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Lutte contre le terrorisme : Roch Kaboré « réchauffe » la recette de la négociation avec les groupes armés

LEFASO.NET | Par Tiga Cheick Sawadogo • mercredi 24 avril 2019 à 10h36min

Groupes terroristes, et les négociations commencèrent ! Selon une enquête menée par nos confères de Africa Intelligence, parue le 22 avril 2019, les autorités burkinabè ont entamé des négociations ultrasecrètes avec des groupes djihadistes qui sévissent au Nord et au Sahel. Par le truchement d’intermédiaires qui ont été reçus à Kosyam en début mars 2019, le président Roch Kaboré a entrepris une diplomatie souterraine avec ces groupes qui, depuis le début de son mandat, ont multiplié les attaques, entraînant des centaines de morts et paralysant l’administration dans bien de localités avec notamment la fermeture d’écoles. C’est un nouveau tournant dans cette guerre asymétrique dans laquelle les armes ne semblent pas être la panacée.Lutte contre le terrorisme : Roch Kaboré « réchauffe » la recette de la négociation avec les groupes armés

Révélation de Africa Intelligence. Le 1er avril 2019, en marge de l’investiture du président sénégalais, deux présidents se rencontrent en aparté. Roch Kaboré et son homologue malien Ibrahim Boubacar Kéïta. Les deux chefs d’État évoquent les « négociations ultrasecrètes » qu’auraient entreprises Ouagadougou avec les groupes armés actifs et, ce, avec l’aide et le soutien de Bamako.

En effet, croit savoir Africa Intelligence, le président Roch Kaboré a décidé de franchir le pas, en initiant des contacts avec plusieurs Katibas (unités combattantes) actives dans le Nord du Burkina Faso. Objectif, négocier un statu quo avec les combattants. Ainsi, deux émissaires disposant d’un bon carnet d’adresses avec les divers groupes actifs au Nord du Burkina, ont été reçus dans la première semaine de mars par la présidence burkinabè. Aucun des deux n’est Burkinabè.

Il s’agit du député malien Ahmada Ag Bibi et du leader touareg Bilal Ag Acherif. « Acheminés du Mali jusqu’à la présidence burkinabè par un avion affrété sur ordre d’Ibrahim Boubacar Kéïta, les deux hommes ont longuement rencontré Roch Kaboré », en présence de deux conseillers du président, notamment le premier responsable de l’Agence nationale de renseignement (ANR), le colonel François Ouédraogo.

Si l’on en croit l’enquête de nos confrères, le président burkinabè a demandé à ses deux interlocuteurs de « l’aider » à négocier un statu quo avec les groupes actifs dans le Soum et dans le Nord, « comme l’a déjà fait la Mauritanie ». « Vous avez aidé mon prédécesseur [Blaise Compaoré, ndlr], maintenant aidez-moi », a lancé Roch Kaboré à Ahmada Ag Bibi et Bilal Ag Acherif.

Lire aussi : Terrorisme : « Pourquoi refuser obstinément de parler avec eux », se demande le chercheur Mathieu Pellerin

Certains pays comme la Mauritanie et le Mali expérimentent cette diplomatie souterraine, même si officiellement cela est vigoureusement rejeté comme option. Sur ce plan, c’est un remake de la politique de « Blaise Compaoré, qui gardait le contact avec les djihadistes du Nord via ses conseillers Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé. Les canaux ouverts par les deux hommes ont même profité à la France, qui les ont utilisés pour négocier la libération de ses ressortissants retenus en otage au Sahel ».

Qui sont ces émissaires ?

Les deux contacts du président Kaboré sont donc Ahmada Ag Bibi et Bilal Ag Acherif. Tous deux ont des liens étroits avec plusieurs Katibas maliennes opérant au Burkina. Député de la ville malienne d’Abeïbara (région de Kidal) depuis 2017, Ahmada Ag Bibi est l’ancien numéro deux du groupe djihadiste Ansar Eddine d’Iyad Ag Ghali, longtemps affilié à la nébuleuse Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI). Toujours selon Africa Intelligence, depuis le début des années 2010, Ahmada Ag Bibi s’est progressivement spécialisé dans l’intermédiation avec les groupes combattants au Sahel.

