booklet 8 pages

QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

Lire la suite

TERRITOIRES ET ACTIONS

Quels caractères pour la transcription de tamazight ?

 Lematindz.net

« Puisque l’autre refusait à me reconnaître, il ne restait qu’une solution : me faire connaître. » Frantz Fanon.

Mouloud Mammeri, dont la crédibilité, la probité et l’honnêteté intellectuelle sont au-dessus de tout soupçon, aurait-il fait dans la flagornerie ou acte contre-nature en écrivant dans la préface du livre de M. Hammouma (Grammaire Berbère) : « Le débat, intervenu quelquefois sur le système à adopter, me semble personnellement ou de pure forme ou d’opportunité. Le principe est une question de simple bon sens. Le berbère doit s’écrire en berbère, c’est-à-dire en tifinagh aménagées » ?

Mouloud Mammeri, un des plus grands précurseurs de la langue et culture amazighes. Mouloud Mammeri, un des plus grands précurseurs de la langue et culture amazighes.

 

Aujourd’hui, il existe encore des esprits réfractaires, une posture dogmatique de même férocité que celle manifestée par les représentants de l’islamisme-arabisme en Afrique du Nord, et opposés, par « partisianisme », aux caractères tifinagh de « peur de rater le train du développement civilisationnel. » Pourtant, ces esprits ne manquent ni d’intelligence, ni de bon sens, mais leur logiciel mental est probablement resté bloqué sur ce cliché quotidiennement ressassé : « Le salut du peuple amazigh passe par l’utilisation des caractères gréco-latins ». Ce n’est pas, me semble-t-il, la forme géométrique des lettres d’un alphabet qui confère une intelligence au détenteur dudit alphabet, mais, plutôt, le contraire. C’est le génie du peuple qui rend « intelligent » et intelligible un alphabet. Le cerveau amazigh présenterait-il des lacunes cognitives ? Serions-nous plus futés, éveillés, adroits, subtils si nous utilisions les caractères gréco-latins ? Les systèmes d’écriture varient selon la culture (l’écriture, concept protéiforme, est « un système de signes plus ou moins durables utilisés pour transposer des paroles de façon à les reproduire sans avoir besoin de l’émetteur. ») Les Chinois (détenteurs d’un savoir scientifique avancé) utilisent un système largement idéographique (une idée est associée à un signe, et il faut en connaître au moins 2 000 signes pour comprendre les ouvrages de vulgarisation, et 5 000 pour l’ensemble des publications) alors que les Occidentaux emploient un système alphabétique, le système des Japonais étant « mixte » (les hiragana, les katakana, les kanji). Pourtant, malgré la diversité des types d’écriture (caractères grecs, cyrilliques, amhariques, indiens, chinois, hébraïques, arabes…), tous les lecteurs du monde utilisent les mêmes zones cérébrales pour écrire. Tous activent aussi un « code phonologique », c’est-à-dire que les signes écrits sont traduits mentalement en sons parallèlement à leur compréhension. Ce que font les Chinois, les Japonais ou les Israéliens, le peuple amazigh, quel que soi l’alphabet utilisé, peut le réaliser si les femmes et les hommes qui le composent déployaient les ailes puissantes de leur génie. Il lui manque «seulement» une nation au sens « renanien ». Sortons donc de ce « microcosme des docteurs en linguistique ! »

Si le physicien des particules, que Le Matin nous a fait connaître, élaborait, en tamazight et en tifinagh, à supposer que nous disposions du vocabulaire savant ad hoc, le début d’une théorie mettant en évidence l’existence de l’hypothétique graviton, le boson de la gravitation, ou la théorie des cordes faisant partie des pistes qui permettraient de formuler une hypothèse de la gravité quantique, censée concilier la relativité générale d’Einstein (monde cosmologique) avec la physique quantique (monde subatomique), nul doute que les scientifiques du monde entier se précipiteraient pour en faire la traduction. Avec à la clé, dans quelques décennies, un Prix Nobel pour l’auteur. Ce jour-là, la triste formule d’ »inaptitude congénitale » que l’on nous colle comme une seconde peau, sera définitivement répudiée.

