d’avril 2018, y compris les communales partielles, qui devaient se tenir dans une cinquantaine de communes n’ayant pu voter en novembre 2016. L’échéance électorale de 2018 pour les présidentielles attise chez les partis politiques en concurrence de virulentes remises en cause de l’Accord de 2015 signé par le président actuel. Cette instrumentalisation de la question du nord à des fins politiques ne facilite pas l’application des timides mesures de décentralisation prévues dans l’Accord.

Insécurité, situation humanitaire et violations des droits de l’homme

L’état d’urgence en vigueur au Mali depuis 2015 a été prolongé par le gouvernement à deux reprises en avril et octobre 2017. La situation en matière de sécurité n’a connu aucune amélioration par rapport à l’année 2016 où sont présentes les mêmes tendances (see Iwgia 2016 Report).

Le nombre de réfugiés dans les Etats limitrophes (Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Algérie) est évalué fin 2017 à 142 386 6, soit 3000 de plus qu’en 2016 ; 58 594 personnes sont déplacées en interne ; et 498 170 sont retournées au pays7.

Beaucoup d’entre eux sont des Touaregs, des Arabes et des Peuls qui ont perdu leur bétail, leurs récoltes ou leurs magasins dans des pillages et des attaques de vengeance.

Parmi les familles de retour chez elles, plusieurs ont été contraintes de revenir dans les camps de réfugiés à cause de l’insécurité ambiante. Certaines ont témoigné avoir été à nouveau violentées et dépouillées de leurs maigres ressources par les militaires maliens eux-­‐mêmes censés les protéger des bandits et des “terroristes”8.

En 2017, les groupes djihadistes ont sommairement exécuté plusieurs agents du gouvernement local et membres des groupes armés de l’Azawad qu’ils accusaient d’être des informateurs du gouvernement. Leurs attaques perpétrées contre les Casques bleus de la MINUSMA ont fait 23 morts et 103 blessés. Six otages étrangers sont encore détenus par les groupes islamistes (deux ont été libérés en 2017). En novembre, 11 membres de la force de sécurité malienne enlevés en 2016 et 2017 ont été involontairement tués lors d’une frappe aérienne française visant des Islamistes armés.

Un nombre important de violations des droits de l’homme à l’égard des populations locales (parmis lesquelles on compte pluseiurs autochtones), et en particulier dans les zones nomades isolées, a été relevé en 2017. Selon le rapport 2018 de Human Rights Watch (Mali Events of 2017), des militaires maliens auraient tué au moins 15 suspects qu’il ont enterrés dans des fosses communes, et en auraient fait disparaître plus de 25 autres. Des dizaines d’autres suspects ont fait l’objet de mauvais traitements graves lors d’interrogatoires. De nombreuses personnes (hommes et enfants) suspectés de « terrorisme » ont été détenues par l’Agence nationale de renseignement au mépris de la loi. Certains membres des forces de sécurité ont été impliqués dans des vols et extorsions de biens, notamment des détenus9. Aucune enquête n’a été ouverte par les autorités judiciaires sur les abus que continuent de commettre les forces de sécurité à l’encontre de civils. En 2017, la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), créée par Décret présidentiel en 2014, a finalement commencé à prendre en charge les déclarations des victimes d’exactions commises pendant le conflit armé de 2012-­‐13 (plus de 5000 témoignages enregistrés).

Corrélativement au contexte chaotique du nord et du centre où seule règne l’autorité des armes, l’accès aux services sociaux de base (santé, protection, justice, éducation) – qui était déjà mal assuré avant l’insurrection de 2012 à cause de la corruption généralisée -­‐ n’a repris que de manière très limitée10. En 2017, beaucoup d’écoles restent fermées dans les régions de Gao, Tombouctou et Kidal.

Le caractère incessant des violences armées, qu’elles soient ”légitimes” ou non11, et du banditisme qui prolifère ont créé un climat de terreur pour les civils privés de moyens de protection. Plusieurs ont été tués au cours de ces affrontements armés ou encore dans l’explosion des nombreuses mines enfouies sur les axes de circulation.

Abandonnée à elle-­‐même, la population endure la pauvreté, le dénuement, les traitements dégradants et la peur de vaquer à ses occupations. Les déplacements nécessaires à la survie sont périlleux (accéder aux pâturages pour les troupeaux, aux ressourcesdecueillette,auxpuitsetauxmarchés).

