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Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
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Mali : le cri de la révolte

« Assalam Aleykoum ! Ne te fatigue pas mon frère concernant ton message vocal, ne te fatigue point ! Pour ce qui se passe là-bas, tu n’es au courant de rien, tu ne sais pas. Je n’ai pas dit que tu ne sais rien, mais là-bas, ce qui s’y déroule, tu ne le sais pas. Billahi tu ne le sais pas. Nous qui le subissons, nous le savons. Wallahi, nous le savons. Mais, Incha’Allahou, que l’armée du Mali n’oublie jamais. Cette même stratégie que vous avez utilisée contre les « Bouroudamè[1] », à l’époque où vous avez tué des « bouroudamè » en masse, à l’époque où vous massacriez les « bouroudamè », au début, vous aviez procédé pareillement. Vous en aviez exécuté des masses, encore et encore, jusqu’au point d’arrêter et de ramener de nombreuses femmes « bouroudamè », que vous aviez mises en vente ici à Bamako, soit 2500 francs ou soit 5000 francs par tête. Cela s’est fait sous les yeux de tout le monde, et même que ce n’est pas si vieux. De l’Artisanat à proximité de l’Assemblée nationale jusqu’au marché de « dabanani », tu voyais plusieurs enfants « bouroudamè », qui tendaient leurs mains pour faire les mendiants.

Vous les aviez tués jusqu’à ce qu’ils se rassemblent dans les campagnes de Kidal en se disant que dorénavant, « Billahi cela cessera! ». Ils se sont retournés contre vous. Durant cette période-là, quand tu voyais n’importe quel soldat, il sentait la défaite, comme quelqu’un auquel on avait coupé la queue, surtout celui qui revenait de Kidal. Aujourd’hui regarde ! Observe donc aujourd’hui, Wallahi même le  flic ravalerait son sifflet suite à une infraction lorsqu’il se rend compte que c’est un « bouroudamè » au volant. Billahi Illezi, de nos jours, à qui appartient le Mali ? Le « Bouroudamè » ! C’est Allah qui l’y a aidé parce que vous les avez opprimés sans justification.

C’est cette même stratégie que vous avez reprise contre nous, les Peuls.  Wallahi, nous avons fui, toutes sortes de fuites, nous l’avons réalisé. Nous avons crié, tous types de cris, nous l’avons fait. Nous avons supplié, toutes manières de supplications, nous les avons faites. Wallahi, l’armée malienne, vous êtes bêtes, Billahi, vous êtes très bêtes. Vous racontez que vous tuez des djihadistes, mais vous ne vous rendez pas compte que vous multipliez vos ennemis. Vous ne savez pas, Wallahi. Chaque jour où vous dites que vous avez tué un djihadiste, vous en créez en même temps trois (3) autres. Ça je vous le dis, Billahi. Pour l’amour d’Allah, avez-vous déjà vu un djihadiste vendre des chèvres ? Le djihadiste vend-il des poules ou des vaches ?

En réalité, les djihadistes vendent plutôt des soldats, même pas en détails, ils en attrapent plusieurs qu’ils vendent en groupe. J’ai rencontré plusieurs personnes qui ont enlevés des soldats et se sont retranchés au fond des campagnes, pour ensuite déclarer qu’ils ne seront libérés qu’en contrepartie de plusieurs millions, sinon ils les exécuteront. Là vous payez et vos hommes sont libérés. C’est comme ça qu’ils kidnappent les « toubabs » aussi. Les djihadistes font du commerce d’être humains, et non du bétail. Mais vous allez dans les marchés où se trouvent 40 innocents vendeurs de chèvres qui vont acheter des condiments et du mil pour nourrir leurs familles, et vous en regroupez plusieurs que vous embarquez dans des camions pour les exécuter et les abandonner dans la  brousse, ensuite vous déclarez avoir tué des djihadistes. Continuez ! Nous, fuir, il n’en est plus question, c’est fini ! Crier, il n’en est plus question non plus, c’est fini ! Billahi Illezi, soldas maliens, moi, je ne suis pas djihadiste, je n’ai pas besoin du djihadiste, la mère d’un djihadiste n’a pas eu d’enfant, la mère du djihadiste a perdu. Wallahi, le djihadiste a perdu dans ce monde comme il a perdu dans l’au-delà. Ce que les djihadistes nous font subir, nous les Peuls avec qui ils ont commencé en tuant plusieurs de nos notables sauf ceux qui se sont exilés. Et maintenant, vous avez peur d’aller les chercher dans leurs cachettes, vous rentrez dans les marchés, vous vous arrêtez sur les routes, vous arrêtez les Peuls que vous exécutez, et vous déclarez que vous avez tué des djihadistes. Continuez !