Je persiste, non par obstination, mais par conviction, que les tifinagh (mais les caractères gréco-latins ne me troublent pas outre mesure) n’ont rien à envier aux autres graphies. Elles sont, par surcroît, le meilleur lien entre le passé et l’avenir, la sève de nos lointaines racines, le cordon ombilical avec notre histoire. Le refus catégorique que les gouverneurs islamo-arabes en Berbérie opposent aux tifinagh devrait finir d’emporter notre adhésion. Atek Améziane, un Kabyle d’une infinie sagesse, rapporte que, étant étudiant avec son ami d’enfance, Mouloud Mammeri, ils montrèrent un petit texte à leur camarade M. Yazid, le futur diplomate, en lui disant « voici comment s’écrit le berbère ». « Mais, c’est du latin ! » les nargua-t-il. « Il s’écrit aussi en tifinagh » lui objectèrent-ils. M’hamed Yazid lui souffla alors un mot, que la pudeur interdit de dévoiler, que M. Mammeri devra lire. Convaincu par cette démonstration, il les congratula fraternellement.

« Ma conversion aux tifinagh ne s’est pas faite du jour au lendemain car, influencé par Mammeri, je pensais que notre langue ne s’épanouirait vraiment qu’à travers les caractères latins. […] Je fus amené à choisir les tifinagh, suivant en cela les conseils de Mahjoubi Aherdane […] « Tu dis dans tes tracts, me fit remarquer Aherdane, que notre langue s’écrivait bien avant Jésus-Christ, mais tu ne montres pas cette écriture et ne songes pas à l’enseigner. J’imagine donc que tu es prisonnier des caractères latins. Les tifinagh, mon cher, ne sont pas seulement pour nous une écriture comme les autres, mais les témoins d’une grande partie de notre histoire. Ils attestent en tout cas de l’existence d’une civilisation, ils expriment l’identité que tu entends défendre. Je vais même plus loin au cas où tu n’es pas convaincu. Tu n’es pas sans savoir que les juifs ont repris leur vieille graphie que certains donnaient comme un modèle de difficultés pour écrire leur langue. Et pourtant, ils ne manquent ni de savants-linguistes, ni de moyens financiers s’ils avaient voulu adapter l’alphabet latin. Or ils ont repris leur ancienne graphie et tu devines pourquoi, j’imagine. Aherdane n’a bien entendu pas besoin d’aller plus loin dans sa démonstration […] » (Mohand Aarav Bessaoud, De petites gens pour une grande cause, Alger, 2000, p. 90, 91).

Après 1962, il était impossible que Mouloud Mammeri utilisât les tifinagh, qu’il maîtrisait merveilleusement d’ailleurs, car les tenants de l’islamo-arabisme ne lui auraient laissé aucune liberté, le pays étant promis en offrande au trou noir du panarabisme, une idéologie constrictor. «Grâce» aux caractères gréco-latins, les autorités ont été quelque peu dupées. Au demeurant, à l’époque, il n’y avait aucune machine à écrire en tifinagh. L’unique jeu de caractères typographiques (tifinagh) que possédait l’Imprimerie nationale après le départ de la France, a été fondu sur ordre de Ben Bella, annonçant ainsi son hostilité à notre écriture ancestrale. Les idéologues du panarabisme connaissaient mieux que nous la valeur historique et sentimentale des tifinagh.

La Constitution promulguée le 10 septembre 1963 sanctionne ce que le Code de la nationalité a esquissé : l’Algérie « tient sa force spirituelle essentielle de l’islam », qui est proclamé «religion d ‘État.» Le discours prononcé par le député Sassi, reproduit par Bruno Étienne, cité par Catherine Simon (Algérie, les années pieds-rouges. Des rêves de l’indépendance au désenchantement, 1962-1969, La Découverte, Paris, p. 95) est sans équivoque quant à l’avenir du pays et des Berbères : « Chaque Algérien, avant d’être algérien, est arabe et musulman. […] il ne se rattache pas à l’Algérie en tant qu’être humain seulement, mais aussi en tant que membre de l’une des races humaines, qui est la race arabe» (souligné par nous). Il n’y a nulle autre divinité excepté « Sassibaal » et Allâh son Messager, amen ! Le «Dieu- savant-député » exprime ici la position dominante qui permet à la religion d’entrer dans la Constitution, la «Sunna» nationale. «L’Algérie est partie intégrante du Maghreb arabe, du monde arabe et de l’Afrique » (article 2 de la Constitution, Histoire de l’Algérie depuis l’indépendance, Benjamin Stora, La Découverte, Paris, 1994, p.21).