Par ailleurs, la pression des djihadistes reste forte en milieu urbain et contraint les habitants à changer de pratiques sociales (comportements entre hommes et femmes notamment), à abandonner l’éducation scolaire12, à renoncer à leurs activités culturelles musicales et poétiques, à changer d’apparence, à adopter de nouvelles façons d’être ”musulmans”.

Les forces internationales

Depuis l’intervention militaire de la France au Mali début 2013 pour “détruire les terroristes”, les autorités maliennes ont délégué la défense de l’Etat et de son territoire aux puissances étrangères ou internationales. Celles-­‐ci ont installé sur les terres autochtones à Gao, Tombouctou, Kidal et Tessalit des bases militaires servant à la force française Barkhane, à la Minusma (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali) et à l’EUTM Mali (European Union Training Mission).

En 2017, la constitution d’une force militaire africaine au Sahel a pris corps. Réunis à Bamako en juillet 2017, les cinq Etats membres du G5 Sahel (Mauritanie, Niger, Mali, Tchad et Burkina Faso) ont officialisé le lancement de la force militaire conjointe transfrontalière (FC-­‐G5S). La première opération militaire a eu lieu en novembre 2017 aux côtés de l’armée française dans la région transfrontalière du Liptako-­‐Gourma à la croisée du Mali, Niger et Burkina Faso13. Pour financer la force du G5 Sahel et la rendre opératoire, une aide décisive a été apportée fin 2017 par l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, à laquelle s’ajoute une promesse d’aide des Etats-­‐Unis14.

En conclusion, ni l’intervention militaire française de 2013 au Mali, ni l’instauration d’un nouveau gouvernement “légitime”, ni la présence de troupes militaires internationales, ni le renforcement des moyens logistiques et les programmes de formation de l’armée malienne, n’ont abouti en 2017 à chasser les “terroristes” ou à rétablir la paix. Les violences dites “inter-­‐ethniques” et “intertribales” se poursuivent, les djihadistes liés au narcotrafic n’ont pas interrompu leurs activités supra-­‐frontalières, certains en connivence avec des représentants haut placés des Etats de la région. Seul l’Etat malien chancelant (dont le gouvernement avait été renversé par un putsch en avril

2012) a été sauvé de la désintégration par le déploiement des forces militaires internationales et semble, jusqu’à aujourd’hui, ne pas être capable de se maintenir sans leur tutelle.

Hélène Claudot-Hawad est une anthropologue française, directrice de recherche honoraire au Centre National de la Recherche Scientifique. Elle est l’auteur de nombreux articles et ouvrages sur le monde touareg (dont Touaregs. Voix solitaires sous l’horizon confisqué, Ethnies, Survival International, 1996). Elle a mis en libre accès une grande partie de sa production scientifique (https://cv.archives-ouvertes.fr/helene-claudot-hawad).Elle est membre du réseau des experts du GITPA pour l’Afrique

Source : IWGIA 2018 Indigenous World

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Notes et références

1 Malgré quelques mesures symboliques comme l’installation d’autorités intérimaires, notamment à Kidal en août 2017 ou le début de la formation des patrouilles mixtes.

2 Coalition formed of the MNLA (National Movement for the Liberation of Azawad), HCUA (High Council for

Unity of Azawad) and MAA (Arabic Movement for Azawad) dissident.

3 La Plateforme regroupe les mouvements suivants: Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA) ; Coordination des Mouvements et Fronts patriotiques de résistance – formée de Ganda Koy une milice en majorité songhay créée après le Pacte National de 1992 qui s’est illustrée par ses violences contre les” rouges” (désignant les Tuareg et Maures à teint clair) ; Ganda Izo et les Forces de libération des régions du nord Mali ; Mouvement arabe de l’Azawad (en partie) ; Mouvement populaire pour le salut de l’Azawad ; Front populaire de l’Azawad.

4 AFP 25/01/18

5 Un attentat-suicide à Gao en janvier 2017, revendiqué par AQMI, a tué près de 80 combattants des groupes signataires réunis dans la base militaire des Casques bleus pour le démarrage des patrouilles mixtes.

6 Mali | Bulletin humanitaire août – novembre 2017

7 UNHCR, Operational Update Mali October 2017.

8 Pour rappel, dans les trois mois à peine suivant l’intervention française Serval en 2013 qui avait permis aux militaires et aux miliciens maliens de se réinstaller dans l’Azawad, l’ARVRA (Association des réfugiés et victimes de la répression de l’Azawad) dénombrait « 1.585 personnes identifiées, victimes d’exactions dont 295 individus tués et 123 enlevés ainsi que 1.170 personnes dont les boutiques, domiciles et biens ont été pillés, 1387 têtes de bétail enlevées, plus de 575 millions de FCFA volés, 50 tonnes de céréales pillés ou détruits, 27 puits empoisonnés, etc ». (Bilan du 28/03/2013). L’enquête internationale réclamée par les réfugiés sur les violences perpétrées par l’armée et les milices paramilitaires entre 2012 et 2013 n’a pas abouti jusqu’à aujourd’hui.

