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TERRITOIRES ET ACTIONS

Messahel, la diplomatie algérienne et les luttes d’influence au Sahel

Lematindz.net/

L’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole militaire (Irsem) a publié une étude intitulée « Faire la paix et construire l’Etat : les relations entre pouvoir central et périphéries sahéliennes au Niger et au Mali » (juillet 2017). L’IRSEM est rattaché à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère français des Armées. Une étude intéressante, qui vient à point nommé. Ce rapport fournit des renseignements forts instructifs sur le rôle de la diplomatie algérienne au Mali.Messahel, la diplomatie algérienne et les luttes d'influence au Sahel

La publication de ce rapport intervient dans un contexte particulier : Alger a abrité, mercredi 19 juillet 2017, la deuxième session de consultations bilatérales algéro-françaises, sur l’état d’avancement du processus de paix au Mali, dans le cadre des consultations périodiques entre la France et les autorités algériennes. Le but ultime étant d’appuyer le Mali et les pays du voisinage du Sahel à construire les fondements d’une stabilité et d’une paix pérennes. Le médiateur intéressé qu’est le régime politique algérien est tout d’abord préoccupé de protéger ses intérêts au détriment d’une partie du peuple algérien. Aussi, il a constamment été engagé dans le guidage des médiations régionales, « soit en étant sollicitées, soit en s’imposant du fait de leurs liens privilégiés (voire collaboratifs) avec les groupes armés » selon l’étude menée par l’IRSEM. En maintes occasion s les limiers du régime ont manqué de sens de la prospective. Souvent rattrapé par les événements ils réagissent au coup par coup. Les réponses du régime politique algérien ne suffisent souvent pas à construire une paix durable. Pour preuve ? La versatilité « des engagements pris, illustrés ne serait-ce que par le manque d’application des différents accords de paix conclus en Algérie depuis 1991 » souligne l’étude de l’Irsem.

| Lire la 1re partie : La reconduction d’Abdelkader Messahel sonne-t-elle la fin de la diplomatie algérienne ?

La sous-région du Sahel consentre plusieurs protagonistes et influences. Comme par exemple : l’influence marocaine contre l’influence algérienne, l’influence libyenne contre l’influence algérienne, et surtout l’installation d’organisations terroristes étrangères sous-tendues par des connexions avec de grands trafiquants de drogue et autres. Le Maroc, qui pourtant n’a pas de frontières avec le Sahel profond, a appuyé dès le commencement l’intervention militaire française. L’armée marocaine s’est engagée en 2013 sur le territoire malien. Une position qui tranche avec celle des autorités algériennes, même si le président Bouteflika a autorisé les avions de combat français à survoler le territoire. « De l’avis de certains acteurs de la rébellion originaires de Kidal, l’entrisme libyen dans ce qui relève du précarré algérien au milieu des années 2000 a été parmi les facteurs déclencheurs de la rébellion de 2006 », ajoute le rapport qui met en lumière les luttes d’influence entre l’Algérie, la Libye et le Maroc.

Alger et Tripoli en lutte permanente

Parmi les calculs libyens au Mali, l’établissement du consulat de la Libye à Kidal a été l’exemple le plus saillant. Kidal qualifiée de « dernière wilaya » algérienne, ne respire d’ailleurs que par les transferts qui viennent de l’Algérie. Mieux encore, plus de la moitié de la population kidaloise possède la nationalité algérienne.

L’Accord d’Alger de 2006 au Mali souligne la consolidation de la décentralisation, en recommandant un soutien à la régionalisation et un élargissement des transferts de compétence. « Le processus de régionalisation est au cœur des Accords d’Alger censés mettre un terme à la rébellion de 2012 au Mali ».

Concernant les rébellions maliennes de 1990 et 2006, l’Etat malien a pu, avec le soutien du régime politique algérien, fractionner les groupes rebelles, en épaulant considérablement Iyad Ag Ghaly. Ce plan de diviser pour régner n’a duré qu’un temps, il a alimenté la lutte entre les communautés « faisant le lit de rébellions futures ».

Concernant les intérêts libyens au Sahel, le tyran Kadhafi a instrumentalisé la Communauté des Etats Sahélo-sahariens (CENSAD) pour promouvoir sa politique au Mali, « n’hésitant pas à interférer dans le dossier malien en concurrence ouverte avec l’Algérie », note le rapport des Français. De plus, observe encore le document de l’Irsem, « il ne fait en revanche aucun doute que l’Algérie et la Libye ont nourri une rivalité jusqu’à la fin de cette rébellion de 2006’’.