Billahi, moi, si tu tues mon frère ainé, Billahi monsieur le soldat, je ne te lâcherai pas. Billahi, je ne te lâcherai jamais ! Je me suis enfui, j’ai cru que cela me sauverait. J’ai crié, j’ai cru que cela me sauverait. J’ai supplié, j’ai cru que cela me sauverait. Si tout cela ne me sauve pas, où irai-je et où m’enfuirai-je donc ? La fuite et les cris ne m’ont pas sauvé, je m’arrête et je fais face finalement. Actuellement, vous n’avez que les armes, vous n’êtes pas des lions, vous n’êtes pas des messies, vous n’êtes rien, vous n’avez que les armes. Les armes prolifèrent actuellement, partout où l’on peut aller, il y a des armes maintenant, et ce n’est même pas cher, avec des munitions en quantité suffisante, avec des armes en nombre et de diverses sortes. Dorénavant, « armée du Mali », Billahi illezi, si tu tues mon frère ainé gratuitement, il n’a rien bu ni n’a rien renversé, Billahi « armée du Mali » je ne te lâcherais pas. Si tu arrêtes mon frère cadet et le tues gratuitement, Billahi Ilezi « armée du Mali » je ne te lâcherais jamais. Si tu m’arrêtes et me tues, « armée du Mali », Billahi Ilezi, mon enfant ne te lâchera pas, mon frère cadet ne te lâchera pas, jamais plus jamais ! Billahi Ilezi, maintenant, si le Mali doit exploser, il explosera. Si le Mali doit se bâtir, il se bâtira.

Ce que vous faîtes ne pourra pas éteindre les Peuls, jamais ! Au contraire, cela rend les Peuls plus forts. Même ceux, parmi les Peuls, qui manquaient de courage, à cause de vos actions, ils s’encourageront. Même ceux, parmi les Peuls, qui ne pensaient pas à mal, vos actions seront la cause de leurs mauvaises pensées. Billahi Ilezi ! Le temps de l’exil est fini ! Billahi, la fuite est finie, « armée du Mali », il n’en est plus question. Billahi, si vous tuez nos frères pour rien, nous vous tuerons aussi pour rien. C’est fini hein ! Les supplications, la fuite, cela n’existera plus ! Vous êtes présents ici dans les brousses, nous aussi, nous sommes présents ici dans les brousses. Vous avez des armes, nous aussi, nous savons où se vendent les armes. Nous le savons. Vous avez de l’argent, nous aussi, nous avons du bétail. Billahi, nous allons vendre tout notre bétail pour acheter des armes. Billahi Illezi, ce qui doit advenir, adviendra ! Toute votre connaissance poussée que vous avez de la brousse, nous, nous sommes nés ici. Nous sommes nés ici, même nos grands-pères sont nés ici, nos pères sont nés ici. Nous sommes nés ici ! Toute votre connaissance poussée que vous avez de cette brousse n’est rien, comparée à la nôtre.