9 Human Rights Watch 2018 Report

10 UNHCR Operational Update Mali October 2017

11 Qu’il s’agisse des luttes entre groupes armés, des rafles de l’armée, des interventions aériennes et terrestres de Barkhane, des assassinats ciblés de ”terroristes” par les services secrets français, algériens et maliens, des attaques djihadistes et des attentats suicide.

12 Dans la région de Tombouctou, par exemple, le nombre d’écoles fermées sous la pression des islamistes a

augmenté passant de 53 en 2016 à 65 en 2017 (UNHCH oct. 2017).

13 04-11-2017, RFI (Radio France Internationale)

14 AFP (Agence France Presse), 13 décembre 2017.

4 commentaires pour Le Mali, fin 2017-Hélène Claudot-­Hawad

  • AG AZAMANE

    Je suis ahuri par l’affirmation de Madame Héléne Claudot-­Hawad-Rapport GITPA – Groupe International de Travail pour les Peuples Autochtones (du Sahara, j’ajoute, NDLR), je cite: « Les Touareg, Amazighs du désert, habitent les régions administratives de Kidal, Tombouctou et Gao, au nord du Mali. Cet espace (appelé Azawad par les Touareg) représente les 2/3 des 1,24 millions de km2 du territoire malien… » qui écrit que « les »- même pas « des » – donc tous les touaregs, d’après cette anthropologue française mariée à un historien touareg du Niger, appellent « Azawad » les régions de Kidal, Tombouctou et Gao que leurs habitants autochtones originaux appellent, respectivement « Adghagh, Affala/Aouza et Songhoï/Tilemsi/Ezawagh.

    Je copie ce qui suit à la bonne attention de Madame Héléne Claudot-­Hawad-Rapport GITPA – Groupe International de Travail pour les Peuples Autochtones qui s’appellent « ceux du Sahara » et non de l’Azawad:

