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TERRITOIRES ET ACTIONS

Officialisation de Tamazight : En l’absence de débat…

Depechedekabylie.com/Salas O. A.

«Tamazight langue nationale et officielle. Tamazight di lakul ! », était le leitmotiv placé au cœur de la revendication berbère, depuis que la Kabylie avait pris conscience de son Etre. Avant sa désintégration en satellites partisans, l’antique et authentique Mouvement Culturel Berbère en a été le réceptacle incontesté et incontestable de tous les fragments de la société se reconnaissant dans la dimension amazighe.

Bouillonnante, dans les années 80, la protesta se réjouira de l’ouverture démocratique imposée par les événements d’Octobre 88. Dès lors, il était attendu que toutes les générosités démocratiques y intégreraient naturellement et sans heurts cette ouverture. Le désenchantement ne va pas tarder : En embuscade, l’islamisme intégriste stoppera net les aspirations. La parenthèse terrorisme n’intimidera pas pour autant « tamazight langue nationale et officielle !» La protesta prendra la forme du boycott scolaire à l’échelle de la Kabylie. L’action forcera la main au pouvoir en place : tamazight intègre l’école algérienne. Il est incontestable que l’acquis est de taille. Seulement, « tamazight di lakul » n’a pas été réfléchie (pédagogiquement s’entend). On ne lui avait pas balisé le terrain en termes de formations adéquates. Mal formé ou pas formé du tout, le premier noyau d’enseignants, venu essentiellement du tissu associatif, se rendra, très vite, compte de la difficulté de la tâche.  Ainsi, la précipitation dictée par des impératifs politiques consistant à faire baisser la pression emmure l’enseignement de tamazight dans le symbolique et le folklorique. Parce qu’on a, pour ainsi dire, placé la charrue avant les bœufs, l’enseignement de tamazight continue  aujourd’hui d’en pâtir.

L’avènement du Printemps Noir forcera encore une fois la main au pouvoir : Tamazight intègre, désormais, la constitution. Elle y est reconnue langue nationale, paradoxalement, par ses détracteurs. Là aussi, l’acquis est symbolique. Il aura au plus participé à faire admettre à l’ensemble des algériens le fait amazigh. Quant à avoir des implications positives sur le plan linguistique (aménagement de la langue, du statut…) il n’en sera rien. C’est dire que c’est toujours la politique qui sévit.  Contre vents et marrées, l’enseignement de tamazight, conquête fondamentale de la revendication, résiste et tente de se frayer un chemin à travers l’opacité. Des initiatives personnelles mues par le désir de rendre « Tamazight enseignable ». C’est le cas du noyau de pédagogues drivé par D. Nacer Ait Ouali. Le groupe, avec les moyens du bord et l’aide de la seule sous direction de l’enseignement du HCA, avait donné de la vivacité à l’enseignement de Tamazight. La pédagogie de projet mise en pratique dans quelques classes avait, au-delà de « l’enseignement syntaxique », réconcilié l’élève avec son environnement naturel. L’émotionnel était au centre de la démarche. Et c’est bien entendu la langue qui, à long terme, en tirera les dividendes.
L’expérience ne fera, hélas, pas tache d’huile. La fadeur, la lourdeur, la langue du laboratoire et le confort que confère la fiche technique de « l’enseignant discipliné » continuent à participer à la création d’un monstre linguistique.  La quatrième mandature de Bouteflika a charrié un débat autour de l’officialisation de tamazight. Sera-t-elle officielle ou ne le sera-t-elle pas ? On n’avait essentiellement entendu que des politiques maîtrisant mal l’aspect faisabilité et scientifique du dossier. Hormis des généralités révélant la non- maîtrise des concepts linguistiques et la volonté de faire entendre sa voix dans le charivari électoral, le bruit n’éclairera pas les lanternes. Les profils scientifiques en mesure de dépassionner le « débat » et d’avancer des arguments n’auront pas de tribune pour ce faire.

Cela étant, dans la perspective de réviser la constitution, beaucoup de partis ont proposé l’officialisation de Tamazight. Le FLN, cet ex-parti unique de la négation, a, dans un document remis à Ouyahia, proposé d’amender l’article 3 bis de la Constitution comme suit : « Tamazight, qui est également langue nationale et officielle, constitue avec la langue arabe, le patrimoine culturel et linguistique de tous les Algériens ». Le même parti et dans le même document explique : « Hisser la langue amazighe au statut de langue officielle est une façon symbolique pour tout le peuple algérien de s’approprier constitutionnellement et avec une légitime fierté l’intégralité de son lointain passé, de sa culture ancestrale et de sa lointaine histoire… » Et encore : « s’enorgueillir d’avoir deux langues officielles et non une seule enrichit le peuple et ne le divise pas ». Le FLN a tout dit et même bien dit ! Et comme c’est le FLN, ce parti incontournable, qui le dit, Tamazight sera officielle. Le Premier ministre n’est pas du même avis. Pour lui, l’officialisation de tamazight est impossible actuellement pour des raisons « techniques ». Sellal a peut être raison. Sauf qu’il n’est pas dans son élément.

Les raisons techniques, s’il y en a, devraient être avancées par les compétences en la matière. Ces compétences on ne les entend pas. En l’absence des ces voix autorisées, le micro est tendu à des corps étrangers. C’est le cas de Athmane Sadi (docteur, semble-t-il), qui, au téléphone, dira un jeune militant des droits de l’homme présent sur les plateaux d’une chaîne de TV : « Si vous voulez officialiser tamazight, officialisez-la chez vous en Kabylie ! ». Bien évidemment, un substrat de racisme primitif trahit docteur A. Sadi. Mais au-delà de cette réaction épidermique primaire et sans qu’il le sache, Saadi fait une proposition intelligente que l’on peut concevoir dans le cadre de la régionalisation linguistique.

Seulement, encore une fois, on n’en débat pas. Docteur Allaoua Rabehi, une figure emblématique de la chose amazighe, avait intitulé un de ces textes : « Tamazight langue ou langues ?». L’interrogation mérite réponse. Une doctorante dont les travaux de recherche sont toujours en cours souligne la distanciation du kabyle (la langue) de Tamazight. Autrement dit, le kabyle est une langue à part entière qui prendrait ses distances des autres variantes. Cette donne scientifique impliquera sans aucun doute une autre lecture politique de « l’officialisation de Tamazight ». Mais, ni Allaoua Rabehi ni la doctorante ne sont conviés au débat.

Salas O. A.

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