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Alerte rouge au Sahel, un an après l’enlèvement du père Pierluigi

Le blog de Mauro Niger-16 sept. 2019

.Aujourd’hui, le 17 septembre, c’est juste un an de l’enlèvement du père Pierluigi Maccalli, missionnaire et compagnon de voyage dans le même ‘bateau de sable’ qu’est le Niger. Lui, un lanceur d’alerte hors classe. Lui qui, avec sa communauté de Bomoanga, a tout fait pour rendre ‘dangereux’ l’évangile qui nous rappelle que nous sommes tous ‘humains’.

En Argentine on les appelait ‘desaparecidos’, disparus sans laisser aucune trace. Pendant mon séjour dans ce Pays j’ai eu l’occasion de connaitre certains membres des familles qui ont souffert ces disparitions. On pouvait remarquer en eux une douleur ‘sourde’ engendrée par un vide sans explications et le soupçon que le conjoint était ténu encore gardé comme otage quelque part. Aujourd’hui, le 17 septembre, c’est juste un an de l’enlèvement du père Pierluigi Maccalli, missionnaire et compagnon de voyage dans le même ‘bateau de sable’ qu’est le Niger. Lui, un lanceur d’alerte hors classe. Lui qui, avec sa communauté de Bomoanga, a tout fait pour rendre ‘dangereux’ l’évangile qui nous rappelle que nous sommes tous ‘humains’. Amené contre sa volonté ailleurs après son congé une nuit de septembre, après avoir fait creuser des puits, accompagné des malades à l’hôpital en ville, ouvert des écoles, des cliniques et un petit centre nutritionnel. Lui qui parlait la langue de son peuple et qui par son peuple il avait été ‘colonisé’. Il avait inauguré  avec fierté une cathédrale paysanne qu’il considérait à raison la première ‘basilique du sahel’, pétrie de sable et de rêves inexplorés.

L’Occident est parsemé d’alertes et ces même alertes ce sont propagées partout dans le monde et au Sahel. L’inutile alerte des autorités par rapport aux inondations qui ont fait quelque 60 morts et des milliers de sans- abris. Les alertes concernent aussi les attaques des ‘terroristes’ qui ont ensuite amené à prolonger l’état d’urgence dans plusieurs départements du Pays. Elle n’ont pas empêché la fermeture des certaines écoles et l’arrêt du service médical dans certaines zones. L’alerte s’adresse aussi aux citoyens européens se trouvant au Sahel. Les ambassades s’amusent à confectionner cartes du Niger et à les colorer de la couler rouge presque partout. A parte une petite portion autour de Niamey et vers le Bénin le reste est interdit ou formellement déconseillé au transit des européens. Dans les villes d’Europe on voit de plus en plus des affiches qui alertent les citoyens sur la présence de la vidéo-surveillance de la zone. En Europe d’abord on effraye les citoyens et ensuite on les ‘protèges’ des ‘ barbares’. Nos sociétés pratiquent le control global, y compris avec les drones.

Les alertes devraient bien différentes et le père Pierluigi nous le rappelle bien. L’alerte de Grande Guerre contemporaine qui est celle de la faim, celle des inégalités sociales qui continuent de se creuser dans le monde entre le Nord et le Sud. Pour l’apartheid global qui bouffe les pauvres et puis les vend pour une paire d’aides qui ne font que perpétuer leur exclusion. Pour la trahison qui continue de se perpétrer entre ceux qui ont le droit à la mobilité et ceux qui, en revanche, se trouvent dans l’immobilité des cimetières à cause du voyage. En effet, selon les statistiques, il y a quelque 25 migrants par semaine qui meurent bin avant d’arriver à la mer, ici en Afrique, avant d’atteindre la mer où les attend l’autre baptême sans noms. Le père Pierluigi, lui- même absent, présent, disparu, prisonnier, otage, perdu, libre, silencieux et assourdissant, est le porteur de la seule alerte qui mérite ce nom. La vie invisible est l’alerte qui crie au Sahel l’injustice des otages de la misère qui donne des armes au vide de la dignité que l’on a confisquée aux pauvres. La sienne est l’alerte de qui a traduit le silence en cri pour qui, tout comme lui, a été enlevé par l’abstraction d’une religion transformée en idéologie, aveugle, de pouvoir. De tout cela nous devrions  nous équiper en donneur d’alerte.

Depuis janvier de cette année, selon un rapport des Nations Unies, dans la seule région de Diffa 179 personnes ont disparu et entre elles 44 femmes. Pour certains on a payé une rançon tandis que la plupart sont ailleurs à la manière du père Maccalli, de religion différente. En réalité tous ces paysans, pauvres et sans visage et en cela différents de lui qui a eu une certaine publicité, avaient déjà disparu des priorités politiques du Pays. Personne n’a jamais donné l’alerte pour cela. Entre temps ses amis ont écrit ‘Libérerez le p. Pierluigi’. Maintenant la véritable ‘alerte’ se trouve dans nos mains et seulement peuvent la décliner ceux qui veulent changer le monde. C’est donc pour alerter que, dans le diocèse de Niamey, aujourd’hui on ne célèbrera nulle part le service divin.

https://blogs.mediapart.fr/mauro-niger/blog/160919/alerte-rouge-au-sahel-un-apres-l-enlevement-du-pere-pierluigi

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