Tuez des humains ! Tuez des humains ! Tuez des humains ! Zéro ! Pourquoi donc ? Continuez ! Continuez ! Il n’y a aucune différence entre vous et nous à part les armes. Billahi Illezi ! Les armes actuellement sont abondantes et même pas chères. Pas besoin de débourser gros pour en acquérir. Aujourd’hui, vous pouvez continuer ! Wallahi, « armée du Mali », vous pouvez continuer ! Il n’y a plus de supplications, il n’y aura plus rien. Vous pouvez continuer ! Ici, dans le Mali, Billahi nous allons nous entretuer jusqu’au dernier. Billahi Illezi ! « Armée du Mali », pouvoir nous tuer injustement et sans aucune représaille, ce temps est fini ! Billahi Illezi, c’est fini !

Pour toute personne dont tu as tué le frère ainé, Billahi, sache que son frère cadet te tuera en retour. Pour toute personne dont tu as tué le père, Billahi, sache que son fils te tuera en retour. C’est fini ! La manière dont les autres enfants du Mali payent leurs impôts, nous, les Peuls, les payerons ainsi. La manière dont les autres citoyens du Mali respectent les lois, nous, les Peuls, les respecterons ainsi. De nos jours, le pays est mal gouverné. Sinon il était une époque où tout agent de l’État qui était muté dans le pays Peul, Billahi, il organisait, pour s’en réjouir, une grande fête. Car là où il fallait s’acquitter de 5000 francs, il exigeait 25 000 francs du Peul qui les réglait sans aucune contestation. À cette époque, tout représentant de l’État qui se trouvait parmi les Peuls, ici au nord, lorsqu’on lui annonçait qu’il serait muté ailleurs et partir d’ici, Billahi, il se rendait de suite chez un marabout, pour prier Allah de ne pas quitter ici. Car ce qu’il ordonnait, était ! Trop, c’est trop ! Trop, c’est trop ! Ce n’est que la mort. Ce n’est que la mort ! Vous n’avez pas craint Allah, vous n’avez pas craint la mort. Vous êtes en train de tuer des innocents humains injustement. Billahi iIlezi, nous, aussi, ne craindrons plus la mort, c’est fini !

Non, plus aucune différence entre vous et nous à part les armes. Aucune ! Wallahi, vous n’avez aucun entrainement militaire. Vous n’avez aucun savoir, nul ! Billahi illezi, vous êtes incompétents. Vous n’avez qu’une méchanceté foncière, c’est tout ! Vous n’avez rien à part un mauvais cœur. Billahi illezi, vous n’avez ni entrainement, ni discernement. « Armée du Mali », vous avez un fond méchant. Cette même méchanceté foncière, continuez ! Wallahi, toute personne dont le père a été tué par vous, son fils vous tuera. Toute personne dont la mère a été tuée par vous, pour rien, son fils vous tuera. C’est fini !

Les gens sont opprimés par vous ! Les gens sont terrorisés par vous, allez trouver un vieillard dont la vie est derrière lui et qui est assis chez lui, même plus capable d’aller se balader, vous l’arrêtez et le tuez en déclarant que c’est un djihadiste. Un enfant d’une dizaine d’années, vous l’arrêtez et le tuez en prétextant que c’est un djihadiste. Han ? Allez dans un marché à bétail, arrêter et exécuter tous les hommes présents qui laissent orphelins et veuves derrière eux, ensuite répéter que vous avez éliminé des djihadistes. Est-ce ainsi que vous comptez trouver et tuer des djihadistes ? Si c’était aussi facile de repérer des djihadistes, est-ce qu’ils auraient pu traverser tous ces pays du monde pour arriver ici au Mali ? Pourront-ils ? Continuez ! Wallahi, il n’y a aucune différence entre vous et nous à part les armes. Continuez !

