booklet 8 pages

QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

Lire la suite

TERRITOIRES ET ACTIONS

Le statut de Kidal : Qui ça gêne et pourquoi ?

Abdoulahi ATTAYOUB-maliweb

Le débat à propos du statut de Kidal est bel et bien à situer dans un contexte précis qui est celui des enjeux politiques dans la sous-région, au-delà de la question sécuritaire et de la présence djihadiste.

Dans l’esprit de beaucoup, Kidal est, depuis les années 60, le symbole de la résistance à toute domination idéologique et politique de l’espace sahélo-saharien. Les derniers assauts politiques contre Kidal ne visent en réalité pas que les « terroristes » mais ce symbole d’une résistance qui dérange encore dans certains cercles qui ont trop longtemps abusé de la configuration politique léguée par l’ancienne puissance coloniale au Mali et au Niger.

Les propos surprenants du président Mahamadou Issoufou contre le statut de Kidal révèlent une erreur d’appréciation de la situation politique au Mali. Ces dérapages, contrôlés ou pas, pourraient susciter l’incompréhension au-delà du Mali. Quel type de « retour de l’État malien à Kidal » pourrait ramener la quiétude plus que ne le font les différentes forces déjà en place ? Pourquoi l’Etat malien serait-il plus efficace à Kidal qu’il ne l’est à Mopti ou à Ségou ? L’exigence de clarté dans les rapports de certains Mouvements avec les djihadistes aurait pu être étendue à l’ensemble des acteurs signataires des accords d’Alger. Il aurait été également légitime de se poser la question des accointances qu’auraient d’autres acteurs, notamment étatiques, avec la criminalité organisée quel que soit par ailleurs son habillage.

Ce sont plutôt ces prises de position contre le « Statut actuel de Kidal » qui pourraient constituer une menace sur l’ensemble de la sous-région car elles pourraient avoir comme conséquences de torpiller les efforts de la communauté internationale à apaiser les tensions politiques pour une plus grande efficacité dans la lutte contre les différents types de violence. Si le Niger connaît l’identité des personnes responsables d’actes de violence commis sur son territoire et qui se retrouveraient au Mali, il est tout à fait légitime qu’il demande aux autorités maliennes une collaboration judiciaire dans le cadre du droit international ou d’éventuels accords qu’ils pourraient avoir en la matière. Le reste est un problème malien que le Niger n’a aucun intérêt à secouer au risque de se créer d’autres animosités et ouvrir une autre boite de pandore. Il est difficile en effet, de percevoir l’intérêt du Niger à endosser un rôle agressif et désobligeant vis-à-vis de certaines parties du conflit qui oppose l’Etat de Mali à l’Azawad, alors que tout le prédestine plutôt à y jouer un rôle de facilitation et d’apaisement.

Les acteurs de terrain et de la scène internationale savent que du sort de Kidal dépendra la stabilité de la sous-région. C’est en effet un enjeu majeur dont la portée dépasse les querelles internes à l’Azawad et le rôle réel ou supposé que pourrait y jouer telle ou telle communauté. Les courants idéologiques récents qui traversent tout le Sahel posent d’autres questions auxquelles les populations de Kidal comme celles de Kayes, d’Agadez ou de Dosso sont potentiellement confrontées au même titre.

L’Etat malien n’a pas convaincu quant à sa capacité à administrer ce territoire et à y garantir la sécurité de la population. Il ne faut jamais perdre de vue que la plupart des réfugiés qui ont fuit le Mali en 2012, craignaient plus l’armée nationale que les groupes « terroristes. La mémoire collective des communautés de l’Azawad ne retient de la présence de l’Etat malien que le comportement antinational et antipatriotique de son Armée et de ses milices dans les années 90. Il faudra donc convaincre ces populations que l’Etat a évolué dans ses rapports avec elles.