    « Pour me compléter sur ce qu’est le terme Azawad, je copie le point de vue « scientifique » d’un expert en la question, il s’agit de l’anthropologue français André Bourgeot (chercheur-historien au CNRS), spécialiste des sociétés touarègues du Sahara qui, dans un ouvrage collectif auquel il a contribué et intitulé « le Mali entre doutes et espoirs, réflexions sur la Nation à l’épreuve de la crise du Nord » édité par les Editions Tombouctou en 2013, dans le chapitre « Rébellions et djihadisme dans le septentrion malien » qu’il a rédigé, dans le sous-titre « Quid de l’Azawad ? » (Pages 35 à 37) donne la clarification politico-sémantique à propos de la notion d’Azawad, je le cite : « Quid de l’Azawad ?
    Il importe d’emblée de procéder à une clarification politico-sémantique à propos de la notion d’Azawad. Sa racine linguistique est azawa qui désigne un récipient plat, en bois, dans lequel on mange. Par extension, il a donné une connotation de géographie physique caractérisant tout relief plat : la plaine sur le plan ethno-géographique, l’appellation concerne l’espace situé autour de Tombouctou et sillonné par les pasteurs maures Barabiche et Tormoze. Sa superficie est d’environ 380km2. A l’Est de cet espace se situe l’Ezawagh essentiellement parcouru par les kel Tamasheqh Iwullimiden de l’Ouest. Plus à l’Est apparait l’immensité du Tamasna où nomadisent des kel Tamasheq maliens, algériens et nigériens. Telles sont les catégories spatiales endogènes. Ces appellations ne constituent pas des territoires. Mais, sous l’effet de nouveaux enjeux politiques, des processus de transformation d’espace en territoires sont actuellement en œuvre et tendent à se métamorphoser en des forme d’ethno-territorialisation au sein desquelles émergent de nouveau pouvoirs locaux visant à contrôler ces nouvelles forme de territorialités notamment à propos de l’acheminement des drogues illicites. Du point de vue mauritanien, ce terme désigne tout l’espace qui se situe à l’Est de sa frontière avec le Mali, sans établir de distinction, sans y accorder de dimension « ethnique ». Ce type de classification « englobante » et exogène est banale et très fréquente.
    Sur le plan administratif, l’appellation recouvre les régions de Tombouctou, Gao et Kidal.
    Sur le plan historique, Azawad n’a aucun fondement. En effet, il n’a jamais existé de chefferie, de royaume ou d’empire portant ce nom.
    En conséquence, cette appellation est une construction politique qui obéit aux objectifs des rébellions touarègues (celle des années 90, 2006 et plus particulièrement celle de 2012) qui sont à la conquête d’un territoire. Cette construction apparait au début des années 90 : les maliens découvrent l’existence de l’Azawad par la voie d’une radio française spécialisée dans l’international, diffusant l’existence de plusieurs fronts visant à la libérer. Il s’agit là d’un factoïde politique, c’est-à-dire de la création et de la divulgation sensationnaliste d’un fait fictif dans l’intention délibérée de créer un impact dans l’opinion publique et de l’influencer. Il s’agit d’un phénomène manipulé et manipulateur qui ne deviendra réalité qu’une fois divulgué par la presse.
    Cette manipulation historico-politique tend à masquer la réalité historique et, en même temps, dévoile la fragilité des revendications politiques, les affaiblissent et conduisent à qualifier cette manipulation d’imposture scientifique et de réécriture de l’histoire.
    Les propagandistes du MNLA la présentent comme le territoire de leurs ancêtres : il s’agit là d’une grave imposture historique. Les fondements politico-historiques de cette tromperie visent à légitimer ce mouvement et le bien-fondé de leur accusation de colonialisme et de colonisation perpétrée par le Mali dont ils veulent se soustraire afin de reconquérir le territoire de leurs ancêtres confisqué par les « Maliens » selon leur terminologie. Or, il s’agit clairement d’une conquête territoriale et non d’une « reconquête » d’un territoire qui aurait été confisqué et accaparé par le « Mali ».
    On observera que les logiques de conquêtes, et d’expansion chez les kel Tamasheq ne visent pas à des conquêtes territoriales mais à soumettre des populations vaincues, car en contrôlant des populations on contrôle des territoires : l’être humain étant l’appendice du territoire. En effet, l’objectif premier des stratégies de domination étant d’assujettir des populations ce qui est en adéquation avec les dynamiques politiques décrites précédemment et avec les rapports sociaux qui régissent ces sociétés.
    Actuellement, cette stratégie est inversée par le MNLA car il s’agit pour ce mouvement minoritaire de conquérir un territoire (l’Azawad) et d’imposer par les armes sa suprématie sur des populations qui, majoritairement, condamnent la déclaration unilatérale d’indépendance. Le recours à la propagande de reconquête du territoire présenté comme celui de leurs ancêtres permet de légitimer ses objectifs d’indépendance : l’histoire st trop souvent un enjeu politique d’où la nécessité de prendre au sérieux l’interjection du Sphinx à Œdipe : « Comprends ou tu seras dévoré » …
    Une vigilance terminologique s’impose et ce terme AZAWAD doit être récusé par l’Eta malien : Azawad ne peut être un référant d’autant qu’il est anticonstitutionnel.
    Il appartient au chercheur-citoyen de rétablir les faits resitués dans leur contexte d’apparition. Les relations entre le politique et la science (quelles qu’en soient les disciplines) sont souvent houleuses et les tentatives de détournements de celle-ci à des fins de politique partisanes, sont légions. Histoire, sémantique et démographie constituent des enjeux politiques majeurs auxquels le septentrion malien n’échappe pas.»

    Sincèrement

  • In Allaghen Ag Alla

    C’est quand même terrible, cette fixation sur le toponyme « AZAWAD » et ses différentes acceptions!!!

  • AG AZAMANE

    Je ne le ferai pas dire une énième fois, cher ami In Allaghan.

    C’est une crispation du genre « germes indécrottables » chez les Ichoumar qui sont, en ce moment, requinqués et hyper sustentes par IBKRATIE-SANS SOUCIS que « sa Famille d’abord et les rebelles ensuite » ne sont que les préoccupations des 5 prochaines années à venir, Incha’Allah!

    Sincèrement

  • Gervais Coppé

    Le constat désespérant que dresse Ag Azamane en se fondant aussi sur l’expertise de André Bourgeot se trouve ici confirmé par la politique de démantèlement de l’État malien (renouvelée pour cinq ans ?). Que la voix de Mme Claudot-Hawad s’associe au choeur des naufrageurs du Mali n’est qu’un rappel de ses convictions déjà anciennes.

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