Il a par exemple assisté Jean-Marc Gadoullet, ancien officier français de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) pour négocier en 2011, avec le chef d’AQMI Abou Zeid, la rançon de trois des sept otages français capturés par le mouvement en septembre 2010. Quinze millions d’euros avaient alors été versés. Pourquoi lui comme interlocuteur de Kosyam ? Eh bien, Ahmada Ag Bibi aurait des liens avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) composé pour une large partie d’anciens militants de son mouvement Ansar Eddine et dirigé par son ex-mentor Iyad Ag Ghali, dont il est resté proche.

L’autre interlocuteur de Roch Marc Christian Kaboré, c’est le touareg Bilal Ag Acherif, secrétaire général du mouvement indépendantiste touareg MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), qui rassemble plusieurs mouvements nés sur les ruines du groupe Ansar Eddine d’Ahmada Ag Bibi. « Blessé dans des affrontements avec des groupes djihadistes en 2012, Bilal Ag Acherif avait, à l’époque, été discrètement soigné au Burkina grâce à l’entregent du général Diendéré », rappellent les enquêteurs de Africa Intelligence.

Ces contacts de Kosyam, établis grâce Bamako, ne seraient pas les seuls. Par un autre président, Mahamadou Issoufou du Niger, Roch Marc Christian Kaboré a également rencontré, plut tôt dans l’année, trois leaders touaregs. El Hadj Ag Gamou, qui a la double casquette d’officier dans l’armée malienne et de chef de la milice GATTIA, a notamment combattu l’Etat islamique au Niger en 2017, aux côtés de l’armée française.

Le deuxième est son ami et ancien consul du Mali au Niger, Alhamdou Ag Ilyene, qui est depuis 2018 gouverneur de la ville de Nioro du Sahel, après avoir été gouverneur de Kidal. Le troisième leader touareg est Moussa Ag Acharatoumane, un milicien touareg, fondateur du MNLA. « En échange de leur intervention, les trois hommes ont demandé des compensations financières », précise le canard.

Synthèse de Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net
Source : Africa Intelligence, https://lefaso.net/spip.php?article89238

1 commentaire pour Lutte contre le terrorisme : Roch Kaboré « réchauffe » la recette de la négociation avec les groupes armés

  • Le Veilleur Saharien

    Vous dites : négocier, ici et maintenant, avec les terroristes ?

    Bien sûr que Roch Kaboré, en 2019, est une continuation de Compaoré, ami des MNLA-cuvée 2012, prolonge, via la France néocoloniale protectrice des rebelles touareg au Mali, au Niger et au Burkina Faso, sur les traces du chemin tortueux, naguère balisé, en 2011, par ATT, ami des narcotrafics SDF/Ichoumar azawadiens Sarko et Hollande de 2012, preneurs d’otages Européens, pour IBK, nouvel ami et compère de circonstance et de conjecture/conjoncture/magouille des nouveaux Mafieux Azawadiens (les AG Biby, Achatif, Acharaghataman), tous ces deux présidents de « républiques bananières sahéliennes/soudaniennes/pays des noirs » sont tenus, par les testicules par les Drian et autres Tomi Corse, de répliquer le modus operandi réussi en Mauritanie proche du Général Putschiste Militaire Abdoul Aziz, l’ami des narco-cocaïne-mujao-djihado-terroristes sahéliens formatés dans les camps de séquestration/concentration/ghettos algérienne des sahraouis du Hunter/honteux Inter Land saharien Mauritano-marocain.

    J’illustre mon propos par le « réchauffage » de l’article de presse qui suit.

    Sujet : Liberté (Algérie) : Quand Touré joue au plus Malien | Nom : RG | 27/12/2009 – 10H51
    Libérté (Alger)
    Edition du Dimanche 27 Décembre 2009

    Quand Touré joue au plus Malien
    BAMAKO FACE AU SORT DES 6 OTAGES DÉTENUS PAR AL-QAïDA

    Par : Mounir Boudjema

    Avec six otages européens détenus sur son territoire, un discours déficient sur le terrorisme et des prétentions diplomatiques régionales, le président malien Amadou Toumani Touré (ATT) est dans une position intenable et sous les projecteurs de la communauté internationale.

