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TERRITOIRES ET ACTIONS

L’impossible retour chez eux des Tawarghas de Libye

 Frédéric Bobin (Tunis, correspondant)-LE MONDE

L’accord avec la ville voisine de Misrata devait montrer l’exemple en vue d’une réconciliation nationale.

Des Tawarghas bloqués devant leur ville fantôme, Tawargha, le 1er février.

Ce devait être un retour emblématique, une vitrine de la réconciliation en Libye. Or 300 familles tawarghas sont bloquées, depuis le 1er février, dans des conditions précaires aux portes de leur ville fantôme – nommée aussi Tawargha – par une milice de Misrata, la métropole portuaire de la Tripolitaine (ouest de la Libye), située à une trentaine de kilomètres plus au nord. Ces familles étaient censées regagner leur cité d’origine, aux termes d’un accord de réconciliation voué à réparer l’une des blessures les plus brûlantes de la révolution de 2011 : les tueries auxquelles s’étaient ­livrés mutuellement, dans cette région, les forces pro-Kadhafi ­issues de la ville de Tawargha et les katibas (unités combattantes) insurgées de Misrata. Après avoir pris le dessus à l’été 2011, ces ­dernières avaient exercé des représailles d’une extrême violence contre la cité de Tawargha, vidée de ses 40 000 habitants – des descendants d’esclaves noirs – au terme d’une véritable purification ethnique.

C’est cette page sombre qui devait se refermer à partir de début février, avec le retour des familles déplacées à travers tout le pays, notamment à Tripoli (ouest), Benghazi (est) et Sebha (sud). En guise de réinstallation dans leurs maisons abandonnées il y a plus de six ans, elles patientent dans une zone désertique sous des tentes d’un camp de fortune exposé aux rigueurs de l’hiver. Deux personnes sont mortes de froid. Un autre groupe de Tawarghas venu de la région d’Ajdabiya – en Cyrénaïque (Libye orientale) – a également été bloqué non loin de Syrte, à 225 kilomètres à l’est de Misrata. Le coup est dur pour les partisans d’une « réconciliation qui se voulait exemplaire », selon la formule d’un diplomate en poste à Tunis. Le contentieux Tawargha-Misrata est en effet l’un des plus lourds de l’après-2011 : accusations de viols, fracture entre kadhafistes et révolutionnaires, dimension raciale. Le solder aurait donné un signal positif en vue d’une réconciliation au niveau national.

Lire aussi :   Les Tawargha, anciens alliés de Kadhafi, damnés de la révolution

Un accord finalisé en juin 2017 entre représentants des deux parties avait soulevé de vifs espoirs. Il prévoyait le retour des Tawarghas dans leurs foyers, accompagné du versement – par le gouvernement d’accord national dirigé par Faïez Sarraj – de 380 millions de dollars (306 millions d’euros) d’indemnités aux Misratis et de 113 millions de dollars aux Tawarghas. Les représentants de Misrata avaient obtenu d’exclure de ces indemnisations les soutiens de l’ancien régime de Kadhafi et du droit au retour ceux qui s’étaient rendus coupables de crimes. Après l’euphorie initiale autour de cet accord, l’élan s’est enrayé. Devant la lenteur de sa mise en œuvre, les Tawarghas déplacés ont lancé un mouvement de protestation, fin décembre 2017, à Tripoli.

M. Sarraj décida dès lors d’accélérer les préparatifs des retours. La date du 1er février fut annoncée et, dans cette perspective, des travaux engagés sur place (déminage, électricité…). Pourtant, quand les déplacés sont arrivés à proximité de Tawargha, ils ont été bloqués sans ménagement par des groupes armés de Misrata. Ces derniers objectent que les indemnités ne sont pas arrivées.

« Kadhafistes criminels »

Ils affirment également qu’il n’était pas prévu que les Tawarghas commencent à revenir en si grand nombre. Ils réclament enfin que des vérifications strictes soient menées sur l’identité des candidats au retour, afin d’éviter que ne s’y glissent des « kadhafistes criminels ».

Le subit raidissement des Misratis est surtout l’expression d’une profonde division au sein de la cité portuaire autour cette question, d’autant plus chargée que la mémoire du siège sanglant de la ville, en 2011, demeure à vif. « Le problème réside à l’intérieur de Misrata », observe un Libyen impliqué dans ce dossier. Aux modérés, partisans de l’accord, s’oppose en effet une tendance dure qui cherche « à instrumentaliser l’affaire pour affaiblir M. Sarraj », explique le diplomate basé à Tunis. La tension autour de Tawargha, ajoute-t-il, s’inscrit dans un contexte de « crispation croissante » entre Misrata et le gouvernement de Tripoli.

Les Misratis, acteurs dominants au sein de la coalition militaire Al-Bounyan Al-Makhsous qui avait mené la bataille de 2016 contre l’organisation Etat islamique, à Syrte, se plaignent d’avoir été mal payés par Tripoli pour leurs « sacrifices ». Cette amertume s’est ajoutée à une évolution des rapports de force militaires en Tripolitaine (ouest) et dans le Fezzan (sud), où les brigades misraties, très conquérantes après la révolution, ont cédé du terrain pour se replier, à partir de 2016, sur leur région d’origine. D’où l’actuel sentiment d’encerclement qu’éprouvent de nombreux Misratis, un malaise exploité par les « faucons » de la ville afin de torpiller le retour de Tawarghas perçus comme une potentielle « menace sécuritaire ».

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/02/19/l-impossible-retour-chez-eux-des-tawarghas-de-libye_5259096_3212.html#XPyHzzQmEkTRw7h6.99

1 commentaire pour L’impossible retour chez eux des Tawarghas de Libye

  • Yvonne

    Un élement très important manque dans cet article. Les hommes de Tawargha ont été séduits de combattre pour Khadaffi, y compris l’ordre de violer les femmes et filles de Misrata. La société là est très conservative. Une femme/fille violée a été tenue comptable pour salir l’honneur de la famille et pouvait attendre d’être abandonnée, exclue par sa famille. Le viol abusé par Khadaffi comme arme de guerre pour détruire des familles, communautés.
    Personellement je me souviens le message d’un homme de Misrata en choc qui a été appelé par un homme de Tawargha qui travaillait chez lui. Il a été demandé de regarder par la fenêtre en direction de son magasin: Voyez-vous la fumée? C’etait son magasin mis en feu par l’homme de Tawargha. En suite la promesse a suivi de venir violer la femme et les filles de son employer…. On est allé de maison à maison et bcp de femmes et filles ont été violées. C’est ces crimes ignobles que a évoqué bcp de haine, a mené aux violences envers les Tawarghas plus tard et que les gens de Maserati ne peuvent pardonner, ne pourront probablement jamais pardonner. C’est ça que bloque notamment à mon avis. Pourquoi pas continuer de vivre ailleurs en Libye pour laisser tranquilles les blessures psychologiques?

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