Rappelons que la CENSAD a été créée le 4 février 1998, à la suite de la Conférence des leaders et Chefs d’Etats tenue à Tripoli (Libye). Elle a été reconnue comme l’une des Communautés Economique régionales (CER), au même titre que, l’Union du Maghreb arabe (UMA), au cours des trente-sixième sessions ordinaires de la Conférence des leaders et chefs d’Etat et de gouvernement de l’Organisation de l’Unité africaine, qui s’est tenue du 04 au 07 juillet 2000 à Lomé au Togo. La CENSAD a pour but notamment de mettre en œuvre le consentement des Etats membres de la communauté d’octroyer les mêmes droits et privilèges prévus, dans la constitution de chaque Etat membre aux citoyens des États membres.

L’apparition de l’économie grise (filières d’armes notamment) a particulièrement changé la répartition des forces en présence.

Quel est l’avenir de l’économie grise ? Pour une approche étatique

L’économie grise demeurera au centre de l’économie de guerre dans le septentrion malien. Il est important de noter que les protagonistes qui dirigent les importantes activités de l’économie grise dans le septentrion malien « appartiennent actuellement tous aux groupes armés signataires de l’Accord d’Alger, il est permis d’imaginer que leurs positions économiques seront sauvegardées après la guerre. Toucher à ces réseaux trafiquants reviendrait à menacer la stabilité et les équilibres tribaux si sensibles dans cet espace. » A cela s’ajoute une deuxième dynamique externe : le terrorisme. L’économie grise est une action transnationale dont les facteurs se soustraient aux protagonistes locaux et nationaux. Le rapport cite un exemple : la fermeture de la frontière algérienne, à la suite du commencement de l’opération Serval a sévèrement ralenti le commerce de véhicules d’occasion, entre Tamanrasset (Algérie) et Agadez (Niger), produisant « plusieurs centaines de (jeunes) chômeurs dans cette dernière ville ». Les autorités algériennes sont constamment préoccupées par le risque d’une révolte touarègue du Mali qui envahirait le territoire et qui affecterait sa propre communauté touarègue. Le régime politique algérien a ainsi hésité entre une attitude « répressive à l’égard de la rébellion de 1963 (fermeture de la frontière et droit de poursuite en faveur de l’armée malienne), sur fonds d’appartenance politique commune avec le pouvoir socialiste malien, et position de médiateur biaisé qui soutient une figure rebelle lui étant favorable », note encore le rapport. Les révoltes de 1990, 2006 et 2012 ont toutes été étouffées par le truchement des autorités algériennes, en pariant à chaque occasion sur Iyad Ag Ghaly et sur quelques dirigeants des Ifoghas des organisations armées. « Contrôler les dynamiques politiques et sécuritaires à Kidal, et donc s’appuyer sur ses leaders, est pour l’Algérie une condition pour la stabilité de son sud ». Particulièrement, ces médiations n’ont pour seuls objectifs que de servir les intérêts géopolitiques du régime algérien : la sécurité de ses frontières. Cela va de soi. Néanmoins, les autorités algériennes s’efforcent de restreindre leur « implication dans le pilotage de la phase la plus longue et délicate du processus de paix : le peace building », ajoute le document de l’Irsem.

| Lire aussi : La reconduction d’Abdelkader Messahel sonne-t-elle la fin de la diplomatie algérienne ? -et- Messahel, la diplomatie algérienne et les luttes d’influence au Sahel

Ainsi, le régime algérien favorise le soutien à ses satellites au détrimant du processus de paix. Le comportement du gouvernement algérien, chef de file de la médiation internationale qui rencontre un « obstacle » semé par Iyad Ag Ghaly, est de ce point de vue décisif. La diplomatie algérienne a abandonné le peuple malien et a précipité l’Etat malien dans de grands malheurs. « L’expérience » algérienne dans la lutte contre le terrorisme n’a été d’aucun secours pour le peuple malien. Cette expertise toute malicieuse qu’elle était, n’a aucune valeur. L’apaisement du Mali n’est pas l’aspiration du régime politique algérien.

La diplomatie algérienne a fait montre de machiavélisme dans le dossier malien. La diplomatie algérienne se trouve ainsi exposée à de graves dérives. Le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a affirmé le vendredi 28 juillet 2017, à Alger, que l’Algérie continuera à être un partenaire loyal du Mali pour retrouver sa sécurité et sa paix, appelant les Maliens à « s’approprier » le processus de paix du pays. Rappelons que l’Algérie a abrité les vendredi et samedi (27-28 juillet 2017) la 12e session du Comité bilatéral stratégique algéro-malien sur le Nord du Mali. « L’Algérie continuera à être un partenaire loyal du Mali et des Maliens », a déclaré le ministre Messahel à la presse à l’issue d’une audience accordée à son homologue malien, Abdoulaye Diop, dans le cadre de la 12ème session du Comité bilatéral stratégique algéro-malien qui s’est tenu à Alger.

