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TERRITOIRES ET ACTIONS

Tarissement des sources de financement d’al-Qaida

Les révolutions démocratiques en Tunisie et en Libye ont porté un coup sérieux au financement d’al-Qaida.
Lorsque le Dr Ayman al-Zawahiri avait succédé àOussama ben Laden, l’ancien leader d’al-Qaida, après la mort de celui-ci en juin 2011, il était apparu clairement qu’il avait devant lui la tâche gigantesque de remettre sur pied une organisation qui souffrait de sévères pertes dans ses rangs par suite des coups portés contre elle, notamment dans les régions frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan.
Il était également clair qu’al-Zawahiri devait trouver une solution au défi posé par les révolutions du Printemps arabe. La force des manifestations témoignait du fait que la majorité de la rue arabe n’était pas en faveur de la politique d’al-Qaida de changement par la violence, pas plus qu’elle n’était convaincue par les raisons invoquées pour s’en prendre à l’Occident, dans la mesure où ce dernier se tenait aux côtés des peuples arabes dans leur quête d’une plus grande liberté politique.
Aujourd’hui, il apparaît qu’al-Zawahiri doit trouver une solution à un autre problème, qui remonte certainement à plusieurs années, mais qui a été exacerbé par la mort de ben Laden à Abbottabad, au Pakistan, en mai 2011 : une pénurie de fonds provenant des bailleurs.
Neuf mois après la mort de ben Laden, aucune attaque de représailles n’a été menée, ce qui pourrait être le résultat de l’incapacité de l’organisation à mener des opérations ou de son manque de préparation à le faire actuellement. Une autre raison pourrait être que la myriade de services de sécurité dans les pays occidentaux et arabes sont en état d’alerte maximale pour prévenir toute attaque.
Un autre facteur susceptible de retarder ou d’empêcher l’organisation de ces attaques pourrait être une forte baisse dans le financement provenant des bailleurs de fonds d’al-Qaida. Ce manque de moyens pourrait affecter sa capacité à mener les préparatifs nécessaires à de vastes opérations qui nécessitent un financement important, en plus du coût de recrutement et de formation des agents opérationnels.
La baisse du financement n’est pas nouvelle
La baisse enregistrée dans l’envoi de fonds à al-Qaida au Waziristan n’est, en réalité, pas nouvelle. De fréquents rapports concernant une baisse de ce financement circulaient déjà depuis plusieurs années. Al-Zawahiri y avait explicitement fait référence dans une lettre datée de juin 2005 adressée à Abou Moussab al-Zarqawi, l’ancien leader de la branche d’al-Qaida en Irak.
Al-Zawahiri demandait à al-Zarqawi de transférer une importante somme d’argent (100 000 dollars) à la direction de l’organisation. Dans sa lettre, il faisait état d’une interruption du financement d’al-Qaida après l’arrestation d’Abou Faraj al-Libi, l’un des dirigeants de l’organisation, bien qu’al-Zawahiri eut qualifié l’état financier de l’organisation de « bon » en général, ce qui signifie que certains fonds parvenaient encore à al-Qaida au Waziristan à l’époque.
Il est difficile de dire si les dons faits à al-Qaida, qui proviennent principalement de bailleurs de fonds dans les pays du Golfe, ont continué de baisser ou ont au contraire augmenté dans les années qui ont suivi cette lettre, mais les récentes informations en provenance du Waziristan ne laissent pas entendre que l’organisation soit dans une meilleure situation militaire ou financière.
Un opérationnel afghan qui avait combattu dans les rangs d’al-Qaida a expliqué que la présence de l’organisation au Waziristan avait fortement diminué, et que ses rangs ne comptaient plus désormais que quelques douzaines d’individus. Ce jeune Afghan, Hafez Hanif, a déclaré au magazineNewsweek lors d’un entretien publié le 2 janvier qu’il avait souhaité obtenir des informations sur un groupe de combattants d’al-Qaida dont il était sans nouvelles depuis la mort de ben Laden, qu’il s’était aperçu qu’ils vivaient dans des conditions très difficiles, et que leurs rangs avaient été en grande partie décimés.
Bien que Hanif eut déclaré que « l’argent est un problème plus important [pour al-Qaida] que la réduction de ses effectifs », son oncle a expliqué au magazine que ses sources avaient confirmé que le financement de l’organisation par ses bailleurs de fonds, qui se chiffrait auparavant en millions de dollars chaque année en provenance de donateurs du Golfe, s’étaient taries.
L’argent des bailleurs est dirigé vers d’autres causes
Il semble que l’argent des bailleurs de fonds soit maintenant dirigé vers des causes autres que celles de la direction d’al-Qaida, qui a apparemment été marginalisée et se retrouve isolée dans ses repaires au Waziristan. L’oncle de Hanif estime que « le peuple arabe pense désormais que le combat doit être politique dans le pays, et non plus le terrorisme contre l’Occident », et que « la lutte pacifique de la rue arabe a obtenu plus de résultats que n’en ont jamais obtenus ben Laden et al-Zawahiri ».
Si les informations fournies par ces Afghans sont vraies, elles viennent renforcer le sentiment largement répandu que l’organisation risque de ne plus être une force efficace, comme elle l’était en Afghanistan durant les années qui avaient précédé les attentats du 11 septembre 2001.
Un sentiment renforcé lors des manifestations du Printemps arabe et, encore une fois, après la mort de ben Laden. De même, des articles parus dans les médias ont confirmé la perte par al-Qaida de nombre de ses leaders et de ses membres dans les frappes aériennes et les affrontements avec les forces pakistanaises.
L’article paru dans Newsweek montre qu’al-Qaida, qui comptait autrefois des centaines de combattants dans les régions frontalières afghano-pakistanaises, n’en compte plus désormais que quelques dizaines répartis dans la région, en y incluant probablement al-Zawahiri et Abou Yahya al-Libi. Ce très petit nombre confirme qu’al-Qaida se retrouve contraint à un rôle marginal. L’absence de combattants d’al-Qaida dans lesluttes menées par les branches pakistanaises et afghanes des Talibans contre les gouvernements du Pakistan, d’Afghanistan et les forces occidentales est un autre signe de l’affaiblissement de ses positions.
Le fait qu’al-Qaida soit confrontée à ces problèmes au Waziristan ne signifie certes pas pour autant que l’organisation appartienne au passé, et elle pourrait être encore en mesure de mener une attaque suicide pour venger la mort de ben Laden. Mais même si al-Qaida réussissait à mener une telle opération, cela ne signifierait probablement pas un changement fondamental de sa situation si la diminution du nombre de combattants et du financement devait se poursuivre, et si elle restait marginalisée dans le contexte des révolutions essentiellement pacifiques qu’a connues le Printemps arabe.

Analyse de Rajeh Said à Londres pour Magharebia – 25/01/12
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