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TERRITOIRES ET ACTIONS

Le drone piégé, nouvelle arme psychologique de l’Etat islamique

LE MONDE |   | Par Jean-Philippe Rémy (Johannesburg, correspondant régional)

Un rapport détaille comment un drone a explosé en octobre 2016, blessant grièvement deux soldats français près de Mossoul, en Irak.

Le gros oiseau ventru en polystyrène, aux ailes courtaudes entourées de Scotch gris, est tombé du ciel au nord de Mossoul. Lorsque le drone de l’organisation Etat islamique (EI) a atterri, le 2 octobre 2016, dans le nord de l’Irak, il semblait victime d’une panne. L’appareil est arrivé intact sur le sol, à une trentaine de mètres des lignes de peshmergas (combattants kurdes) faisant partie de la coalition engagée contre les forces de l’EI. L’officier chargé de cette partie du front, vers le barrage de Mossoul, a par prudence attendu un quart d’heure avant d’envoyer un homme en reconnaissance. Celui-ci, ne distinguant rien de particulier dans l’aspect du drone, l’a alors rapporté vers leur position.

Puis, décision a été prise de le stocker dans un petit bâtiment, pour s’y livrer à des observations, notamment en le prenant en photo. Deux soldats français du commando parachutiste de l’air n° 10, appartenant aux forces spéciales, ont été conviés. Alors que l’engin était manipulé dans le bâtiment, il a explosé. Le peshmerga qui tenait le drone a été tué sur le coup, crâne fracassé, tandis qu’un autre Kurde, sévèrement brûlé, allait décéder peu après. Les deux militaires français se tenaient sans doute à une petite distance d’un ou deux mètres. Ils ont subi des blessures très sérieuses et ont été hospitalisés en France, comme l’a révélé Le Monde.

Mais les détails, alors, faisaient défaut. Des spécialistes de l’organisation Sahan, basée à Nairobi et spécialisée dans les conflits, ont été invités, à plusieurs reprises, à venir examiner l’état des dispositifs utilisés par l’EI pour la fabrication et l’utilisation d’engins explosifs improvisés (IED), jusqu’ici utilisés pour piéger des zones de plus en plus importantes, des véhicules, et à présent, des drones. Ils ont pu examiner les restes de l’explosion, les photos prises et un drone similaire. Ils livrent à présent leurs observations.

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Micro-bombardiers

« Les combattants nous ont dit que le son de l’explosion correspondait à l’impact d’un obus de mortier de 120 mm », précise Greg Colin, enquêteur de Sahan. La charge était soigneusement dissimulée, incorporée sans doute dans un bloc de batteries, et ne devait pas excéder quelques centaines de grammes. Elle a creusé un petit cratère d’environ 20 cm de diamètre et tué deux hommes.

C’est peu et c’est beaucoup. Un drone ainsi piégé ne constitue pas une arme redoutable tactiquement, mais peut avoir un impact psychologique. Et, surtout, sa menace potentielle repose dans l’éventualité de sa multiplication. Les enquêteurs de Sahan ont pu comparer le drone ayant explosé avec un modèle similaire ne portant pas de charge. Il s’agit de modèles X8, de la marque chinoise Skywalker. En vente en ligne à moins de 150 euros (carcasse nue), près de 1 500 euros tout équipés, avec caméra et système de navigation. « Ils sortent de la même chaîne logistique et ont vraisemblablement été fabriqués par le même atelier », notent les auteurs de l’étude. Or, d’autres drones récupérés sont « faits maison », structure légère, économie sur les composants électroniques. Coût global : environ 200 euros.

Sur le front de Gogjali, à l’entrée est de Mossoul, pendant la progression d’une unité des forces spéciales irakiennes, le photographe envoyé spécial du Monde, Laurent Van der Stockt, a vu piquer l’un de ces micro-bombardiers. Le drone avait « environ 1,20 m d’envergure, il avait l’air très léger ». L’engin est venu heurter une voiture de l’unité combattante, « traversant le pare-brise et explosant à l’intérieur, arrachant le volant ». Il aurait sans doute tué ou blessé les occupants, mais dans ce cas précis, la voiture était vide. « Et à quinze mètres, les premiers témoins n’ont pas été touchés. » La charge était encore toute petite.

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« Bourdonnement permanent »

D’autres techniques d’attaque par les airs sont testées, avec des sous-munitions, ou une grenade dans un bocal en verre. Un système permet au pilote d’activer à distance un crochet, qui largue le bocal de verre sur l’objectif (il dispose d’une caméra). La grenade, dégoupillée mais coincée dans le bocal, explose quand celui-ci se brise en touchant le sol. L’impact tactique est presque dérisoire, mais l’effet psychologique réel sur des combattants qui s’estimaient à l’abri derrière un élément du relief ou d’un bâtiment.

Or, remarque Laurent Van der Stockt, le champ de bataille, dans le cas des combats de Mossoul, « est envahi par les drones, ceux de l’Etat islamique, ceux des différents groupes de l’armée irakienne ou de leurs alliés, et même ceux des journalistes. Cela conduit à une énorme confusion, il y a un bourdonnement permanent au-dessus des têtes. Les forces irakiennes ont abattu un grand nombre de leurs propres drones, faute de pouvoir les distinguer de ceux de l’ennemi ».

Cette multiplication par nature affolante préfigure-t-elle une multiplication de drones piégés dans d’autres espaces, dans les pays où les membres de l’Etat islamique souhaitent commettre des attentats ? Une importante recherche est consacrée à la neutralisation des drones en vol. Mais la fabrication d’IED volants en masse semble de plus en plus à portée de main des bricoleurs. Comme cela a été mis en pratique, déjà, pour les engins piégés au sol. « Les peshmergas ont trouvé sur les corps de combattants de l’EI des manuels de fabrication d’IED et des explosifs », s’inquiète Greg Colin.

Dans les villes contrôlées par l’EI, « la production est centralisée, avec une chaîne logistique bien étudiée. Dès qu’ils prennent une ville, ils investissent les ateliers, avec leurs employés, appuyés si nécessaire par des esclaves, pour former des dispositifs à la chaîne. C’est basique, très bien étudié, c’est une forme de taylorisation », témoigne Greg Robin.

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  •  Jean-Philippe Rémy (Johannesburg, correspondant régional)
    Correspondant régional Afrique, Johannesburg,http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/01/09/le-drone-piege-nouvelle-arme-psychologique-de-l-organisation-etat-islamique_5059585_3218.html

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