Ce concept de loyauté est plus ou moins sombre. Le ministre Messahel a-t-il forgé une théorie de la loyauté ? La diplomatie algérienne est dorénavant forcée sous l’influence du multilatéralisme de ré-hiérarchiser sa loyauté. Peut-on sélectionner la loyauté dans les relations internationales ? Où est donc la loyauté dans ce partenariat ? Dans le livre intitulé « La loyauté dans les relations internationales », il est intéressant de noter certaines analyses faites sur la notion de loyauté : « Il résulte que la loyauté, définie comme conformité à la loi et fidélité aux engagements pris, a définitivement quitté le registre de la morale pour entrer dans l’ordre juridique et politique. Elle est bel et bien en voie de structurer les relations internationales ». De telle manière que « la nouvelle configuration qui en découle se traduit par une explosion normative, voire par l’émergence d’un nouveau droit international. Qualifié de droit de l’Humanité, de droit mondial ou de droit cosmopolitique ».

Quelle conclusion a rendu l’étude de l’IRSEM ? L’étude indique qu’il « y a lieu de s’interroger sur les effets de l’application des Accords d’Alger de 2015 ». Le danger au Mali ne serait plus seulement d’observer des organisations rivales « rentrer en confrontation (actuellement CMA contre Plateforme) », mais que la totalité des organisations armées dans le septentrion malien s’accordent « autour d’un modus operandi qui exclut l’État de cette économie grise. Objectivement, les réseaux de l’économie grise au nord du Mali n’ont plus aucune raison (administrative, logistique, sécuritaire) de s’appuyer sur les réseaux étatiques (services de renseignement, forces de sécurité) étant donné que les groupes armés contrôlent quasi intégralement le nord ».

Quelques jours avant la publication de l’étude de l’Irsem, avait été prononcée au siège de l’Organisation des Nations unies (ONU) une déclaration au nom du Groupe G5 Sahel, par le représentant permanent du Mali auprès des Nations unies, à l’occasion de l’adoption par le Conseil de sécurité sur la Force conjointe du G5 Sahel, le 21 juin 2017. Il est utile de souligner que le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2395 (2017) consacrée à la Force conjointe du G5 Sahel, endossée par l’Union africaine. La déclaration mentionne « l’importance de cette force pour la stabilité de notre espace commun et pour l’espoir qu’elle suscite chez nos populations durement éprouvées par la criminalité transnationale organisée qui, si elle n’est pas contenue rapidement, portera un coup dur au fondement même de nos Etats ». Selon l’organisation régionale G5 Sahel, »la Force conjointe du G5 Sahel va contribuer à créer les conditions permettant à la MINUSMA de réaliser pleinement son mandat. Il va également créer un environnement propice à la mise en œuvre diligente de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger et à la réalisation des projets structurants d’infrastructures du Programme d’Investissements prioritaires du G 5 Sahel. » Compte tenu du caractère transfrontalier du terrorisme, le combat contre ce péril doit être appréhendé dans le cadre d’une coordination entre les pays de la région, sur des activités complémentaires, fondées, visant à priver les organisations terroristes de la liberté de mouvement, en mesurant le potentiel de résilience de chaque pays ».

Selon une analyse intitulée « bringing the desert together: How to advance Sahel-Maghreb integration », menée par le think-tank « European council on foreign affairs » et publiée le 18 juillet 2017, la structure régionale axée sur la sécurité, pilotée par l’Algérie, le CEMOC, a lutté pour améliorer la coordination sécuritaire. Cet échec a provoqué la création de nouvelles structures dans le sillage de la crise du Mali : le processus de Nouakchott (11 Etats), soutenu par l’Union africaine (UA) et, surtout, le Sahel G5 (soutenu par l’Union européenne), organisation régionale qui vise à contourner les rivalités du Maghreb. Tablant sur la coopération et le dialogue sécuritaires à l’échelle de la région, le G5 Sahel est appelé à remplacer le CEMOC en jouant le même rôle. Le Comité d’Etat-Major Opérationnel Conjoint (CEMOC) est une coquille vide. La proposition de dissoudre le CEMOC (que l’on pourrait qualifier de C4 Sahel) est fondée sur deux raisons : 1- L’absence d’une participation du gouvernement algérien à rétablir l’intégrité territoriale du Mali et à instaurer une paix durable. 2- La passivité du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), créé en 2010 par l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger pour coordonner la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée dans la zone sahélo-saharienne.

Ainsi, en dépit de la profusion des éléments d’analyse, aucune publication académique du ministère algérien des affaires étrangères n’a été rédigée, concernant la situation politique au Mali. Comment construire une diplomatie digne de la région sahélienne avec un ministre qui refuse le débat contradictoire ? Un ministre qui ne sait que brandir son manuel de déradicalisation (2015), au lieu de donner son point de vue écrit sur sa diplomatie. Le citoyen algérien ne dispose que des rapports préparés par les pays étrangers. Y aura-t-il éventuellement un regain d’énergie d’une partie du peuple algérien pour bannir cette diplomatie ? L’interrogation reste posée.

Mohamed-Salah Benteboula, géographe, http://www.lematindz.net/news/25188-messahel-la-diplomatie-algerienne-et-la-strategie-de-la-france-au-sahel.html

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