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Les forces spéciales françaises ont tué et enterré le chef d’AQMI, explique l’état-major

Le Monde- Publié le 11 juin 2020 à 21h17

L’Algérien Abdelmalek Droukdel a été repéré dans le désert du nord du Mali notamment grâce à des informations fournies par le commandement de l’armée américaine en Afrique.

Le dernier émir historique d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), l’Algérien Abdelmalek Droukdel, 50 ans, a été enterré par les forces spéciales françaises une fois son corps « formellement identifié », dans le désert du nord du Mali. Et ce, sur les lieux même de l’opération qui a conduit le 3 juin à éliminer avec lui trois autres terroristes et à capturer un jeune Malien, chauffeur de son escorte. Un premier compte-rendu de cet assaut a été fourni par l’état-major français jeudi 11 juin. Ce « succès majeur » a été confirmé le 5 juin par un tweet de la ministre des armées, Florence Parly, après avoir été révélé par l’AFP.

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Un véhicule blanc garé à l’abri d’un amas rocheux, cinq hommes en bivouac à proximité : selon des images montrées à la presse jeudi par l’état-major, Abdelmalek Droukdel et ses proches (un Algérien et trois Maliens) ont été repérés et « neutralisés » à 80 kilomètres à l’est de Tessalit et une quinzaine de la frontière algérienne. Parmi eux figurait Toufik Chahib, « haut cadre d’AQMI chargé de la propagande et de la coordination du Rassemblement pour la victoire de l’islam et des musulmans [RVIM, dirigé par le touareg malien Iyad Ag-Ghali] avec AQMI central », a-t-il été précisé.

Lors de l’intervention contre le dernier émir historique d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), l’Algérien Abdelmalek Droukdel, le 3 juin 2020. Lors de l’intervention contre le dernier émir historique d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), l’Algérien Abdelmalek Droukdel, le 3 juin 2020. État-major des Armées

L’opération, achevée dans la soirée, a commencé dans l’après-midi en plein jour, en raison des conditions météorologiques. Une quinzaine d’opérateurs ont agi au sol, selon la version officielle délivrée, en étant appuyés par un drone Reaper, deux hélicoptères de transport et deux hélicoptères d’attaque. Le briefing n’a pas évoqué de frappe par le drone – le but était de récupérer du renseignement, pas de détruire, font valoir les militaires. Dans le véhicule, et sur le bivouac, auraient été retrouvés « beaucoup de ressources électroniques à exploiter, de nombreuses cartes de téléphone, un ordinateur, quelques terminaux téléphoniques ».

« Ce type d’individus ne se rendent pas »

L’état-major a présenté une vidéo sur laquelle les commandos pourchassent des fuyards avant d’essuyer des tirs. « Quand on fait ce genre d’opérations le but n’est pas forcément de tuer. Si Droukdel s’était rendu, aujourd’hui il serait en vie. Après, c’est du combat. Ce type d’individus ne se rendent pas », a précisé la source proche des opérations. Abdelmalek Droukdel, dernier des grands anciens d’AQMI en vie, exerçait encore un magistère moral, et, selon Paris, « certainement un soutien logistique » aux combattants sahéliens, même s’il n’était jusqu’à présent pas signalé sur ce vaste et complexe théâtre.

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Selon des médias africains, l’émir avait pu être repéré depuis plusieurs semaines sur son chemin depuis l’Algérie. L’état-major français indique : « Cela faisait deux jours – par des signaux électromagnétiques – que l’on savait qu’une cible d’intérêt était dans la région. » Et l’assaut a eu lieu « après un travail d’appui mutuel de sources de renseignement pour avoir, dans la journée [du 3 juin] le visuel sur un objectif ».

Des « partenaires » ont donc joué un rôle précieux. Le commandement de l’armée américaine en Afrique a déclaré à CNN le 6 juin avoir « été en mesure d’apporter son aide, avec des renseignements et un soutien pour bloquer [« to fix »] la cible ». Il a affirmé avoir eu confirmation de la mort du chef d’AQMI par ses propres moyens. Jeudi, à la question posée de l’aide éventuelle de l’Algérie, l’état-major n’a pas répondu précisément. « Il y a eu un travail en amont de nos services, certainement en coopération avec d’autres », a-t-il indiqué, avant de citer les Américains.

« Les autorités algériennes ont été informées du résultat de l’opération, a répondu une source de l’Elysée, le point n’a pas été abordé dans l’appel du président à son homologue Abdelmadjid Tebboune », le 2 juin. Et d’ajouter : « Nous notons une intensification notable du dialogue sur la situation au Sahel, un début de réengagement algérien sur ce dossier. » Depuis l’intervention française en 2013, Alger fournit un soutien très discret mais essentiel en carburant aux forces françaises qui évoluent à sa frontière côté malien.

État-major des Armées

« La fin de l’exception du Sahel »

L’armée française déclare ne pas savoir depuis combien de temps Abdelmalek Droukdel était au Mali, ni d’où il venait lors de son élimination. Selon des sources d’AQMI citées par le journaliste de France 24 Wassim Nasr, l’émir se rendait à une réunion avec Iyad Ag-Ghali. Depuis plusieurs mois, les deux principales mouvances du djihad international s’affrontent dans la région. « La fin de l’exception du Sahel », qui voyait Al-Qaida et l’Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS) cohabiter, « a probablement poussé l’émir d’AQMI loin de son sanctuaire d’Algérie auprès de ses hommes du RVIM dans le nord du Mali », écrit Wassim Nasr. L’état-major a souligné « le contexte des combats violents entre le RVIM et l’EIGS », précisant ne « pas les avoir anticipés ». Cette lutte fratricide, violente bien que localisée encore, pourrait faire les affaires des militaires de « Barkhane ».

Ils avaient été appelés à accroître leur pression sur les groupes armés du Sahel par Emmanuel Macron, à l’occasion du sommet de Pau qui a réuni les pays alliés du G5 Sahel, le 13 janvier. Ratissant le terrain sans interruption, les légionnaires de « Barkhane » ont ciblé un ennemi devenu prioritaire, l’EIGS, dans son fief des trois frontières malienne, nigérienne et burkinabée. Les forces spéciales de « Sabre » ont, elles, continué à décimer le leadership djihadiste jusque dans le nord Mali, Al-Qaida en tête. Iyad Ag-Ghali est « resté l’ennemi numéro un », confiait au Monde une source de la défense.

L’armée française a ainsi éliminé plusieurs centaines de combattants islamistes – au moins 600 – depuis six mois. « La pression au sol fait fuir des gens qui se découvrent et deviennent des cibles pour l’arme aérienne. Le drone armé offre une persistance. Nous avons obtenu énormément de résultats », a affirmé jeudi l’état-major sans reprendre de chiffre à son compte. Le 19 mai, au nord de Gao, les forces spéciales ont capturé Mohamed El-Mrabat, un Marocain qualifié jeudi de « cadre majeur de l’EIGS ayant une influence idéologique très forte et un rôle actif dans le recrutement ».

Le président avait donné rendez-vous en juin pour un bilan. « Nous avons bien desserré l’étau sur les forces locales qui, fin 2019, étaient attaquées sur leurs postes et essuyaient des pertes significatives. Nous ne prétendons pas que nous avons atteint définitivement notre objectif », estime l’état-major. Ces résultats militaires permettront à la France, une nouvelle fois, de mobiliser ses alliés européens et africains lors du sommet du G5 Sahel à Nouakchott, début juillet. Emmanuel Macron fera part à cette occasion des inflexions qu’il souhaite donner à la principale opération militaire française.

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