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La terreur djihadiste encore plus meurtrière durant le ramadan 2016 qu’en 2015

Jean-Pierre Filiu , professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris),professeur invité dans les universités de Columbia (New York) et de Georgetown (Washington)

Daech, le bien mal-nommé « Etat islamique », avait menacé le monde d’une vague de terreur sans précédent durant ce mois de ramadan. Alors qu’une semaine court encore avant la fin du mois de jeûne, force est de constater que Daech a déjà battu le sinistre record du ramadan 2015, pourtant endeuillé par de nombreux massacres, notamment celui de 38 touristes sur la plage tunisienne de Sousse.

Par ces tueries répétées, Daech entend d’abord imposer aux musulmans sa vision totalitaire d’un ramadan de sang, alors que le mois de jeûne est marqué dans l’islam par la solidarité et la piété. L’organisation d’Abou Bakr Al-Baghdadi veut aussi démontrer sa capacité de frapper les lieux les moins prévisibles, malgré les communiqués de victoire de ses adversaires.

La liste des carnages perpétrés par Daech depuis le début du ramadan 2016 est accablante (seuls les principaux attentats sont rapportés) :

  • Le 9 juin, Daech mène deux attaques au nord et au sud de Bagdad, tuant au moins six personnes dans la première (à Camp Taji) et douze personnes dans la deuxième (Bagdad Al-Jadida) ;
  • Le 12 juin, 49 personnes sont assassinées à Orlando, en Floride, par un terroriste exalté comme « martyr » par Daech. Le bilan est sensiblement plus lourd que lors de la précédente frappe de Daech sur le sol américain, six mois plus tôt, en Californie. Le fait qu’aucun complice n’ait été interpellé révèle moins le caractère « solitaire » de cette action que l’aveuglement des services américains de sécurité sur l’infiltration djihadiste aux Etats-Unis.
  • Le 13 juin, un policier et sa compagne, travaillant dans le même commissariat, sont assassinés à Magnanville, dans la banlieue ouest de Paris, par un partisan de Daech, dont l’action est saluée par l’organisation terroriste.
  • Le 21 juin, au moins cinq militaires jordaniens sont tués dans un attentat à la voiture piégée à un poste-frontière avec la Syrie.
  • Les 21 et 28 juin, des kamikazes de Daech frappent des mosquées de la banlieue ouest de Bagdad, tuant respectivement six et cinq personnes.
  • Le 27 juin, une série d’attentats-suicides font au moins 48 morts dans le port yéménite de Mukalla. Daech parvient ainsi à s’imposer dans le sang au cœur d’une ville évacuée quelques semaines plus tôt par la branche locale d’Al-Qaida.
  • Le 28 juin, trois attaquants font au moins 45 morts dans l’aéroport Ataturk d’Istanbul. Le bilan aurait pu être encore plus lourd si la police n’avait pas réussi à interdire aux terroristes l’accès au périmètre de sécurité.

Rappelons qu’au moins deux attentats ont été déjoués en France, le 13 juin à Carcassonne, et en Belgique, le 18 juin à Bruxelles. Par ailleurs, Daech a pu au cours de ce « mois du djihad » engranger le ralliement d’une nouvelle filiale, aux Philippines, le 21 juin. La vidéo de cet acte d’allégeance voit intervenir des djihadistes depuis les Philippines ou depuis Rakka, la « capitale » autoproclamée de Daech en Syrie. Ce n’est qu’une indication supplémentaire de la centralité de la Syrie dans la dynamique d’expansion planétaire de l’organisation terroriste.

Deux défaites cinglantes

Certes, durant cette même période, Daech a essuyé une défaite cinglante dans deux de ses bastions, Syrte en Libye et Fallouja en Irak. La victoire ainsi enregistrée en Libye est sans doute la plus importante, car elle s’inscrit dans une dynamique d’union nationale dans ce pays. En revanche, à Fallouja, le rôle des milices chiites, largement liées à l’Iran, ne peut qu’aggraver la fracture confessionnelle et alimenter la propagande de l’Etat islamique en direction de la population arabe et sunnite.

En Syrie, l’engagement majeur de la Russie aux côtés du régime Assad n’a pas empêché le succès de la contre-offensive djihadiste dans la province de Rakka. Dans le même ordre d’idées, l’implication américaine aux côtés de la branche syrienne du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) n’a pas permis la percée annoncée vers Rakka, d’où un détournement de cette offensive vers Manbij, toujours sous contrôle de Daech à cette heure.

Une fois encore en Syrie, ce sont les forces révolutionnaires, à la fois arabes et sunnites, qui se comportent le plus solidement face à Daech, malgré les bombardements russes et le lâchage américain. Le front d’Azaz tient bon, au nord-est d’Alep, et l’avancée de milices révolutionnaires (dénommées « Nouvelle Armée Syrienne ») vers Al-Boukamal, ville frontalière de l’Irak, pourrait représenter un sérieux revers pour Daech.

Plus que jamais, Daech mène sa campagne planétaire avec une capacité d’anticipation qui invalide une grande partie des discours de la coalition théoriquement rassemblée contre lui. Ce décalage entre les bulletins de victoire antidjihadiste et la réalité d’une organisation d’une telle dangerosité fait naturellement le lit de l’EI, de sa propagande et de ses agents recruteurs. Et ce, dans le monde entier.             http://filiu.blog.lemonde.fr/2016/06/29/la-terreur-jihadiste-encore-plus-meurtriere-durant-ramadan-en-2016-quen-2015/

 

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