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Prochaine réunion Afripol à Alger: L’Algérie, un acteur majeur, face aux enjeux géostratégiques et sécuritaires de l’Afrique

 Dr Abderrahmane MEBTOUL

La police algérienne étant devenue une référence internationale, suite à la réunion consultative tenue le 12 décembre 2016 à Alger en présence de nombreux responsables de police africains, visant à permettre le partage d’expériences en matière de coopération, l’Algérie devrait abriter prochainement la première Assemblée générale d’Afripol à Alger avec la participation de 48 pays où les représentants des pays africains devraient définir les cadres généraux de coopération pour les institutions de police aux niveaux national, continental et international.

Aussi, cette   présente contribution est une synthèse de mes différentes contributions et interventions internationales entre 2010/2016 (1) posant la problématique de la sécurité de l’Algérie, tributaire d’un développement harmonieux,  face aux enjeux géostratégiques en Afrique.

 

1.-La   région méditerranéenne et africaine devrait connaitre  entre 2017/2020/2025,  de profondes  reconfigurations socio-économiques, technologiques  mais également sécuritaires. La police algérienne étant  devenue une référence internationale, a décidé de renforcer les domaines de coopération avec les organes de la police du continent africain en mettant son expérience professionnelle à la disposition de ses pairs afin de faire face à la criminalité sous toutes ses formes. A cet effet, suite à  la signature en 2001 d’un mémorandum entre l’Union Africaine et Interpol visant à définir les canaux idoines de communication, d’échange d’informations et de vues entre les deux parties,  la mise en place d’un mécanisme africain de police (Afripol)dont le siège est à Alger depuis fin 2015  relevant de l’Union Africaine, a pour but  d’œuvrer  à la coordination des efforts et au soutien de l’action des missions de paix et de sécurité de l’Union Africaine déployées en Afrique sur les plans militaire et sécuritaire.
Face au crime organisé transnational. AFRIPOL  constitue une base continentale de communication, de concertation, de coopération et de coordination dans toutes les affaires de la police africaine. En effet, privilégiant en premier lieu ses intérêts stratégiques propres, partie prenante du dialogue méditerranéen (DM), l’Algérie  agit  en fonction d’un certain nombre de principes et à partir d’une volonté avérée de contribuer à la promotion de la sécurité et de stabilité dans la région. C’est que la  fin de la guerre froide marquée par l’effondrement du bloc soviétique et les attentats survenus aux Etats-Unis le 11 septembre 2001 représente  un tournant capital dans l’histoire contemporaine. Le premier événement marque la fin d’un monde né un demi siècle plutôt et la dislocation d’une architecture internationale qui s’est traduite des décennies durant par les divisions, les déchirements et les guerres que nous savons.  Aujourd’hui, les menaces sur la sécurité ont pour nom terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, crises régionales et  délitement de certains Etats.