Désormais quand même, c’est fini ! Nous ne fuirons plus, nous ne demanderons plus aucune intervention, nous ne ferons plus rien du tout ! Billahi, si l’on apprend que vous avez commis des crimes quelque part, nous vous y guetterions. C’est fini ! On va tous mourir, puis être enterré. Maintenant, le Mali explosera, ou le Mali se bâtira. Pour ceux qui envoient des messages vocaux disant de ne pas être contre les militaires maliens, je vous réponds qu’ils sont sur le point de nous exterminer ici dans les savanes alors que nous sommes innocents et élevons nos bêtes, nous suivons nos troupeaux.

Les djihadistes ? Même si vous êtes payés en diamant, vous n’oseriez pas allez chercher les djihadistes. Aujourd’hui, vous avez abandonné les patelins de Kidal, parce que vous avez un nouveau projet. Celui d’aller dans les fermes des Peuls, les tuer tous, faire appel aux milices « donzos » pour récupérer les bêtes et les vendre, pour ensuite encaisser l’argent. Ce projet-là, nous sommes au courant. Les milices Donzos que vous avez créées, Billahi Illezi, vous ne les avez créé que pour vous rapporter le patrimoine des Peuls. C’est pour ça seulement ! Maintenant, nous avons compris et sommes plus intelligents. Ceux qui se trouvent à Bamako, les Peuls qui se trouvent à Bamako, tranquillisez-vous et buvez de l’eau glacée, restez là-bas et ne dites rien du tout. Nous autres, qui sommes tués ici dans les campagnes, Wallahi, si vous tuez un père gratuitement, Billahi, son fils aussi vous tuera gratuitement. Si vous tuez un frère ainé injustement, son frère cadet vous tuera injustement. C’est fini ! Les armes sont nombreuses à la frontière, partout le long de la frontière, il y’en a en pagaille. Présentement, les commerçants d’armes, sans les chercher, ils viennent à toi. Les vendeurs d’armes viennent sans avoir besoin de les quérir. Reste bien assis. Wallahi, militaires maliens, vous n’êtes pas des djinns, vous n’êtes pas des surhommes, vous n’êtes pas non plus des messies, de simples fils d’Adam comme nous. Nous sommes aussi comme vous. Votre méchanceté foncière, nous allons tous nous y mettre maintenant. Inchallah, envoie le ce message vocal, wallahi envoie-le. Nous n’avons nulle peur de vous, nulle ! C’est fini maintenant ! C’est fini ! C’est fini !

Ce que vous commettez, pensez-vous réellement que cela puisse continuer comme ça ?  Allons-y ! Wallahi nous sommes ici, dans les brousses, Billahi Illezi, soldats du Mali, si vous tuez nos parents injustement, Billahi, nous vous traquerons. C’est fini ! «

[1] Nom péjoratif utilisé au sud du Mali pour désigner les Touaregs suite à la rébellion de 1963

Traduction et Transcription: Zeid AG ABDOULSALAM

https://assaleck.wordpress.com/2020/04/02/mali-le-cri-de-la-revolte/?fbclid=IwAR1hg4hhj_SEP5lkNjO0OGxTZSeENo2JhE1UkxTZ8sRDO3n_buqVlz_Re64

1 commentaire pour Mali : le cri de la révolte

  • AG AZAMANE

    Au tant je connais Tita Jeaun-Pierre (b’bâ n’Assalekh) et mon défunt ami et frère Abdoussalam (b’bâ n’Zieid) et Zeid AG ABDOULSALAM qui a fait la Traduction et la Transcription de ce texte assez touffu tel que je n’ai pas eu le courage de le lire une deuxième fois.

    Je prie mon fiston Zeid, avec lequel j’avais passé, en Septembre 2013, un bon dimanche chez ma fille Rahma à Le-peureux-sur-Marnes, en compagnie de son ami ag-Idias, alors que Zéid était étudiant à la Sorbonne/Paris, de me contacter à mon adresse mail « agazamane@yahoo.com » et de bien vouloir visiter mon blog « https://agazamane.wordpress.com/ »

    Dans cette attente, meilleures salutation à Assalekh et à Zéid.

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