Occident
Photo à titre illustratif

Ce postulat généralement admis signifie que les fautes de l’Occident ne sont pas, en réalité, des fautes, mais plutôt une politique mûrement réfléchie. D’où mon effroi et mon amertume lorsque j’en vois les conséquences. Mais venons-en aux faits…

Invasion de l’Irak. En 2003, le président américain Georges W. Bush, sous le faux prétexte que l’Irak développe des armes de destruction massive, envahit ce pays et fait pendre son malheureux chef, Saddam Hussein. Bush brise ainsi, délibérément, un double rempart contre le terrorisme : non seulement Saddam Hussein, à travers son parti Baas, combattait l’idéologie islamiste radicale, base du terrorisme, mais en outre, il tenait unie dans sa poigne de fer une nation dont l’explosion donnera immédiatement naissance au plus puissant groupe terroriste de l’histoire: Daech.

Elimination de Khaddafi. L’Amérique et ses alliés occidentaux tirent-ils les leçons du fiasco irakien ? Que non ! En 2011, appuyée par des commandos et navires américains, le président Sarkozy jure la perte du Guide libyen Mouammar Khaddafi.   Sous prétexte de protéger une poignée d’insurgés de Benghazi, les troupes franco-anglaises détruisent l’armée libyenne et livrent le Guide à des bourreaux locaux qui le déchirent en morceaux. Résultat: la Libye plonge dans le chaos. Cet eldorado pétrolier où Khaddafi avait créé un fleuve artificiel et mis fin à la pauvreté n’a plus ni tête ni queue:  seuls y font la loi des groupes terroristes, des  gangs mafieux,  des milices tribales et des hordes de narcotrafiquants.La chute de Khaddafi n’a pas seulement entraîné une recrudescence du terriorisme au Sahel; elle a aussi libéré les voies de l’exode aux migrants africains qui, par milliers, vont chaque semaine mourir sur les côtes européennes.

Tentative de renversement du régime syrien. Loin de se repentir des catastrophes nées de ses opérations en Irak et en Libye, l’Amérique et ses alliés se désignent une nouvelle cible : le Syrien Bachar Al-Assad. Dépeint par la propagande occidentale sous les traits du diable à quatre cornes, le président syrien ne doit son salut qu’au soutien militaire du trio formé par la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais. Mais que serait-il advenu s’il avait fini comme Khaddafi ? Daech se serait davantage fortifié, Al-Qaida aurait pris un nouvel élan et ses groupes satellites auraient fait la pluie et le beau temps dans un moyen-Orient déjà déstabilisé par le conflit israélo-arabe et la guerre au Yémen.

Vous convenez à présent que l’Occident, partout dans le monde, multiplie des « erreurs » qui, par leur caractère répétitif, cessent d’être des erreurs pour constituer une véritable stratégie de promotion du terrorisme universel. On me repondra que Barack Obama a fait liquider par ses « Navy Seals » Oussama Ben Laden, le fondateur d’Al-Qaida. Fort bien: mais qui a financé et armé Oussama Ben Laden ? Et que fait la puissante Amérique pour libérer les territoires palestiniens illégalement occupés par Israël depuis 1967 et qui servent d’alibi idéologique tant à Al-Qaida qu’à Daech ?

Malheurs du G5 Sahel. Dans ces conditions, il me paraît naïf d’attendre des bienfaits de la politique occidentale au Sahel. Il suffit, pour s’en convaincre, d’étudier le cas du G5 Sahel. La France a impulsé la naissance de cette force sahélienne destinée officiellement à combattre le terrorisme dans l’espace sahélien. Plus exactement, il s’agit pour les pays du G5 (Mali, Burkina, Mauritanie, Tchad et Niger) de fournir de la chair à canon aux forces françaises déployées depuis 2013 au Sahel. Après maints sommets, tams-tams et salamalecs, la force du G5 Sahel a établi un effectif (10 000 soldats) et un budget opérationnel (400 millions d’euros). Mais voilà: depuis des mois, pas un franc n’est tombé dans les caisses. Même les 50 millions d’euros promis par l’Union européenne se sont égarés entre ciel et terre. L’Ecole de formation militaire du G5, qui devait ouvrir en Mauritanie reste elle aussi à l’état de chimère. En vérité, tout porte à croire que sans les Etats-Unis, le G5 n’ira pas loin. Or, ce pays multiplie les initiatives tendant à réduire le G5 à l’impuissance. Vous voulez des preuves ?

* Quand la France, promotrice du projet, a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU de voter une Résolution en faveur de la création du G5 Sahel, les Etats-Unis ont dit niet, proposant, eux, une simple Déclaration qui, en langage diplomatique, n’a pas la même force politique.Il faudra un lobbying intense de Paris pour que Washington se résigne au vote de la Résolution.

* Alors que le G5 peine à mobiliser le moindre rotin pour son fonctionnement, les Américains ont lancé contre les forces syriennes 59 missiles Tomhawk dans la seule journée du 6 avril 2017. Le prix de ces 59 engins de mort dépasse le budget total du G5 Sahel…

* Pis : le président américain a signé, il y a une semaine, un décret interdisant aux ressortissants tchadiens de mettre les pieds aux Etats-Unis. Motif officiel: le Tchad ne collaborerait pas assez avec les Américains en matière de sécurité et des groupes terroristes résideraient sur son territoire. Ces allégations américaines ne résistent guère à l’analyse des faits: d’abord, le Tchad ne nourrit pas de complicité avec les prétendus groupes terroristes qui squattent son territoire; ensuite, il y a beaucoup moins de groupes terroristes au tchad qu’en Algérie et au Nigéria (pays épargnés par le décret); enfin, nul ne sait ce que le président Donald Trump entend par « collaboration  insuffisante » en matière de sécurité. Y a-t-il meilleure « collaboration » que le fait, pour le Tchad, de servir de fer de lance à la fois à la force conjointe anti-Boko Haram et à la Force onusienne (MINUSMA) déployée au Mali ? De surcroît, que vaudrait le G5 Sahel sans les excellentes troupes tchadiennes ? La vérité est ailleurs : en discréditant et en affaiblissant le Tchad, les Etats-Unis veulent réduire à néant le G5 Sahel ainsi que la lutte antiterroriste au Sahel. Signe éloquent, le décret américain a été publié au moment même où un groupe de chefs d’Etats sahéliens hantait les couloirs de l’ONU pour quémander une aide internationale à cette fameuse force…

En définitive, je ne me fais aucune illusion sur les buts de l’Occident: ni au Sahel, ni ailleurs, il n’éradiquera le terrorisme. Pour une raison bien simple: celui-ci lui sert d’épouvantail et de moyen de domination des nations militairement faibles. Si les Sahéliens veulent pacifier leur territoire, ils devront le faire tout seuls.

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