    Le couple d’Italiens kidnappé en Mauritanie vient de rejoindre les otages français et espagnols détenus par une phalange, Tarek Ibn Ziad du sinistre “émir” Abou Zeid. Dans le nord-ouest du Mali, on assiste à un regroupement d’otages sans précédent dans la région du Sahel depuis l’affaire des 31 otages européens kidnappés par l’ancien “émir”, Abderezak El-Para. Une situation exceptionnelle, rendue possible par le laxisme des autorités maliennes qui, face à l’émergence d’Al-Qaïda Maghreb (AQMI) dans cette zone du Sahel, sont demeurées longtemps les bras croisés. Jusqu’à ce que les observateurs, notamment européens, commencent à s’interroger sérieusement sur la réelle détermination de Bamako.
    C’est l’heure de vérité pour le président ATT. Longtemps considéré comme le maillon faible de la lutte antiterroriste au Sahel, mais couvé par les puissances occidentales qui voient en lui un “allié” incontournable dans la sous-région, le président malien avait réussi, jusqu’à maintenant, à passer entre les gouttes. Tous les arguments étaient bons pour défendre la passivité d’ATT : s’il freine son armée contre l’AQMI, c’est parce que le Mali n’a pas les moyens militaires de déloger Al-Qaïda du nord du Mali. S’il n’a pas cassé les réseaux de l’AQMI, c’est parce qu’il a su maintenir un canal officieux avec les “émirs” Mokhtar Belmokhtar et Abou Zeid à travers des intermédiaires de son entourage pour négocier en cas de coup dur. S’il n’a jamais respecté l’accord d’Alger, c’est parce qu’il est confronté à une rébellion touarègue qui menace son autorité.

    La patience de Paris et Washington avec ATT
    La litanie d’excuses que les Occidentaux, Paris, Berlin et Washington notamment, trouvaient au président malien ne résiste pas à l’analyse froide de la situation au Sahel, devenue explosive et incontrôlable comme le démontre cette prise d’otages collective de six Européens dont la vie est cruellement menacée.
    Pour comprendre cette tolérance occidentale, il faut saisir la stratégie du président malien. Depuis des années, se refusant d’appeler les terroristes par leur nom, préférant le terme “salafiste”, le président ATT a fait preuve d’une mansuétude suspecte à l’égard de l’AQMI. Si certains voient dans ce silence face à la prolifération terroriste au Mali les conséquences d’un deal entre Bamako et l’AQMI, d’autres indiquent que si ATT ne se bouge pas, c’est pour la simple raison qu’il n’en a pas les moyens militaires.
    Pourtant, selon l’AFP à Gao, citant une source militaire malienne, depuis plusieurs années déjà, des forces spéciales américaines viennent former des soldats de l’armée malienne (qui comptait7 350 hommes en 2004-2005, selon l’Institut international des études stratégiques). Dans la zone, les Américains ont aussi déployé un dispositif permettant de voir même une fourmi (par satellite) et d’écouter n’importe qui. Des habitants du nord du Mali ont ainsi été récemment recrutés pour traduire des écoutes téléphoniques. si l’on y ajoute les experts militaires expédiés par Paris, Madrid ou Berlin dans cette région et les tonnes de matériel militaire et logistiques déversées par l’armée algérienne au Mali pour renforcer les capacités militaires de Bamako, ATT est loin d’être manchot.
    À comparer avec son homologue mauritanien, Abdelaziz, ou nigérian, Tandja, le président malien est le mieux équipé et le mieux armé pour s’attaquer physiquement à l’AQMI. Au lieu de cela, on assiste à un marchandage indécent avec la vie de touristes européens à travers des intermédiaires qui ont fait des négociations sur les rançons un fonds de commerce lucratif. Des commissions sur l’argent versé sont ponctionnées au point que toute la chaîne de négociation est corrompue.