La lutte contre l’insécurité nécessite par conséquent, un effort réel et effectif de la communauté internationale afin de réduire les tensions politiques internes qui favorisent l’implantation de groupes armés et le développement de la violence. Le réalisme politique commande à chaque pays d’adapter ses velléités guerrières à ses capacités politiques et militaires dans le respect de ses engagements internationaux. Cela suppose une approche sincère et responsable de sa propre gouvernance pour contribuer à faire baisser le niveau des risques dans la sous-région. Les discours va-t-en-guerre relèvent souvent plus de la diversion et de l’agitation politicienne que de la recherche d’une véritable solution aux problèmes évoqués. La gestion des questions sécuritaires actuelles ne pourra pas faire l’économie d’un traitement de fond des problèmes politiques et de gouvernance, posés dans la zone depuis les indépendances.

Les pays de la zone sahélienne, notamment le Niger et le Mali, gagneraient plus à s’attaquer à leurs contradictions internes et aux lourdeurs politiques qui brident leur développement et les exposent aux menaces de toutes sortes. Il apparait aujourd’hui que les djihadistes recrutent sur un terreau rendu fertile par l’injustice, le clientélisme et un niveau de corruption qui rendent inefficaces les politiques publiques de paix et de développement.

 

Abdoulahi ATTAYOUB

aabdoulahi@hotmail.com

Lyon France 12 septembre 2019,https://www.maliweb.net/contributions/le-statut-de-kidal-qui-ca-gene-et-pourquoi-2838657.html

1 commentaire pour Le statut de Kidal : Qui ça gêne et pourquoi ?

  • Wartehen-Ghaçan

    Il faut le rappeler: tant en 2014, qu’en ce mois de Septembre 2019, « Kidal demeure encore le nœud gordien qu’il faut trancher », formule assénée, le 10 novembre 2013, sur RFI, par Cheikh Oumar Diarrah, ministre de la Réconciliation du premier Gouvernement de IBK élu en Septembre 2013».

