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TERRITOIRES ET ACTIONS

Les revendications mensongères de Daech

Daech multiplie, depuis 2017, les revendications sans fondement d’attaques perpétrées, entre autres, en France.
Les revendications d’attentats par Daech ont longtemps été prises au sérieux. Une forme de protocole de validation de l’identité du (ou des) terroriste(s), ainsi que du mode opératoire, était en effet de règle pour les organes de propagande de Daech, à commencer par son « agence de presse » Aamaq. La crédibilité de ces revendications terroristes a connu cependant une nette dégradation depuis le printemps 2017: les coups portés à l’appareil de Daech, avec la libération de ses bastions de Mossoul en Irak, puis de Rakka en Syrie, ont certainement joué dans cette communication de crise, car Daech a tenté de s’attribuer des attaques qui lui étaient à l’évidence étrangères, afin de compenser sur le terrain médiatique les revers essuyés au Moyen-Orient. La dynamique de la propagande jihadiste demeure pourtant complexe, d’où l’intérêt de revenir sur quatre revendications opportunistes, dont deux concernent la France.

Fusillade à Las Vegas, le 1er octobre 2017

 

DE MANILLE A LAS VEGAS

Le 1er juin 2017, un tireur masqué tue 37 personnes dans un casino proche de l’aéroport de Manille, avant d’y mettre fin à ses jours. Le président Trump semble initialement accréditer la revendication de ce carnage par Daech. Mais les autorités philippines sont rapidement formelles: l’auteur de la tuerie, Jessie Carlos, est un joueur compulsif, lourdement endetté et banni d’entrée dans les établissements de jeu, dont il aurait voulu ainsi se « venger ». Le 1er octobre suivant, Daech revendique de nouveau un autre massacre lié à l’industrie du jeu. C’est cette fois à Las Vegas que Stephen Paddock ouvre le feu, depuis l’hôtel-casino Mandala Bay, sur le public d’un concert en plein air, tuant 58 personnes, avant de se suicider. Trump qualifie Paddock de « malade et dément », tandis que son administration oppose un démenti catégorique à la revendication de Daech. Les dix mois d’enquête concluront que Paddock a bel et bien agi seul.

L’intérêt de Daech à revendiquer ces deux tueries, quitte à essuyer ensuite un démenti, est assez clair: il s’agit de profiter de l’impact médiatique de deux tragédies, la première en Asie, la seconde à l’échelle planétaire, en occupant le terrain de la propagande par une revendication diffusée au plus tôt, sans aucun des critères d’identification jusqu’alors en vigueur. Daech peut ainsi détourner l’attention des défaites qu’il enchaîne alors en Syrie et en Irak, tout en entretenant l’illusion, même fugace, d’une capacité à frapper au coeur des Etats-Unis. Aux Philippines, en outre, la revendication mensongère de Daech coïncide avec des combats très violents dans le sud du pays entre jihadistes et militaires (l’armée ne reprendra le contrôle de la ville de Marawi qu’au bout de cinq mois d’affrontements).

DES CHAMPS-ELYSEES A TRAPPES

Le 20 avril 2017, Karim Cheurfi tue un policier sur l’avenue parisienne des Champs-Elysées, avant d’être lui-même abattu par les forces de l’ordre. Moins de trois heures plus tard, Daech revendique l’attentat par le canal d’Aamaq, mais en l’attribuant à un de ses partisans belges, surnommé « Abou Youssouf al-Belgiki » (littéralement « le Belge »). Cette confusion autour de l’identité du terroriste, Cheurfi n’ayant aucun lien avec la Belgique, révèle la volonté de Daech de peser sur les présidentielles françaises, dont le premier tour se déroule le 23 avril. La propagande jihadiste rectifie d’ailleurs son erreur initiale sur Cheurfi dans un communiqué postérieur. Le 23 août 2018, Daech revendique cette fois l’attaque au couteau où un habitant de Trappes assassine sa femme et sa soeur, avant d’être lui-même tué par la police. La justice française ne considère pourtant pas à ce jour qu’il s’agit d’un acte terroriste, l’enquête étant ouverte au parquet de Versailles pour « assassinat et tentative d’assassinat ».

Le double meurtre de Trappes intervient au lendemain de la diffusion d’un long message audio attribué à Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » autoproclamé de Daech. L’organisation jihadiste s’est ainsi efforcée d’accréditer la thèse d’un appel à la violence terroriste immédiatement suivi d’un passage à l’acte en France. Une revendication aussi opportuniste ne suffit pourtant pas à balayer une fois pour toutes les annonces, d’un cynisme toujours assumé, de la propagande jihadiste. Après avoir encaissé en 2017 les revers les plus sévères de sa courte histoire, Daech est en train de reprendre l’initiative sur de nombreux théâtres. Cette vitalité retrouvée se traduit aussi sur le plan médiatique, tant au niveau d’Aamaq que des autres organes de Daech (le message de Baghdadi a, quant à lui, été diffusé par Telegram, une messagerie à la fois instantanée et cryptée).

Le « jihad médiatique », tel que défini et pratiqué par Daech, demeure intégré au sein d’une campagne multiforme de déstabilisation terroriste. La journaliste Sofia Amara, dans un remarquable livre-enquête sur Baghdadi, décrit même la « communication » de Daech comme une « véritable arme de siège ». C’est bien pourquoi la propagande jihadiste, après s’être autorisé des récupérations opportunistes en 2017-18, continue de devoir être scrutée et interprétée avec vigilance. La revendication par Daech de l’attentat du 22 septembre dans la ville iranienne d’Ahvaz (29 morts), jugée d’abord peu crédible, a ainsi finalement été retenue par Téhéran, qui a fhttp://filiu.blog.lemonde.fr/2018/10/07/les-revendications-mensongeres-de-daech/rappé en représailles un camp de Daech en Syrie.

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