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TERRITOIRES ET ACTIONS

Face à son déclin, al-Qaeda se tourne vers Boko Haram

Sous la pression des Etats du Sahel, al-Qaida au Maghreb islamique se tourne vers les groupes terroristes régionaux en Afrique pour trouver de nouvelles recrues.
Ce fut un sommet sur la sécurité au Sahel très différent des autres auquel ont participé cette semaine les ministres des Affaires étrangères du Mali, de Mauritanie, d’Algérie, du Niger et du Nigeria, le pays hôte.
Ces pays ont en effet confirmé pour la première fois les liens existant entre al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et l’organisation terroriste nigériane Boko Haram, et se sont engagés mardi 24 janvier à Nouakchott à travailler ensemble pour lutter contre cette menace commune pour la stabilité et le développement de l’Afrique.

Quatre jours plus tôt, Boko Haram (qui signifie « l’éducation occidentale est interdite ») avait tué plus de deux cent personnes dans une série d’attaques coordonnées à la bombe et à l’arme lourde à Kano, la deuxième plus importante ville du Nigeria.
Des dizaines d’autres personnes sont mortes dans des attentats contre des églises, des hôtels et des bâtiments publics depuis le début de l’année. Human Rights Watch a indiqué que 550 personnes avaient été tuées l’an dernier lors de 115 attaques différentes lancées par Boko Haram, notamment l’attentat à la bombe contre les Nations unies à Abuja.

« Il y a une connexion avérée entre AQMI et Boko Haram », a déclaré le ministre malien des Affaires étrangères Soumeylou Boubèye Maïga lors de cette rencontre ministérielle à Nouakchott.
Le chef de la diplomatie nigériane Mohamed Bazoum s’est pour sa part dit inquiet de la situation dans son pays liée au développement de Boko Haram, dont les liens avec AQMI « ne relèvent pas que de la simple hypothèse d’école ».
Selon lui, « la dégradation de la situation en Libye au cours de l’année 2011 a occasionné un accroissement exceptionnel de la circulation des armes et autres explosifs dans la région ».
« Nous devons mettre fin aux réseaux utilisés par les terroristes pour se ravitailler en alimentation et en carburant », a-t-il déclaré.
Outre le fait de devoir faire face conjointement au « grand défi posé par AQMI au Sahel et Boko Haram au Nigeria », le ministre mauritanien des Affaires étrangères Hamadi Ould Hamadi a expliqué que les pays entendent s’associer pour lutter contre le crime organisé, le trafic d’armes et d’explosifs, et l’enlèvement d’Occidentaux.
Le Centre d’étude et de recherche sur le terrorisme (CAERT) basé à Alger assistait également à ce sommet en Mauritanie. L’Algérie, qui accueille le commandement des états majors conjoints des Etats du Sahel et l’office central des renseignements, avait déjà soulevé la question des liens entreAQMI et Boko Haram plusieurs mois avant ce sommet.
« Nous sommes convaincus qu’il existe une certaine coordination entre Boko Haram et al-Qaida », avait déclaré en novembre dernier le ministre algérien pour le Maghreb et les Affaires africaines Abdelkader Messahel lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre mauritanien des Affaires étrangères Hamadi Ould Baba Ould Hamadi en visite en Algérie.
« La manière dont opèrent les deux organisations et les rapports des services de renseignement montrent clairement qu’il existe une coordination », a-t-il précisé.

La thèse de l’existence de liens entre AQMI et Boko Haram est également étayée par les Nations unies.
Selon une mission onusienne qui s’est rendue au Sahel pour enquêter sur la baisse de la sécurité consécutive au conflit en Libye, les militants de Boko Haram du Nigeria renforcent bel et bien leurs liens avec al-Qaida, a indiqué l’AFP jeudi 26 janvier.
La vulnérabilité du Nigeria aux attaques terroristes pourrait mettre en danger le processus de paix, la démocratie et la stabilité en Afrique de l’Ouest, a déclaré l’envoyé spécial des Nations unies en Afrique de l’Ouest Said Djinnit devant le Conseil de sécurité des Nations unies le 16 janvier.
Au Niger, les autorités ont récemment intercepté un convoi transportant 645 kilos de Semtex et 445 détonateurs et « supposé que ces explosifs étaient destinés aux camps d’al-Qaida au Maghreb islamique dans le nord du Mali ».
« Cette saisie pourrait indiquer que les groupes terroristes ont acquis des armes et des explosifs dans les arsenaux militaires libyens », explique ce rapport.
« Certaines de ces armes pourraient être cachées dans le désert et vendues à des groupes terroristes comme al-Qaida au Maghreb islamique, à Boko Haram ou à d’autres organisations criminelles », a précisé le groupe conduit par l’envoyé spécial des Nations unies.