    Pour Francis Simonis, historien, spécialiste de l’Afrique occidentale et du Mali qui enseigne à l’Institut des Mondes Africains, basé à Aix-en-Provence(France), dans des articles de presse française intitulé « Paris dans le piège de Kidal », je cite quelques passages:
    – « Pourquoi Serval a concédé de facto aux combattants prétendument laïques du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) le contrôle d’une cité « rebelle » dont les avaient chassés leurs ex-alliés islamistes d’Ansar-Eddine en Janvier 2012? Pour prévenir les affrontements qu’aurait déclenchés le retour brutal d’une armée malienne « sudiste » honnie par les rebelles touaregs ; c’est la raison humaniste et protectrice des « Hommes Bleus Sahariens » avancée par Serval pour éluder les bonnes questions. »;
    – « Sans nul doute, la vraie raison occultée par Serval, c’est le souci de s’assurer le concours des séparatistes touaregs, utilisés mercenaires-guides et pisteurs sahariens « es qualité » pour arracher les otages français aux griffes d’AQMI et de ses satellites. Mais l’heureux dénouement du calvaire des kidnappés d’Arlit (Niger) ne doit rien au MNLA, lequel n’a pas tenu ses promesses faites à Serval de sécuriser la ville de Kidal, perméabilisée aux terroristes par la seule présence des mercenaires touaregs qui ne sauraient être que des bandits armés, des brigands sahariens aux « gènes vandales génétiquement non modifiables » qui vendraient leur âme au diable. »;
    – « Il ne fait plus aucun doute aujourd’hui que Serval a cru pouvoir s’appuyer sur le MNLA pour conduire le combat contre AQMI et récupérer les otages français du Sahel. La marionnette, malheureusement, a filé entre les doigts de ses protecteurs, et en janvier 2012 elle s’est lancée à l’offensive contre l’armée malienne avec l’aide des islamistes. »;
    – « Quelques mois plus tard, le MNLA était taillé en pièce par ses alliés de la veille et disparaissait de la scène malienne. Il devait y revenir en janvier 2013 à la faveur de l’opération Serval. La France interdisait alors à l’armée tchadienne de désarmer ses protégés, et à l’armée malienne de reprendre pied à Kidal. »;
    – « En mars 2013, Christian Royer, l’ambassadeur en poste qui faisait l’unanimité au Mali était rappelé à Paris sans ménagement pour être remplacé par Gilles Huberson, un spécialiste des prises d’otages issu de Saint-Cyr dont Moussa Ag Acharatoumane, l’un des principaux dirigeants du MNLA devait affirmer sans être démenti dans les colonnes du Monde du 14 novembre 2013 qu’il était depuis septembre 2012 « l’émissaire secret du Quai d’Orsay », auprès de son mouvement… »;
    – « Paris devait par la suite comprendre que ses encombrants alliés étaient incapables de lui apporter le moindre soutien, l’enlèvement puis l’assassinat à Kidal le deux novembre 2013 de deux reporter de RFI qui sortaient de chez un cadre du MNLA mettant finalement en lumière l’incapacité des rebelles touareg à sécuriser la ville. »;
    – « Le tropisme « touarégophile » de l’élite de l’espionnage à la française, fascinée par les vertus guerrières des « hommes bleus », vient de loin. « Affaire de génération, admet un ancien officier de la « Piscine ». Nombre de gradés aujourd’hui aux commandes ont côtoyé les chefs des rébellions des années 1990, au Niger comme au Mali. Et plus d’un en a gardé une forme de nostalgie coloniale. En ce temps-là, nous jugions à tort ou à raison nos interlocuteurs représentatifs et leur cause noble et légitime. »;
    – « Peut-on à la fois prôner la restauration de l’intégrité territoriale du Mali et entraver le déploiement vers le nord de l’armée nationale, si embryonnaire soit-elle ? A ce jeu-là, la France court le risque de se voir coincée entre le marteau et l’enclume… A Bamako, on lui reproche sa complaisance envers les « enturbannés », surnom peu flatteur des Touareg, et leurs chimères indépendantistes. »;
    – « Tout porte à croire que Ghislaine Dupont et Claude Verlon doivent leur mort atroce – vécue comme une honte ineffaçable au sein de la communauté touareg – à un enlèvement crapuleux perpétré par des « sous-traitants » mafieux MNLA désireux de monnayer leur butin humain et qui aurait mal tourné. Ont-ils aussi, comme le soutient un praticien chevronné de la galaxie djihadiste, payé de leur vie les « erreurs de gestion de la France à Kidal;
    – « Deux certitudes. D’abord, le statu quo, autre nom du pourrissement, y serait l’allié le plus sûr du terrorisme. Ensuite, qu’on le veuille ou non, Paris aura du mal à se délester de ce fardeau. « C’est à la France, décrètent en chœur trois chefs touareg, par ailleurs rivaux, qu’incombe la responsabilité d’imposer un règlement. Elle en a le pouvoir. » Le devoir, sans doute. Le pouvoir, pas sûr. »

    Pour moi, sous le pseudo « Wartehen-Ghaçan », je reprenais, le 23 Mai 2014, la formule « Kidal est le nœud gordien qu’il faut trancher » de Cheikh Oumar Diarrah, ministre de la Réconciliation du premier Gouvernement de IBK élu en Septembre 2013: « suite à la défaite des forces armées maliennes vaincues et chassées de Kidal par la CMA renforcée par la « main invisible » dans le ciel de Kidal de la Barkhane et les terro-djihadistes d’« Ançar Chaïtan » (Ansar Eddine) de Iyad ag-Ghali, le « Renard du Désert » :

    Kidal, c’est :
    1) la capitale du massif des Ifoghas, (Adagh n‘Foghas, en Tamasheq), situé dans la zone agro-écologique de l’Adrar-Timétrine, selon la cartographie des ressources terrestres du Mali, 1989);
    2) une bourgade saharienne constituée de maisons ternes occupant un oued de sable grossier et de rocaille ;
    3) un site malfamé, piège et berceau de l’irrédentisme ethno-identitaire touareg Ifoghas, selon l’histoire récente du 21ième siècle ;
    4) l’épicentre de la crise du Nord du Mali;
    5) un foyer de tensions chroniquées ; la mère de toutes les impasses ;
    6) le laboratoire de tous les périls qui obscurcissent l’horizon de cette zone depuis 50 ans. »

    Sincèrement

Envoyer un commentaire