booklet 8 pages

QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

Lire la suite

TERRITOIRES ET ACTIONS

Prolifération des armes: le GRIP tire la sonnette d’alarme

rtbf.be/Patrick Michalle-Publié à 06h30

Pour ses 40 ans d’existence, le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP) réunit à Bruxelles durant deux jours une série d’experts dans le domaine de l’armement.  Quatre ateliers permettront d’échanger autour des questions de prolifération et de régulation du commerce des armes.Type d'armes régulièrement exportées lors de trafics
Type d’armes régulièrement exportées lors de trafics – © IROZ GAIZKA – AFP

L’Afrique la plus exposée à la prolifération des armes légères

Pour Luc Mampaey, directeur général du GRIP, la situation en Afrique Centrale et de l’Ouest est extrêmement préoccupante :  » l’Afrique occupe une place centrale dans cet anniversaire du GRIP parce que c’est là que nous menons pour le moment notre action principale concernant ce fléau de la prolifération des armes légères. On y retrouve des stocks absolument hallucinant d’armes ! Notamment en Libye où nous retrouvons même des armes provenant de Belgique, armes livrées au régime de Kadhafi peu de temps avant sa chute. Des armes à propos desquelles nous avions alerté sur les risques qu’elles échappent un jour au contrôle de l’Etat libyen et finissent par se retrouver dans les mains de groupes armés. Et c’est exactement ce qui se passé !  »

Des Etats européens vendent des armes à des pays instables

Mais il y a aussi des stocks d’armes gigantesques qui sont l’héritage de la guerre froide et qui ont été acheminés vers l’Afrique grâce à la complicité de certains Etats de l’Union Européenne ou candidats à l’Union. C’est notamment le cas de la Serbie d’où proviennent des quantités importantes de kalachnikovs et d’autres armes qui se retrouvent dans certaines régions d’Afrique ou du Moyen-Orient.

Pour Luc Mampaey, l’un des enjeux importants en matière de prolifération, reste les armes légères :  » Si vous vendez un avion de chasse et que votre client décide de le détourner quelques mois plus tard vers un groupe armé non étatique, cela se voit ! Pour des armes légères ce n’est pas le cas. Même si il y a malgré tout une transparence plus grande que par le passé. Aujourd’hui on peut savoir ce qui a été vendu et à qui, du moins tant qu’on reste dans le marché légal évidemment « .

Le simple marquage des armes ne suffit plus

Les producteurs d’armes ont fait des progrès considérables en matière de marquage mais alors qu’il est possible de retracer le parcours de son « steak » du producteur au consommateur, cela paraît difficile pour une arme :  » Si lors de nos missions on retrouve une arme, il est tout-à-fait possible de savoir de quel lot elle provient, à quel moment elle a été vendue et à qui. Ces renseignements sont disponibles grâce aux banques de données obtenues auprès des fournisseurs et des Etats. Mais lorsque nous identifions une arme, elle a parfois circulé une dizaine d’années sur différents terrains d’opération, aucune information ne sera disponible sur son parcours « .  Ce serait pourtant une information précieuse si l’on veut réguler le commerce et neutraliser les filières d’écoulement illégales. Mais assurer cette traçabilité effective ne semble pas enthousiasmer tous les acteurs concernés…

L’intelligence artificielle à l’origine de nouveaux défis pour la paix

Les  » robots tueurs  » ce n’est plus de la science-fiction malheureusement affirme Luc Mampaey :  » Ces systèmes sont effectivement à la portée des armées de demain, c’est très clair. Des avancées technologiques considérables sont faites par le secteur privé dans ce domaine. Il y a aussi parallèlement une prise de conscience croissante d’ONG, de scientifiques pour alerter sur les risques liés au développement de ces nouvelles armes qui conduisent à déshumaniser totalement les conflits à venir « .

Parmi les entreprises engagées dans les programmes d’intelligence artificielle en lien avec les militaires aux Etats-Unis, on trouve sans surprise Microsoft et Amazon.  Mais coté Russe, Chinois et Français aussi, des entreprises collaborent avec les différents ministères de la défense. Et la France vient récemment de décider d’armer à son tour ses drones.

Responsabilité aux mains des politiques

Pour le directeur du GRIP, les drones armés téléguidés à distance à partir de centres de commandement très éloignés de leurs cibles sont la préfiguration de ce qui se prépare à grande échelle si rien ne vient contrarier les projets des industriels de l’armement. Les responsabilités appartiennent aux décideurs publics. En Belgique, les parlementaires belges de la commission  » Défense  » ont voté en juillet 2018 une résolution demandant au Gouvernement fédéral d’agir en faveur de l’interdiction mais depuis cette date rien n’a bougé.

Pour Luc Mampaey, en observant la réalité du terrain, chacun peut déjà se rendre compte de ce qui se profile :  » On est déjà sensibilisé à ces questions avec les drones commandés à plusieurs milliers de kilomètres et qui installent une distance importante entre le soldat qui pousse sur le bouton et ce qui se passe réellement sur le terrain. Et aujourd’hui on franchit de nouvelles étapes vers le  » robot tueur  » qui dit bien ce qu’il veut dire et qui apparaît clairement comme l’arsenal de demain « .

Réfléchir aux conséquences à long terme

En clair confirme le chercheur du GRIP, la question centrale est bien de savoir à terme si les responsables publics vont accepter de déléguer partiellement ou totalement à des algorithmes la prise de décision de tuer des êtres humains :  » Quelle est déjà la part de décision réellement humaine à l’heure actuelle dans l’envoi d’un drone ?  » s’interroge Luc Mampaey :  » Il y a des algorithmes, des critères définis, des grilles d’analyse et puis… une prise de décision « .  Sans cadre strict d’interdiction, il est à craindre que les Etats les plus en pointe poursuivent leurs recherches et finissent par imposer leurs vues sur le terrain.

https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_proliferation-des-armes-le-grip-tire-la-sonnette-d-alarme?id=10375363

Envoyer un commentaire