Les représentants de cette mission ont découvert que des membres de Boko Haram originaires du Nigeria et du Tchad avaient reçu un entraînement dans les camps d’al-Qaida au Maghreb islamique au Mali durant l’été 2011.
Sept membres de Boko Haram ont également été appréhendés alors qu’ils tentaient de traverser le Niger pour entrer au Mali, portant des documents sur la fabrication d’explosifs et des renseignements sur les contacts d’al-Qaida au Maghreb islamique qu’ils devaient rencontrer.
Mais les agences de sécurité africaines sont déterminées à empêcher les contacts entre les trois plus dangereuses organisations en Afrique, Boko Haram au Nigeria, AQMI au Sahara, et al-Shabaab en Somalie.
Les pays du Sahel, en coordination avec le gouvernement nigérian, tentent d’empêcher al-Qaida et Boko Haram de forger une alliance plus étroite.
Après le succès du Printemps arabe, ces organisations violentes se sont retrouvées dans une situation difficile. Elles ont dû se tourner vers de nouvelles régions plus pauvres d’Afrique pour faire renaître leurs cellules dormantes.
« Nous réfléchissons en permanence à la manière d’empêcher ce réseau terroriste, qui tente de s’étendre de l’Afrique de l’Est à l’Afrique centrale, de communiquer », a confirmé à Magharebia un responsable au ministère mauritanien des Affaires étrangères.
Boko Haram pourrait déjà avoir infiltré des agences d’Etat au Nigeria. Selon le Président nigérian Goodluck Jonathan, des sympathisants de Boko Haram se trouveraient déjà dans son gouvernement et au sein des agences de sécurité.
« Certains se trouvent dans l’exécutif, d’autres dans la branche parlementaire, d’autres enfin dans le système judiciaire. Certains se trouvent également dans les forces armées, dans la police et au sein d’autres agences de sécurité », a déclaré le chef de l’Etat le 8 janvier.
« Durant la guerre civile, nous savions et nous pouvions même prédire d’où viendrait l’ennemi », a-t-il poursuivi, « mais aujourd’hui, le défi est plus complexe. »
Il a depuis longtemps été question de liens politiques avec Boko Haram, mais c’est la première fois que Jonathan rend cette affaire publique en des termes aussi forts.
Dans un entretien télévisé après les attaques de Kano, le chef de l’Etat a indiqué que le ministère de la Défense avait été chargé de mettre en place une nouvelle force antiterroriste.
Il a qualifié le mouvement islamiste Boko Haram de mouvement « cancéreux » qui vise à détruire le pays, mais qui finira par échouer.
La nouvelle guerre contre Boko Haram lancée par le gouvernement nigérian portera un coup sévère à al-Qaida.
Les pays du Sahel ont récemment coupé les lignes d’approvisionnement d’al-Qaida. Cette nouvelle situation, couplée aux défections de nombreux jeunes djihadistes, a contraint AQMI à utiliser Boko Haram comme base arrière et source d’approvisionnement en armes et en jeunes recrues.

Selon le quotidien algérien Ennahar, le leader du « Bataillon des masqués » Mokhtar Belmokhtar, alias Laaouar, a fait appel à des trafiquants de cigarettes pour prendre contact avec les combattants africains. Mais les agences de sécurité ont fait échouer une opération destinée à amener des dizaines de jeunes au quartier général de Laaouar.
Après ce blocage des voies de recrutement et d’approvisionnement, les récents propos de Laaouar concernant la suspension des activités en Mauritanie ne sont pas surprenants.
En novembre, Laaouar avait déclaré au quotidien Akhbar Nouakchott qu’il était ouvert à l’idée de mettre un terme aux opérations en Mauritanie.
Le fait que la Mauritanie puisse être mise à l’écart signifie une seule chose : les leaders de l’organisation terroriste commencent à ressentir la pression résultant du partenariat étendu entre les pays du Sahel dans la lutte antiterroriste.

Et maintenant que les agences de sécurité de ces cinq pays sont déterminées à couper les liens entre al-Qaida et Boko Haram au Nigeria, le groupe terroriste se voit contraint de regarder ailleurs pour trouver de l’aide.

Raby Ould Idoumou et Bakari Guèye pour Magharebia à Nouakchott – 27/01/12
Raby Ould Idoumou est journaliste et spécialiste du terrorisme à Nouakchott. Il est également directeur de la communication pour l’Association mauritanienne des droits de l’Homme (AMDH).

Ce contenu a été réalisé sous requête de Magharebia.com.

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