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Migrations, le noeud de la Libye

Ouest-france.fr/Laurent Marchand -06/07/2017 à 02:20

Comme une rustine appliquée sommairement sur des drames humains, la politique migratoire des Européens est de nouveau sous pression. Cette fois, ce n’est plus la Grèce qui est en première ligne, c’est l’Italie. Elle y est habituée, mais depuis janvier, plus de 100 000 migrants ont traversé la Méditerranée, et 85 % d’entre eux l’ont fait via les côtes italiennes.

Depuis plusieurs mois, Rome alerte ses partenaires sur la nécessité d’une approche commune. Les ministres européens de l’Intérieur en discuteront aujourd’hui à Tallin (Estonie), mais dans un tel manque d’esprit de solidarité qu’il est difficile de s’attendre à de réelles avancées

Si l'Italie s'alarme, c'est parce que le chaos qui règne en Libye favorise tous les trafics.

  • Si l’Italie s’alarme, c’est parce que le chaos qui règne en Libye favorise tous les trafics. | Reuters

 

Si l’Italie s’alarme, c’est parce que le chaos qui règne en Libye favorise tous les trafics. Et la présence des ONG aux confins des eaux territoriales libyennes facilite la tâche cynique des passeurs. N’importe quelle embarcation bondée de chair humaine est chaque jour lancée des côtes libyennes vers le large par les trafiquants, en sachant que les secours ne sont pas loin.

Les humanitaires sauvent des vies, mais alimentent aussi un circuit pervers qui se solde, chaque fois, par une même issue. Les migrants, ceux qui ont de la chance, sont sauvés des eaux. Puis ils sont acheminés vers des ports italiens où un premier enregistrement est effectué. Puis vers un centre de rétention.

Ensuite commence la grande hypocrisie. En théorie, les migrants économiques devraient être distingués des réfugiés politiques. En théorie, un migrant arrivant sur une côte devrait être accueilli, retenu ou reconduit dans son pays. En théorie, les flux migratoires seraient censés trouver un cadre administratif et légal digne de l’État de droit.

Grande hypocrisie

Cela est vrai pour certains, mais la pratique est, le plussouvent, tout autre. Le flux est trop fort et le statut de Dublin, qui impose au pays premier accueillant de gérer les demandes d’asile,pénalise les pays les plus exposés. Ils sont tentés, parfois contraints, de laisser filer dans la nature ces milliers d’êtres humains. On lesretrouve esclaves dans la cueillette saisonnière dans le sud de l’Italie. On les retrouve dans les grandes villes européennes, dans une misère absolue. Situation que l’on ne connaissait plus depuis la guerre.

En négociant en mars 2016 avec la Turquie d’Erdogan et en le finançant, l’Allemagne et l’Union européenne ont tari les flux passant par la Grèce et les Balkans. Mais pour réduire les flux vers l’Italie, incessants depuis 2011, que faut-il faire ? Les pays d’Europe centrale et orientale ne veulent pas entendre parler de la moindre relocalisation. L’Allemagne a déjà donné. L’Autriche s’apprête à blinder sa frontière avec l’Italie au col du Brenner. La France, en partie responsable de la faillite de l’État libyen, fait l’autruche sur la question migratoire et refuse de soulager les ports italiens.

La question libyenne reste pourtant entière. Stratégique au nord du Sahel. Déterminante en matière de sécurité, tant sur le front du terrorisme islamiste que des trafics de migrants. Bien sûr, les passeurs peuvent changer de route, ils l’ont montré, mais on aurait tort de ne voir dans les alarmes italiennes que le reflet d’une urgence sur ses côtes. C’est la question africaine qui frappe à la porte de l’Europe, et un pays, aussi généreux ou désorganisé soit-il, ne peut seul y répondre.

http://www.ouest-france.fr/debats/editorial/migrations-le-noeud-de-la-libye-5116385

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