Or,  les défis collectifs nouveaux, sont une autre source de menace : ils concernent les ressources hydriques, la pauvreté, les épidémies, l’environnement. Ils sont d’ordre local, régional et global. Entre la lointaine et très présente Amérique et la proche et bien lointaine Europe, entre une stratégie globale et hégémonique, qui possède tous les moyens de sa mise en œuvre et de sa projection, et une stratégie à vocation globale qui se construit laborieusement et qui peine à s’autonomiser et à se projeter dans son environnement géopolitique immédiat, quelle attitude adopter et quels choix faire pour  l’Algérie ?
Interpellée et sollicitée, l’Algérie  s’interroge légitimement sur le rôle, la place ou l’intérêt que telle option ou tel cadre lui réserve ou lui offre, qu’il s’agisse du  dialogue méditerranéen de l’Otan ou du partenariat euro- méditerranéen, dans sa dimension tant économique que sécuritaire.  L’adaptation étant la clef de la survie et le pragmatisme un outil éminemment moderne de gestion des relations avec autrui, l’Algérie  dont son devenir segment de l’Afrique Nord, pont entre l’Europe et l’Afrique   doit   faire que celui que commandent la raison et ses intérêts. Car  l’Algérie est confrontée actuellement à  la sécurité dans la zone sahélo-saharienne. Rappelons que les  relations entre les deux rives du Sahara et  les dynamiques de la conflictualité saharienne actuelle interpellent l’Algérie  qui doit être attentive  aux futurs enjeux  géo stratégiques qui se dessinent dans la région.   Nous avons assisté dans la région à de profondes  mutations de la géopolitique saharienne après l’effondrement du régime libyen, avec  des   conséquences pour la région et avant l’intervention française  à   la sécession du  Nord-Mali. Déjà, les rapports entre le Sahel et la Libye de Kadhafi étaient complexe. De plus en plus nombreux,  des  migrants subsahariens s’installent désormais dans les pays du Maghreb avec l’intensification de la contrebande. Bien avant et surtout depuis la  chute du régime  de Kadhafi  le Sahel est l’un de ces espaces échappant à toute autorité centrale, où se sont installés groupes armés et contrebandiers. Kadhafi disparu des armes, dont 15 000 missiles sol-air étaient dans les entrepôts de l’armée libyenne dont une partie a été accaparé par de différents groupes qui opèrent au Sahel.
Dès lors la sécurité de l’Algérie  est posée à ses frontières. La frontière Algérie Mali est de 1376 km, la frontière entre l’Algérie et la Libye  de 982 km, la  frontière Algérie Niger de  956 km, la frontière  Algérie Tunisie est de  965 km  à surveiller. Le problème est plus  grave pour  les  frontières conjointes avec le Mali et la Libye. Il ne faut pas oublier que les djihadistes étaient venus depuis cette région lors de l’attaque terroriste de Tiguentourine.  Sur le court terme,  les tensions  dans la région notamment pour la protection  de ses  frontières, la situation en Libye, au Mali et accessoirement  les actions terroristes  à sa frontière en Tunisie ont imposé à l’Algérie des dépenses supplémentaires. Il est entendu  que rentre dans ces dépenses surtout le  remplacement de la plupart du  matériel militaire obsolète pour l’acquisition de nouveaux équipements pour l’armée de terre, la marine et les forces aériennes, sans compter des dépenses pour l’adaptation du renseignement  aux nouvelles mutations tant internes que mondiales de ses forces  de sécurité. Il s’agit  de penser d’ores et déjà à la cybercriminalité enjeu du XXIème siècle. Cela est posé pour tout le reste de l’économie,  des cyber-attaques  car les services électronique s (e-commerce, e-santé et e-administration) sont appelées à se développer.