    Des tribus acquises à Al-Qaïda
    Ensuite, le Mali a tout fait pour précipiter les tribus arabes des Barabiches dans les bras de l’AQMI. Partisan du pacte de non- agression en territoire malien, il est assez troublant de constater que les touristes européens sont tous, intégralement, kidnappés dans les pays voisins du Mali avant d’être transférés dans cette zone grise du Nord malien. Ce sanctuaire, l’AQMI a réussi à l’obtenir grâce à l’argent qu’il déverse sur des chefs de tribus musulmanes qui croient que l’État malien est incapable de les protéger.
    La question est pourquoi les tribus qui se sont mobilisées contre le terrorisme, comme les Touareg du Mali (Azawed), se sont fait tailler en pièces par le groupe d’Abou Zeid tout comme l’embuscade qui a fait 26 morts dans les rangs des Barabiches.
    Et pourquoi Bamako insiste sur la nécessité de désarmer et dissuader les Touareg de combattre les salafistes ?
    Pourquoi les patrouilles militaires conjointes algéro-maliennes n’ont pas encore vu le jour ?

    Il semble que toutes ces interrogations n’éveillent en rien les soupçons de capitales comme Paris ou Washington. Les Français, dont c’est le pré-carré politique et diplomatique, doivent se rendre à l’évidence surtout que l’un de leurs compatriotes est actuellement détenu. La clé de voûte qu’est ATT dans la surenchère politique est intimement liée à la résolution de l’équation AQMI dans la région. Paris qui a fait une démonstration de force militaire pour quelques pauvres malheureux pirates somaliens désarmés a-t-il l’intention d’organiser une opération commandos pour libérer son otage ? Paris a-t-il obtenu le feu vert de Bamako pour intervenir au Mali ? Ou est-ce qu’il va payer la rançon comme l’ont fait avant lui Suisses, Autrichiens, Canadiens ou Allemands ?
    La seule puissance qui s’est abstenue de ne pas entrer dans ce jeu de dupes, en l’occurrence la Grande-Bretagne, s’est vue sanctionnée par la mort brutale de l’otage Dyer, sacrifié par l’AQMI avec une étrange facilité.

    Des options qui servent les salafistes
    Maintenant qu’il s’est avéré que l’AQMI a la main sur les six otages européens, il serait intéressant d’observer l’attitude de Bamako.
    Trois scénarios semblent se dessiner.
    Que l’AQMI engage des négociations avec les intermédiaires habituels de Bamako afin que les pays européens concernés paient la dîme. Dans ce cas, les terroristes auront gagné des millions d’euros, une “crédibilité” renforcée dans la région et la permission tacite de recommencer. Cela en excluant les clauses contraignantes de la dernière résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui criminalise tout paiement de rançon.
    Que l’AQMI tente de politiser le deal financier accompagné par des demandes de libération de prisonniers salafistes en France, en Espagne ou en Italie. Dans ce cas, Bamako va mettre dans la balance des négociations les quatre prisonniers qu’elle a (2 Algériens,1 Burkinabé et 1 Mauritanien) afin de se débarrasser de ces détenus gênants et renflouer les effectifs déjà nombreux de la phalange Tarek Ibn Ziad. Les Européens auront ainsi cautionné une opération d’exfiltration terroriste à grande échelle.
    Enfin, que l’AQMI fasse fi des recommandations de Bamako, ce qui est loin d‘être évident, et obéisse aux sirènes venues d’Irak, d’Afghanistan ou du Yémen appelant les frères salafistes du Maghreb à exécuter les otages. Dans ce cas, Bamako portera la lourde responsabilité d’avoir de nouveau le sang d’otages sur les mains.
    Tous ces aspects éloignent plus que jamais Alger d’une réelle coopération avec un voisin peu crédible dès qu’il s’agit d’évoquer les engagements antiterroristes. La perspective d’une conférence régionale à Bamako est surréaliste dans la conjoncture actuelle. Surtout que les enjeux sur le terrain supplantent de manière dramatique les discours et les théories sur le terrorisme.

    Mounir Boudjema

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