Quant à M. Ahmed Taleb Ibrahim, il fit cette déclaration devant une assemblée de cadres syndicaux, en février 1972 : « Quand on dit que l’Algérie est composée d’Arabes et de Berbères, c’est faux. Les Algériens sont des Berbères plus ou moins arabisés. Le sang algérien est arabo-berbère avec une dominante berbère dans une culture arabe » (Annuaire de l’Afrique du Nord, 1972, chronique sociale et culturelle de André ADAM, p. 386 et 387). Le même Taleb Ibrahim affirmait l’impératif d’indépendance absolue, et donc d’indépendance culturelle : « Un peuple qui change de langue est un peuple qui change d’âme et de regard sur le monde.» Déclaration à double lecture. «L’immense majorité des arabophones actuels ne sont que des Berbères arabisés depuis des dates plus ou moins reculées. Et, d’une certaine façon (historique et anthropologique), on peut dire sans polémiquer que tous les Nord-Africains sont des Berbères. Les Maghrébins se définissent (et doivent être définis) comme ‘’Arabes’’ parce qu’ils sont linguistiquement et culturellement arabes » (S. Chaker, Encyclopédie Berbère, t. VI, p. 834).

Les indépendantistes (amazighophones et arabophones), à de rares exceptions, ont agi et, par la suite, leurs clones, agissent toujours en faveur d’une culture islamo-arabe (thème central de la construction dite «nationale») exclusive de tout autre cadre ou forme de réalisation intellectuelle et culturelle. Ils oublient effrontément que tamazight est historiquement la première langue parlée de Siwa à l’Atlantique et de la Méditerranée au Niger. Aujourd’hui, il n’en subsiste plus que des îlots densément peuplés, exposés à la concurrence massive d’autres langues. La langue berbère, qui n’a toujours pas de statut officiel, est réduite aux byzantinismes du « café du commerce », cette « Assemblée du peuple », et à l’existence précaire de simples patois qui « persiste mais qui ne résiste (ra) pas » selon l’expression de Mouloud Mammeri.

Dans le contexte idéologique post-1962, Ben Bella s’est senti obligé de déclarer, urbi et orbi (à la ville de la Mecque et de l’univers): « Nous sommes des Arabes, nous sommes des Arabes, nous sommes des Arabes. » « Qu’il prenne surtout garde de ne pas promettre à la minorité [berbère] le sort des Kurdes, lui lançait avec superbe l’ancien officier de l’ALN, Bessaoud Mohand Aarav, dans son livre Heureux les martyrs qui n’ont rien vu, page 117, sorti en août 1963. Car alors, si son coq chante ‘’Je suis arabe’’, le nôtre lui répondra ‘’Je suis berbère’’ et, immanquablement, les deux volatiles se déchireront les ergots, […] pour le grand malheur de notre pays. » Bourguiba, « le combattant suprême », saisit l’occasion pour répondre à Ben Bella alors gorgé d’islamo-arabisme :

« Inâl ddin mu, il ne connait pas l’histoire de son pays et il prétend en prendre la direction. Depuis quand et en vertu de quelle loi historique l’Algérie est-elle arabe ? » (Propos rapportés par un diplomate algérien).

Depuis 1962, le «toutou» amazigh s’égosille, la caravane de l’islamo-arabisme passe… « Quand notre ennemi ne réagit pas à nos coups, dit Mao Tsé Toung, c’est que ceux-ci ne sont pas assez forts ou bien qu’ils servent ses intérêts. »

Aït Ameur,http://www.lematindz.net/news/17739-quels-caracteres-pour-la-transcription-de-tamazight.html

Envoyer un commentaire