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TERRITOIRES ET ACTIONS

Voleurs de sable dans le Sahel

Le blog de Mauro Niger-12 févr. 2020

Ils arrivent pour nous voler les rêves que nous avions gardés pendant longtemps. Ils nous enlèvent ce que nous avons de plus précieux : le nom et la destinée qui sont écrit dans le vent. Ils volent sans honte notre sable de la savane et du désert qui s’accumule patiemment partout en ville.

Ils arrivent pour nous voler les rêves que nous avions gardés pendant longtemps. Ils nous enlèvent ce que nous avons de plus précieux : le nom et la destinée qui sont écrit dans le vent. Ils volent sans honte notre sable de la savane et du désert qui s’accumule patiemment partout en ville.  Ils enlèvent ce que les profondeurs de notre terre ont engendré et gardé au fil des siècles et des millénaires. Ils s’en emparent rapidement pour nous laisser que les traces contaminées de l’uranium, les empreintes de pétrole et les mines d’or, qui disparaissent ailleurs dans les bijouteries ou lingots pour les réserves monétaires. Ils nous arrachent les sentiers que nos ancêtres ont marché et les proverbes qu’ils nous ont transmis. Ils s’emparent des sujets idoines afin d’interviewer, prendre des notes, confectionner des articles, produire des données, films ou documentaires sur les migrants et les enfants de la rue. Ils exproprient les savoirs et enlèvent aux guérisseurs des vieux médicaments contre les maladies de l’esprit. Ils prennent sans après rembourser les danses et les rythmes que la vie a brodés dans nos chairs vendues aux marchands d’hommes.

Ils viennent pour nous dérober des frontières qu’ils ont eux- même crées. Ils nous enlèvent la dignité qui est ce que de plus précieux nous voudrions enseigner dans nos écoles fermées. Ils volent la justice qui donnait à tout le monde le nécessaire et la remplacent avec l’accumulation qui divise le monde par des murs et des barbelés. Ils s’emparent du temps que nous n’avions jamais collé dans les calendriers ou dans les banques qui le transforment en argent liquide pour les actions des multinationales. Ils volent les arbres, les forêts, les fleuves et les paysages pour la grande transformation de la création en marchandise pour le marché. Ils chipent les jeunes du futur qu’ils imaginent différent de celui qu’on voudrait leur imposer en les confinant, parce que pauvres, où les politiques de développement voudraient les détenir. Ils exproprient sans aucune compensation le mystère qui constitue l’identité principale de la vie et ils imposent de tout mesurer avec l’apparence et le profit. Ils prennent et amènent ailleurs nos étoiles pour les remplacer avec des panneaux solaires et des carnavals avec des militaires et des drones armés.

Ils viennent pour nous dérober du Dieu que pendant si longtemps nous avait guidés et accompagnés. Ils l’ont remplacé avec l’argent, le pouvoir, la domination et l’exploitation des faibles. Ils enlèvent les meilleurs de parmi nous pour les embaucher comme main d’œuvre à bas-prix et ils poussent nos femmes sur leurs rues afin de réduire leurs corps comme un objet à user et jeter. Ils nous volent les plages, les couchers du soleil et ils déguisent les dunes à un décor pour les festivals de cinéma dont ils sont des spécialistes. Ils s’emparent des œuvres d’arts qui, vidées des rites et des souffles vitaux, sont destinées à croupir dans les musées qu’ils ont converti en temples. Ils exproprient avec arrogance styles et formes de vie pensant les remplacer avec des biopolitiques nécrophiles dont ils nourrissent leur démocraties. Ils imposent des acteurs humanitaires qui volent la pauvreté créative qui dans le passé n’était pas monétisée. Cela pour classer nos Pays selon la quantité des dollars consommés par jour. Ils prennent nos masques, qui sont un pont avec l’invisible, afin de cacher le vide que les écrans des portables cherchent inutilement de combler.

Ils arrivent pour nous dérober de la liberté d’aller au loin afin de découvrir ce qui est proche. Ils amènent ailleurs la saveur des choses faites avec la main et les remplacent avec des artefacts en plastique qui pollue. Ils ont utilisé notre terre comme une poubelle et une décharge des déchets qu’ils avaient en surplus. Ils continuent de razzier plusieurs d’entre nous afin d’en faire des esclaves du monde contemporain. Ils ont patiemment choisi, formé et protégé nos politiciens surplace parce que, comme eux, ils deviennent les voleurs de leurs peuples. Ceux-ci ont bien appris la leçon et avec une féroce détermination ils mettent en pratique les enseignements reçus. Ils volent ce qui ne leur appartient pas et ils oublient que la politique est avant tout une défense des droits des pauvres. Ils volent dans la caisse des biens communs et ils mettent leurs capitaux dans les comptes surs des paradis fiscaux.   Ils exproprient ceux qu’ils auraient dû servir et ils prennent en otage les mandats présidentiels. Pour tous les voleurs du Sahel il sera peut- être tard s’apercevoir que, par ce sable, ils seront ensevelis : seul silencieux témoin le vent.

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