2.- L’Algérie a déployé une véritable task-force pour sécuriser ses frontières pour faire face à l’instabilité chronique de l’autre côté des frontières et dont les événements récents confirment la continuelle aggravation.. Et ce dans le cadre d’une coopération étroite avec les pays limitrophes maghrébins et africains, assisté des renseignements   de l’Europe dont la France et les Etats Unis d’Amérique,  car la menace terroriste  est une menace planétaire.  Pour les responsables tant américains qu’européens  de par sa situation géographique stratégique au Maghreb et sa longue histoire de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent sur son territoire, l’Algérie constitue un pilier  dans la lutte contre le terrorisme mais aussi pour ramener la stabilité dans la région.

Ainsi, l’Algérie est considérée comme un  acteur incontournable pour la stabilité de la région mais devant pour une efficacité réelle, résoudre les problèmes de développement interne  avec la chute du cours des hydrocarbures et parallèlement intensifier la coopération internationale contre ce fléau planétaire. Dorénavant,  la plupart des dirigeants de l’Afrique du Nord, de l’Afrique noire,  de l’Europe et des Etats Unis d’Amérique y compris la Russie et la Chine  s’accordent  dorénavant  sur la nécessité de   coopérer davantage face à la menace de l’insécurité et du crime organisé. Il  s’agit  de mettre  l’accent  sur  l’obligation de mettre en application une stratégie interrégionale qui associe l’ensemble des pays de la zone en plus des partenaires européens et internationaux, du fait que  la  région est devenue un espace ouvert pour divers mouvements terroristes et autres groupes qui prospèrent via le trafic d’armes ou la drogue,  menaçant  la sécurité régionale et par ricochet l’Europe et les USA. Et ce comme cela a été mis en relief  lors de différentes  conférences régionales africaines internationales  d’Interpol, dont celle  tenu à Oran (Algérie)  en septembre 2013,  où  les  résolutions  stipulent  l’urgence d’une   coopération tant africaine que mondiale  dans la lutte contre la criminalité transnationale avec  l’implication de chacun des Bureaux centraux nationaux d’Interpol des  pays membres, nécessitant  une amélioration des  bases de données  afin de lutter efficacement contre le crime transfrontalier et le terrorisme.
Il s’agit donc de lever les contraintes du fait que  la  corruptibilité  générale des institutions,  pèsent lourdement  sur les systèmes chargés  de l’application des lois et la justice pénale en  général qui ont des difficultés à s’adapter aux  nouveaux défis posés par la sophistication des   réseaux du crime organisé. La  collaboration inter-juridictionnelle est ralentie  par l’hétérogénéité des systèmes juridiques notamment  en Afrique du Nord et en Afrique noire. La porosité des  frontières aussi bien que la coordination entre  un grand nombre d’agences chargées de la  sécurité aux frontières posent de grands  problèmes. À terme, la  stratégie vise à attirer graduellement les utilisateurs du système informel vers le réseau formel et ainsi isoler les éléments criminels pour mieux les cibler tout en diminuant les dommages collatéraux pour les utilisateurs légitimes.
C’est dans ce cadre que rentrent les  tentatives   pour redynamiser le dialogue euro- méditerranéen avec deux initiatives : d’une part, la politique européenne de voisinage ; d’autre part,  le partenariat stratégique entre l’Union européenne d’un côté et la Méditerranée et le Moyen-Orient de l’autre  afin  de freiner l’émigration massive  notamment de l’Afrique subsaharienne avec  comme tampon pilier le Maghreb. D’une manière générale, sur le plan militaire et géo- stratégique  c’est  à travers les activités du groupe dit des « 5+5 » que peut être apprécié aujourd’hui la réalité d’une telle évolution.  C’est que la  lecture que font les Européens des menaces et défis auxquels le monde et notre région sont confrontés  repose essentiellement  sur la nécessité de développer ensemble une stratégie de riposte collective et efficace concernant notamment  le terrorisme international, le trafic des êtres humains et la criminalité organisée à travers la drogue et le blanchissement d’argent.  Pour  une efficacité réelle, aucun pays ne pouvant supporter seul le cout financier, sinon aliéner son développement  la mutualisation des dépenses devient stratégique devant   impérativement minimiser  des coûts des dépenses militaires.  L’analyse par le professeur en stratégie  à Harvard  Michael Porter des « cinq forces »,  qui déterminent la structure concurrentielle d’une industrie de biens ou de services (le pouvoir de négociation des clients, le pouvoir de négociation des fournisseurs, la menace des produits ou services de substitution, la menace d’entrants potentiels sur le marché et l’intensité de la rivalité entre les concurrents)  fait apparaître que souvent les différents acteurs algériens  un faible pouvoir de négociation du fournisseur et un fort pouvoir de négociation du client, alors que les barrières d’entrées sur le marché algérien tant des entreprises économiques que de l’armement sont élevées.

3.-En résumé, existe un lien dialectique entre sécurité et développement. Sans sécurité pas de développement et sans développement pas de sécurité. La  lutte contre le terrorisme implique de mettre fin à cette inégalité tant  planétaire qu’au sein des Etats où une minorité s’accapare une fraction croissante du revenu national enfantant la misère et donc le terrorisme, renvoyant à la moralité de ceux qui dirigent la Cité. Car, le tout  sécuritaire pour le sécuritaire a des limites et les responsables algériens chargés de la sécurité en sont conscients,  existant des liens dialectiques entre développement et sécurité. Cela  implique  de s’attaquer à l’essence (un co-développement) et non aux apparences comme le montre  une  étude du Forum économique mondial – WEF-  Aussi l’efficacité sécuritaire  devra  s’insérer  dans le cadre d’une vision  stratégique.  Face à un monde en perpétuel mouvement, tant en matière de politique étrangère, économique  que de défense, actions liées,  avec  les  derniers événements au Sahel, aux frontières de l’Algérie,  se posent  l’urgence des stratégies d’adaptation et d’une coordination, internationale et  régionale afin d’agir efficacement sur les événements majeurs. Ces nouveaux défis pour l’Algérie et l’Afrique dépassent en importance et en ampleur les défis que l’Algérie et l’Afrique  ont  eu à relever jusqu’à présent.

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Samedi 13 Mai 2017 – 20:36, http://www.reflexiondz.net/PROCHAINE-REUNION-AFRIPOL-A-ALGER-L-Algerie-un-acteur-majeur-face-aux-enjeux-geostrategiques-et-securitaires-de-l_a47027.html

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