booklet 8 pages

QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

Lire la suite

TERRITOIRES ET ACTIONS

Sur le chemin tortueux de la paix au Nord du Mali/Azawad

Dr. Dida BADI, Maitre de recherches -Identités sahéliennes en temps de crise: Histoires, enjeux et perspectives. Baz Lecocq et Amy Niang (Édit.) Études Africaines. Volune 60. Lit Verlag Dr. Wopf Berlin, 2019, p. 181-201, 2019

Introduction
Les années 1960 et 1970 ont connu une vague de décolonisation et l’avènement des nouveaux Etats nationaux, notamment en Afrique aux frontières tracées par les anciennes puissances coloniales. Le tracé de ces frontières répondait plus à une logique coloniale qu’aux intérêts des populations autochtones dont elles ont souvent morcelé les territoires traditionnels afin de pouvoir mieux les administrer.

C’est le cas des populations touarègues du Sahara qui ont vu, au lendemain des Indépendances, leur territoire divisé entre cinq États africains. Alors que certains de ces États ont intégré ces communautés dans l’ensemble national, ce n’est pas le cas du Mali, comme l’indique la série des rébellions qui ont jalonné ses relations avec ses populations touarègues et ce, depuis son accession à l’indépendance, en 1960, jusqu’à nos jours.

La « question touarègue » au Mali a toujours été traitée dans un contexte national, sinon régional depuis les accords de Tamanrasset de 1991, sous médiation du voisin algérien. Ceci correspond au souci des États de la région d’éviter son internationalisation, souvent synonyme d’ingérence étrangère. Cependant, les acteurs qui l’ont toujours porté voient dans l’internationalisation de leur « problème » un gage de sa reconnaissance au niveau international et un moyen de pression sur l’Etat central malien pour faire valoir leurs revendications (Boilley 2011).

C’est dans ce sens qu’ils considèrent le dernier accord d’Alger, en 2015, obtenu grâce à la médiation internationale, sous la conduite de l’Algérie, comme un acquis à valoriser.

Alors que le gouvernement malien le considère comme contraire à ses intérêts nationaux puisqu’il crée un précédent attentatoire à son unité territoriale, et comme un problème localisé et circonscrit au sein de certaines minorités du Nord. Dans ces visions opposées – celle des acteurs locaux voulant internationaliser leurs revendications et celle d’un gouvernement jacobin et réfractaire à toute idée d’ingérence et ce, malgré la présence actuelle d’un nombre important d’acteurs étrangers sur son territoire – la maitrise du local (Klute & Trotha 2004) devient un élément déterminant et un enjeu important.

Ainsi, on défend ici une approche privilégiant le local, tout en ne perdant pas de vue les dimensions nationale et internationale, afin d’explorer et comprendre les dynamiques politiques en œuvre dans le Nord du Mali(Hüsken & Klute 2015). Dans cette approche multi-scalaire, aucun des trois niveaux ne semble l’emporter sur l’autre.
Au contraire, il s’agirait d’une relation complémentaire dont le dynamisme serait surtout déterminé par les acteurs locaux. Pour étayer cette hypothèse, nous allons voir comment le gouvernement central de Bamako a manœuvré afin de tirer profit des contradictions inhérentes à l’Accord d’Alger, afin d’essayer d’imposer sa vision du problème du Nord. Pour ce faire, le gouvernement a tenté d’enlever l’initiative à la médiation qui, elle, prône la négociation selon les règles de la diplomatie internationale. En bon connaisseur de ces groupes essentiellement lignagers, il a tenté de réduire le problème à un problème local en utilisant les clivages structuraux (Badi 1994) qui caractérisent les sociétés touarègue et maure, basés sur une structure binaire (nobles tributaires).

C’est dans cette perspective, pensons-nous, qu’a été initiée la rencontre intercommunautaire d’Anafif, dont nous allons analyser le processus auquel elle a donné lieu et ses implications sur les rapports entre les autorités centrales et les acteurs locaux ainsi que leurs conséquences sur l’application de l’Accord d’Alger de 2015. Nous allons voir comment les acteurs locaux, tout en maitrisant les enjeux du local où ils sont fortement ancrés, commencent à avoir une meilleure connaissance des canaux de la diplomatie internationale, à travers leur attachement aux termes des engagements signés. Ceci ouvre la voie à l’internationalisation du problème du Nord Mali, chose que le gouvernement semble vouloir contrer à travers sa démarche orientée vers le local.

LIRE LA SUITE

 

Dr. Dida BADI, Maitre de recherches didabadi1@yahoo.fr

Envoyer un commentaire